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Le paradoxe français

Par Raymond Vidil


Le paradoxe français
Raymond Vidil est président de l'armement marseillais Marfret. Il livre à econostrum.info ses impressions sur la ré­forme des ports.

L’annonce par Nicolas Sarkozy en juillet 2007 d’une réforme des ports avait soulevé beaucoup d’espoirs. 

La France semblait enfin prendre la mesure de son potentiel maritime. Avec quatre mers la bordant, elle a la possibilité d’être une grande puissance maritime et un carrefour logistique. 

Elle pourrait, si elle s’en donnait la peine, faire transiter par ses ports l’intégralité des échanges de son commerce extérieur et une partie de celui des pays voisins. Or, aujourd’hui, elle ne traite que la moitié de ses propres échanges. 

500 000 emplois sont pourtant en jeu. Hélas, la loi votée en juillet 2008 n’est toujours pas mise en application. Au contraire, depuis que le gouvernement a lancé cette réforme, les mouvements sociaux à répétition font fuir les trafics. Nous perdons des parts de marché alors que la reprise du transport maritime s’accélère. Celle-ci profite à nos grands concurrents. 

Nicolas Sarkozy avait dressé le bon diagnostic dès 2007. Mais, il subsiste un écart important entre la volonté politique et la résistance incroyable des agents des ports et de leur syndicat qui refusent les transferts de personnel de l’établissement public portuaire vers les manutentionnaires privés. 
Il est clair que seul le passage à un commandement unique dans la mise en œuvre de la manutention d’un navire (portiques et main d’œuvre dockers) viendra à bout du problème de compétitivité des ports français. C’est pourquoi la loi prévoit que les ports abandonnent l’exploitation (portiques) pour se consacrer à leurs autres missions, d’aménagement, de sécurité, de capitainerie… 

Mais les conducteurs de portiques s’opposent toujours à leurs transferts vers le privé, s’arcboutant sur leur statut. Les conflits se multiplient et nous subissons tous les désagréments du changement sans en avoir les bienfaits. C’est le paradoxe de la France qui montre ainsi son incapacité à se réformer et à se voir comme une grande puissance maritime. 

Au lieu de nous lamenter sur la désindustrialisation de notre pays, il vaudrait mieux nous concentrer sur nos potentiels. L’économie marchande et logistique en sont deux. Or nous perdons chaque jour des parts de marché. Nous devons absolument maîtriser les flux de marchandises. C’est une source de richesse et d’emplois. 


Frédéric Dubessy


Jeudi 7 Octobre 2010



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