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Les Grecs descendent durablement dans la rue


60 000 Grecs sont descendus dans la rue mardi 6 novembre 2012. Au moins autant sont attendus mercredi 7 novembre pour continuer à protester contre les mesures d'austérité inefficaces.



Union des salariés de la mairie de Galatsi "OCCUPATION Renversement maintenant des mesures d'appauvrissement" (Photo Thomas Iacobi)
Union des salariés de la mairie de Galatsi "OCCUPATION Renversement maintenant des mesures d'appauvrissement" (Photo Thomas Iacobi)
GRECE. Les Grecs défilaient à nouveau dans les rues mardi 6 novembre 2012 pour au moins deux jours de grève générale alors que dans la nuit de dimanche à lundi plusieurs employés municipaux commençaient à occuper les mairies.
Les transports et les taxis sont immobilisés, les hôpitaux tournent au ralenti et les tribunaux restent, eux, fermés jusqu'à vendredi 9 novembre 2012.
Dimanche 11 novembre 2012, jour du vote du budget, de nouvelles manifestations sont prévues, de même que lundi, jour de réunion de l’Eurogroupe.
Tous protestent contre le troisième plan d’austérité, présenté mardi 6 novembre 2012 au parlement et voté le lendemain si la très fragile coalition gouvernementale tient le coup.

Ce qui enrage les Grecs, ce n’est pas tant les sacrifices demandés que l’inefficacité de cette politique d’austérité.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la récession de 6,5% du PIB en 2012 qui succède à une autre de 7,1% en 2011.
Au total, la Grèce enregistre une récession de presque 25% du PIB depuis 2008 alors que le chômage des jeunes atteint 55%, un record au sein de l’Union européenne.
Le pays n’est plus en récession, mais bien en dépression, et ce, depuis au moins un an.

De plus, les prévisions du projet de budget 2013 ne laissent pas beaucoup de place à l’optimisme : croissance négative de  4,5%, légère baisse de l’inflation de -0,8%, nouvelle chute de la consommation privée de -7%, baisse des investissements, malgré les lois favorables aux investisseurs votées, de  - 3,7%, qui font par ailleurs suite à des baisses de 19,6% et de 15% en 2011 et 2012 respectivement.

Menace de ne pas accepter la future tranche de prêt

Cerise sur le gâteau la dette publique passée de 120% du PIB au début de la crise à 189,1% actuellement, «comment pourrait-il en être autrement» souligne Odysseas Boudouris député de la gauche démocratique qui va voter contre les nouvelles mesures d’austérité mercredi. « Ce que nous empruntons, nous le remettons sur la dette elle ne risque pas de baisser ! ».
Et cet ancien député du Pasok de proposer de contre-attaquer, « nos prêteurs nous menacent de ne pas nous donner la future tranche de 31,5 mrds €, moi je dis que nous devrions les menacer de ne pas l’accepter ». Odysseas Boudouris reconnaît que le pays se trouverait dans une situation difficile « mais les bailleurs de fonds encore plus! ».
Selon lui ce prêt « ne va pas servir à l’économie réelle ou à soulager le quotidien des Grecs, il va aller pour l’essentiel au service de la dette et au sauvetage des banques, il faut arrêter de mentir ! »
 
De fait, le nouveau tour de vis d’austérité porte sur 18,9 mrds € d’économie pour la période 2013-2016. Autrement dit,  de nouvelles baisses dans les salaires, retraites, dépenses sociales et nouvelles augmentations des impôts, notamment pour les salariés.
Selon l'institut du monde du travail, les impôts directs et indirects auraient augmenté de 25% ces trois dernières années.
Plus précisément, il s’agit de baisser à nouveau les retraites au-dessus de 1 000 € de 5% à 25%, de baisser également les salaires dans le public et de supprimer 80 000 postes dans la fonction publique sur la base du remplacement d’un fonctionnaire sur cinq partant à la retraite.

Une retraite repoussée par ailleurs de deux ans.

Montée des néo-Nazis

Le budget 2013 prévoit également 9,5% de baisse des dépenses sociales dans le secteur de la santé, des allocations familiales et l’éducation.
Là où le bât blesse pour les socialistes, et surtout pour la Gauche Démocratique qui soutient la coalition gouvernementale, c’est la déréglementation du marché du travail "qui n’était pas du tout prévue en l’état dans le mémorandum un et deux" martèle Odysseas Boudouris.
Enfin, la Troika veut pouvoir licencier plus vite, pour moitié moins cher.

Elle exige une baisse des indemnités de licenciement, la remise en cause des conventions collectives et la libéralisation totale du temps de travail sur la base d’une semaine de travail de six jours, le tout couplé à une baisse continue des salaires, «en un mot ils veulent la fin de l’état social » résume Pavlos Tsimas, journaliste, auteur d’un best-seller en Grèce « Journal d’une Crise».

D’où les slogans inscrits sur les murs,  « ne pas vivre comme un esclave. »

Jusqu’à présent les mobilisations plutôt faibles des Grecs par rapport aux Portugais ou aux Espagnols, mais beaucoup plus violentes, n’ont pas fait reculer les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2009. Les uns plus impopulaires que les autres.
En revanche cette crise a fait passer le parti néo-nazi d’Aube Dorée de 0,24% à 7%.

Ce score offre à ce parti de disposer de dix-sept députés au parlement. Mais selon les sondages, si les élections se déroulaient demain, Aube Dorée frôlerait les 15%, et deviendrait alors second parti du pays, « me mobiliser contre ces salopards reste la seule raison qui me ferait descendre dans la rue » dit Agnès, architecte de 53 ans, désabusée qui ne croit plus ni en une sortie rapide de la crise ni en une efficacité quelconque des mobilisations.

Elle fait partie des 400 000 Grecs - chiffre donné par le ministère du travail - qui vont tous les jours au travail tout en sachant qu’ils ne seront pas payés. Comme beaucoup elle songe à l’exil.

Dernier point et pas des moindres, si la manifestation de mardi a regroupé 60 000 personnes dans le pays, selon la police, le double selon les organisateurs, pas une pierre, pas un cocktail Molotov pas une grenade lacrymogène n’ont été jeté, du jamais vu ces dix dernières années; le calme avant la tempête c’est ce que tout le monde redoute aujourd’hui.




Mercredi 7 Novembre 2012



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Commentaires

1.Posté par Gérard Tur le 08/11/2012 16:48
Question de la rédaction aux lecteurs d'Econostrum.info : Pensez-vous que l'austérité soit la solution adéquate pour sortir la Grèce de la crise ?

2.Posté par Charles le 10/11/2012 16:49
Non, ce n'est pas suffisant... La croissance doit être également en premier plan. Car l'austérité seule affaiblit l'économie globale.

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