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Le réseau électrique français anticipe difficilement le développement des ENR

Réseau de Transport Electrique consacrera un milliard d'euros au renforcement de lignes pour assumer l'arrivée de centaines de mégawatts solaires ou éoliens. En zone méditerranéenne l'investissement se chiffre en centaines de millions d'euros. Mais le temps des transporteurs d'électricité n'est pas celui des porteurs de projets et la transition s'avère délicate.


Parc Solaire Direct à Vinon (Haute Provence), 5 autres sont prévus dans la vallée de la Durance (photo MN)
Parc Solaire Direct à Vinon (Haute Provence), 5 autres sont prévus dans la vallée de la Durance (photo MN)

FRANCE. Le président du directoire de Réseau de Transport Electrique, Dominique Maillard, l’a dit le 1er décembre 2009 : le gestionnaire du transport en moyenne et haute tension consacrera  un milliard d’euros d’ici 2020 « pour insérer en toute sécurité l’éolien et le photovoltaïque dans le système électrique français ».
 

Il est cependant trop tôt pour décliner ce budget en investissements régionaux, notamment dans le midi de la France, la région la plus ensoleillée mise à part la Corse, et aussi par endroits une des plus ventée. Toutefois, confie le délégué RTE Sud Est (Paca), Frédéric Dohet, « nous savons que 5 à 10% de notre budget d’investissement sur cinq ans sera consacré à l’adaptation de nos infrastructures à la montée en puissance du photovoltaïque ».
 

RTE, dans cette région, investira autour de 15 M€ sur la période, afin de se mettre au diapason de l’envolée du nombre de panneaux solaires, et d’éviter la saturation des lignes électriques.
 

Les installations photovoltaïques devraient se multiplier très vite. Une étude prospective d’Enerplan, l’association des professionnels français de l’énergie solaire, misait en 2007 sur 5 200 producteurs de toute taille, raccordables au réseau de basse tension par l’opérateur public Electricité Réseau Distribution France à la fin 2008 dans la zone méditerranéenne française.


45 MW pour la Corse et 32 pour la vallée de la Durance

Frédéric Dohet, le délégué de RTE Sud Est doit composer avec le temps : il crée une ligne haute tension en 5 ans, une installation photovoltaïque est créée, elle, en deux ans (photo MN)
Frédéric Dohet, le délégué de RTE Sud Est doit composer avec le temps : il crée une ligne haute tension en 5 ans, une installation photovoltaïque est créée, elle, en deux ans (photo MN)

Le 10 000 ème raccordé a en fait été célébré le 30 novembre 2009. Et ERDF est saisi de 16 000 demandes sur la même zone. « A fin 2010 nous devrions avoir 20 000 nouveaux producteurs raccordés », estime Frédéric Busin, le directeur Méditerranée d’ERDF.
 

Dopée par des crédits d’impôts et un prix d’achat du KWh garanti haut par le gouvernement, l’énergie solaire de production électrique dépasse toutes les estimations. Et si les particuliers s’y mettent (Enerplan juge que 70% des constructions neuves intégreront du photovoltaïque à l’horizon 2020) les producteurs professionnels ne sont pas en reste.
 

La Corse a lancé des appels à projets pour 45 MW, qu’elle s’apprête à dépasser, bien que le réseau de transport ne puisse les supporter en l’état. Une vingtaine de sociétés ont soumissionné.
 

Une société comme Solaire Durance, créée par Solaire Direct et la Caisse des Dépôts et Consignations, dépose à elle seule une palanquée de projets dans la vallée agricole de la Durance, long ruban fluvial de 150 km en Paca. Cinq parcs photovoltaïques en fonction ou en projet y totalisent 32 MW.
 

Les conditionneurs de fruits, très présents s’y mettent aussi. Conexia Energy (Marseille) détient en portefeuille 50 000 m² de capteurs à installer sur des terrains agricoles et bâtiments professionnels dans la même vallée.


La concertation s'ouvre en Languedoc sur les zones de développement éolien

Encore en 2008 les régions françaises les plus
Encore en 2008 les régions françaises les plus

« La transition sera délicate » reconnaît M. Dohet, « un projet photovoltaïque met 24 mois à aboutir, alors que RTE réalisera une ligne nouvelle avec ses postes de raccordement en 5 à 7 ans, car les procédures de concertation sont longues ».
 

Son collègue de RTE Sud Ouest responsable au Développement, Gaëtan Desquilbet, a une problématique assez différente. Le solaire photovoltaïque est certes appelé à se développer exponentiellement dans les régions Languedoc Roussillon (Montpellier, Perpignan) et Midi Pyrénées (Toulouse). Cependant les ENR en Languedoc ce sont surtout les éoliennes.
 

« C’est sur le succès de l’éolien qu’est basé notre plan d’investissement » dit il. Or, si la Drire, l’instance représentant le ministère de l’Industrie, lance la concertation sur les zones de développement éolien dans très peu de temps, et qu’une d’elles est déjà approuvée près de Perpignan, on sait que le seul département de l’Aude a  200 MW éoliens installés, qui ont déjà conduit RTE à modifier une ligne haute tension pour près de 7 M€.
 

Ce n’est qu’un début. RTE dans les régions Midi Pyrénées et Languedoc Roussillon, prévoît déjà d’investir 100 M€ d’ici 2020 pour satisfaire à l’augmentation des installations électriques d’origine renouvelable. ERDF devrait dépenser à peu près autant.


Le recours associatif, épée de Damoclès

Le raccordement de l'éolien au réseau électrique pose moins de problèmes que le solaire, une connexion enterrée jusqu'à la plus proche ligne HT limite les recours juridiques (photo MN)
Le raccordement de l'éolien au réseau électrique pose moins de problèmes que le solaire, une connexion enterrée jusqu'à la plus proche ligne HT limite les recours juridiques (photo MN)

« Nos lignes connaissent déjà des problèmes de saturation » reconnaît M. Desquilbet. Et le pays situé entre Carcassonne et Narbonne est promis à un développement éolien maximal.  Heureusement pour les opérateurs, dans cette région, l’habitat étant peu disséminé, les recours de riverains contre des lignes ne seront pas légion.
 

Tel n’est pas le cas en Provence Alpes Cote d’Azur, où l’industrialisation des terres agricoles et des espaces sauvages émeut les défenseurs de la nature. 13 recours ont été déposés au début 2009 par une seule association provençale, le Comité de sauvegarde de Clarency contre les décisions préfectorales favorables aux projets photovoltaïques locaux. Qu’en sera-t-il pour les projets de lignes électriques qui doivent suivre ? 

 

Lire aussi :
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Michel Neumuller


Vendredi 18 Décembre 2009



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