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Le pétrole devient l'otage du conflit de gouvernance en Libye


Alors que les dissidents libyens viennent de s'emparer des deux derniers des quatre terminaux pétroliers de la région du Croissant pétrolier, la division avec le Gouvernement d'unité nationale enfle. Le général Haftar qui contrôle désormais les hydrocarbures, seule richesse du pays, affirme cependant juste vouloir les protéger.



Martin Kobler, envoyé spécial des Nations unies en Libye n'arrivent pas à discuter avec les forces du général Haftar (photo Onu/Manuel Elias)
Martin Kobler, envoyé spécial des Nations unies en Libye n'arrivent pas à discuter avec les forces du général Haftar (photo Onu/Manuel Elias)
LIBYE. Le général Khalifa Haftar, chef de l'Armée nationale libyenne (ANL), non reconnue par les instances internationales et le Gouvernement d'unité national de Tripoli (GNA) mais soutenue par le gouvernement implanté à l'est du pays, poursuit sa conquête du Croissant pétrolier. Après les deux premiers terminaux pétroliers (al-Sedra et Ras Lanouf) arrachés au GNA, il vient de s'emparer des deux autres (Zoueitina et Brega), contrôlant désormais l'ensemble des infrastructures d'hydrocarbures (installations et ports) de cette région du nord-est du pays en guerre. Il n'aura fallu que trois jours aux forces dissidentes pour contrôler les quatre plus grands terminaux pétroliers du pays. Mettant encore plus à mal l'autorité de Fayez el-Sarraj, président du Conseil présidentiel et premier ministre du GNA depuis mars 2016 qui doit également combattre contre les milices islamistes et djihadistes. Tout comme l'ANL d'ailleurs.

Les problèmes latents de gouvernance du pays, coupé en deux depuis la fin de la révolution libyenne, et de conflits avec Daech, ne cessent de perturber l'activité de l'unique richesse et source de revenus qu'est l'or noir. Au bord de l'effondrement, l'économie ne pourra pourtant repartir que par le retour à une production pétrolière satisfaisante. Selon Martin Kobler, envoyé spécial des Nations unies en Libye, "la Libye ne sera pas en mesure de dépendre encore pendant longtemps de ses réserves à l'étranger. L'économie de guerre doit laisser la place à une économie de paix. La production pétrolière doit reprendre." Et l'enjeu se trouve bien là. La prise des terminaux pétroliers ne vient que le confirmer. Le pétrole devient un otage dans le conflit ravivé entre les deux gouvernements, incapables de s'entendre.

"Tous les Libyens doivent reconnaître le gouvernement d'unité nationale comme le seul organe exécutif légitime... Les ressources naturelles libyennes appartiennent à tous les Libyens. Elles doivent être protégées et exportées de manière légale sous l'autorité de la Présidence du Conseil" a lancé, mercredi 13 septembre 2016, Martin Kobler face au Conseil de sécurité. L'émissaire tente de négocier la fin des hostilités entre le GNA et les forces dissidentes. Le général Haftar refuserait toujours de le rencontrer. Martin Kobler a demandé à toutes les parties de ne pas endommager les infrastructures pétrolières.

Mercredi 14 septembre 2016, Fayez al-Sarraj appelait "toutes les parties à se réunir d'urgence autour d'une même table pour discuter d'un mécanisme permettant de sortir de la crise et de mettre fin au conflit... Je n'accepterais pas de diriger une partie libyenne ou une guerre contre une autre partie libyenne."

Un pays en manque de gouvernance

La situation ne se résume pas à cet affrontement politique et désormais militaire. Il demeure beaucoup plus complexe que ce que décrit l'ONU mais aussi les puissances occidentales. Deux exemples le démontrent. Formée en URSS, le général Haftar a participé à la prise de pouvoir de Mouammar Khadafi. Lâché par le Guide de la Révolution alors qu'il était prisonnier lors de la guerre libyo-tchadienne (1978-1987), il est libéré par les Américains qui lui offrent l'asile politique. Khalifa Haftar revient à Benghazi en 2011. Il prend part à la révolution contre le Guide de la Révolution et est proclamé chef d'Etat major par ses troupes anti-islamistes.

D'autre part, en juillet 2016, Paris reconnaissait le décès de trois miliaires français dans un accident (ou provoqué par un tir de missile, deux versions co-existent) d'hélicoptère près de Benghazi. Cet appareil appartenait à l'ANL du général Khalifa Haftar alors que la France soutient officiellement le GNA. Un double jeu dénoncé à l'époque par Fayez el-SArraj se disant "mécontent de l'annonce du gouvernement français concernant la présence française dans l'Est de la Libye."

Dans ce pays en pleine anarchie, qui n'arrive pas à retrouver son unité d'antan - même factice car assurée par un dictateur -, d''autres voix, moins relayées, se font entendre.

