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Les Algériens commencent à tirer un premier bilan d’une semaine de révolte juvénile


La tension est globalement retombée une semaine après le début de la révolte de la jeunesse déshéritée qui a embrasé toutes les régions du pays.
Quelques affrontements sporadiques étaient encore signalés çà et là le 10 janvier 2011 au niveau de certains quartiers d’Alger (Bachedjerrah) ainsi que dans certaines villes de l’Est du pays (Souk Ahras, El Oued…).
Mais la tendance générale était à la reprise du cours normal de la vie sociale.



Les mesures adoptées ont  été vécues comme une prime accordée aux responsables du malheur des couches défavorisées(photo DR)
Les mesures adoptées ont été vécues comme une prime accordée aux responsables du malheur des couches défavorisées(photo DR)
ALGÉRIE. Depuis le 8 janvier 2011, les pouvoirs publics ont repris l’initiative en menant la politique de la carotte et du bâton : d’un côté, des mesures à caractère économique et social, de l’autre la répression.

Certaines mesures destinées à faire baisser les prix du sucre et de l’huile ont ainsi été annoncées à la suite de la tenue d’un Conseil interministériel (voir notre article Le gouvernement algérien tente de mettre fin à la révolte des jeunes).

Elles devraient s’élever à quelques 300 M €.

Le Premier ministre a par ailleurs instruit les Walis (Préfets) en vue d’allouer une allocation de 2500 DZD (25,91€) à chaque demandeur d’emploi disposant d’un diplôme universitaire.

Côté répression, les mineurs arrêtés ont tous été remis en liberté, conformément à la promesse du ministre de l’Intérieur.

En revanche, les centaines de personnes majeures demeurées sous mandat de dépôt risquent de lourdes peines, surtout celles accusées de violence à l’égard des forces de police, de «pillage»…

La population soulagée

Même si elle a, dans sa grande majorité, sympathisé avec la révolte des jeunes, du moins à ses débuts, la population semble soulagée par la fin des affrontements et ce, pour diverses raisons.

Certains avaient peur que leurs enfants ne soient arrêtés voire blessés ou, pis encore, tués.

D’autres, se sentaient menacés dans leurs biens: magasins, voitures, entreprises…

Mais la révolte n’ayant pas trouvé de relais au niveau du mouvement syndical, du mouvement associatif ou des partis politiques d’opposition, la population ne voyait pas très bien l’issue de la révolte et craignait qu’elle ne dégénère en jacquerie généralisée, suivie d’un bain de sang.

Elle a donc accueilli avec satisfaction, dans sa majorité, la fin du mouvement.

Le gouvernement ne convainc pas

Ahmed Ouyahia, premier ministre (photo PM)
Ahmed Ouyahia, premier ministre (photo PM)
Le sentiment de soulagement général n’équivaut cependant pas à un soutien au gouvernement.

Sa focalisation sur la seule question des prix de l’huile et du sucre confirment, aux yeux du plus grand nombre, que l’Exécutif sous estime grandement le malaise social.

Faisant en permanence dans l’autosatisfaction et avançant des chiffres invraisemblablement positifs en matière de chômage (10%) et de réalisations diverses (logements, inflation…), les autorités semblent ignorer que tous les voyants sont au rouge : emploi, logement, scolarité, pouvoir d’achat, mal-vivre…

Comment expliquer autrement que des centaines et des centaines de jeunes, et de moins jeunes, prennent chaque année le risque de mourir en mer sur des embarcations de fortune pour aller vivre la précarité dans les pays d’Europe ?

Les mesures adoptées ont par ailleurs été vécues comme une prime accordée aux responsables du malheur des couches défavorisées, mais aussi moyennes.

En effet, les importateurs et autres grossistes distributeurs seront les principaux bénéficiaires des mesures annoncées.

Le régime ne lâche rien

D’une manière générale, il semble que les autorités n’aient pas saisi réellement le message politique envoyé par les jeunes frondeurs.

Certes, aucun mot d’ordre ou revendication politique n’ont été explicitement formulés. Il n’en est pas moins que ce mouvement, comme en octobre 1988, possède une dimension politique.

Tout le monde a ainsi relevé que la violence des révoltés ne s’explique que par la fermeture du champ associatif, syndical et politique, fermeture qui bloque toute possibilité de médiation.

Or, cette fermeture ne découle que de la volonté politique d’un pouvoir qui affirme par ailleurs que le terrorisme islamiste ne représente plus aucun danger pour le pays.

La révolte des jeunes constitue un véritable cri de détresse et, en même temps, un appel à la liberté.

Or, du côté des autorités, on réduit ce mouvement à l’action criminelle de désœuvrés, voire à une «attaque contre l’Algérie».

Dans ces conditions, le fossé entre le sommet de l’Etat et la population risque de se creuser encore davantage.

D’autant plus que l’accalmie actuelle risque de n’être que temporaire, les mesures adoptées étant limitées dans le temps.

Lira aussi: Les pays méditerranéens craignent la contagion de la rue tunisienne


Amal Belkessam, à ALGER


Mercredi 12 Janvier 2011



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