Mardi 13 septembre 2016, une coalition des tribus de l'Est, soutien de l'ANL, confiait dans un texte remis à l'Agence de presse libyenne que "les Nations unies et les interlocuteurs étrangers continuent d'exclure les tribus. Cette victoire (ndlr : la prise des sites pétroliers) démontre que rien de bénéfique pour le peuple libyen ne peut arriver sans leur coopération. Malgré le fait que de nombreuses réunions des Nations unies puissent se tenir au nom de la réconciliation nationale, elles n'ont pas de pouvoir ni d'autorité. Leurs efforts, leurs déclarations et accords politiques sont rejetés comme non pertinents, illégitimes, marquant une ingérence injustifiée dans les affaires souveraines de la Libye".

L'Armée nationale libyenne ne veut que protéger les sites pétroliers

Le port pétrolier de Brega, dernier à tomber dans l'escarcelle des dissidents libyens (photo DR)
Le port pétrolier de Brega, dernier à tomber dans l'escarcelle des dissidents libyens (photo DR)
Lundi 12 septembre 2016, après la prise du premier port pétrolier, les gouvernements français, espagnol, italien, allemand, britannique et américain publiaient une déclaration commune appelant "toutes les parties à un cessez-le-feu immédiat et à s'abstenir de toutes nouvelles hostilités". Ils n'ont pas été entendu au moins sur ce point. Les tribus de l'Est s'étonnent d'un tel soutien des pays occidentaux au GNA.  "IIs condamnent la victoire de l'armée libyenne" lance leur porte-parole. "Ils prétendent faussement que l'infrastructure énergétique est menacée et que seule leur régime client (ndlr : le GNA) devrait avoir le contrôle des riches réserves de la Libye" commente leur porte-parole.

Le commandement des forces armées libyennes du général Haftar s'inscrit également en faux contre les affirmations occidentales. Dans un communiqué, l'homme fort de la dissidence indique que "Zueitina, Ras Lanouf, Brega et Sidra se trouvent sous la protection de l'armée nationale libyenne dont la responsabilité est de protéger la vie du peuple contre la falsification et la corruption. L'armée continuera à protéger les installations et les ports. La responsabilité de toutes les opérations est entre les mains de la National Oil Corporation car, cette tâche relève de la juridiction civile." Ce texte affirme également que leurs actions "avaient pour but de rétablir le contrôle du peuple sur leurs ressources et leur destinée, pour alléger les souffrances du peuple et pour lui permettre de profiter pleinement de la richesse générée par ses ressources souveraines."

Mardi 13 septembre 2016, la NOC (Compagnie pétrolière nationale) confirmait à son tour cette version dans un communiqué. "Nous allons commencer à travailler immédiatement pour relancer les exportations en provenance des ports du Croissant pétrolier. Nous saluons les déclarations de l'Armée nationale libyenne indiquant que les ports doivent être placés sous le contrôle de la NOC. Nos équipes techniques ont déjà commencé l'évaluation de ce qui doit être entrepris pour redémarrer les exportations dès que possible." Et Mustafa Sanalla, président de la NOC, de poursuivre : "comme Libyens, nous avons un intérêt commun à maintenir à flot notre pétrole. En augmentant la production et les exportations pétrolières, nous pouvons réduire notre déficit budgétaire et assurer le financement des services vitaux."

Même deux vice-Premiers ministres (Ali al-Qatrani et Fathi al-Majbari) du GNA lâchent Fayez al-Sarraj sur ce dossier en affirmant que la dernière offensive "permettra à l'Etat de contrôler ses ressources et de les mettre au service de tous les Libyens."

950 000 barils par jour dès fin 2016

Le président de la compagnie pétrolière désormais unifiée, précise pouvoir "augmenter la production à 600 000 barils par jour dans les quatre semaines et à 950 000 barils par jour d'ici à la fin de l'année contre environ 290 000 barils jours à l'heure actuelle." Selon l'ONU, la Libye ne produit plus que 200 000 barils par jour de pétrole contre 1,4 million avant la révolution et la chute de Mouammar Khadafi.

Mustafa Sanalla espère "une nouvelle phase de coopération et de coexistence entre les factions de la Libye, ainsi que la fin de l'utilisation du blocus comme tactique politique." Il note que "toutes les exportations doivent être conformes à la résolution 2259 du Conseil de sécurité des Nations unies."

Adoptée à l'unanimité le 23 décembre 2015 à New York, cette résolution prévoit des mesures relatives aux exportations pétrolières illicites, aux activités susceptibles de porter atteinte à l'intégrité et à l'unité des institutions financières de l'Etat libyen et à la compagnie pétrolière nationale, ainsi qu'aux personnes ou entités se livrant à des actes menaçant l'unité, la paix et la stabilité ou la sécurité de la la Libye ou y apportant un soutien.


Lire aussi :Deux terminaux libyens de pétrole tombent aux mains du gouvernement dissident




Mercredi 14 Septembre 2016



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Par Guillaume Almeras, consultant indépendant, associé au groupe d'analyse de JFC Conseil


 




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