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Le nuage volcanique créé des turbulences dans les économies méditerranéennes


D'un côté, ceux qui ont beaucoup perdu à cause des caprices d'un lointain volcan islandais. De l'autre, les gagnants, et notamment les autres transporteurs qui se sont posés en alternative aux avions cloués au sol. Revue de détail des conséquences économiques que fait planer un certain nuage.



EUROPE / MEDITERRANEE. Une semaine jour pour jour après l'éruption du volcan Eyjafjöll en Islande et ses conséquences sur le blocage du trafic aérien notamment en Europe, l'heure est au bilan des pertes mais aussi des profits.

Côté pertes, les compagnies aériennes évoquent un manque à gagner de 250 M$ par jour (186 M€). LE groupe Air France / KLM parle de 35 M€ par jour. Chez Air Algérie, le chiffre annoncé est de 300 M DZD par jour (3, 1 M€) pour les vols à destination de l'Europe. Reste que toutes les compagnies mondiales et à plus forte raison européennes et méditerranéennes ont eu à souffrir de ce fameux nuage de cendres.

"L'impact économique sera plus fort que le 11 septembre" n'a pas hésité à lancer Giovanni Bisigani, directeur général de l'Association Internationale du transport aérien (IATA). L'organisation estime à 1,7 md$ (1,26 md€)  le manque à gagner total pour ses compagnies aériennes adhérentes. Un chiffre bien entendu encore provisoire.

L'aéroport de Nice a perdu entre 300 et 400 K€ par jour

Les compagnies du sud de la Méditerranée ont également été impactées par la fermeture des aéroports européens (photo F.Dubessy)
Les compagnies du sud de la Méditerranée ont également été impactées par la fermeture des aéroports européens (photo F.Dubessy)
En Italie, après la réouverture de l’espace aérien et la reprise du trafic, les acteurs économiques font les comptes. Les quatorze aéroports du nord et du centre de l’Italie fermés pendant la crise ont demandé au gouvernement la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle.

Non cotée en course à la différence des majors européennes, la compagnie aérienne nationale Alitalia-Airone n’a pas eu à subir de chute des cours mais a estimé ses pertes quotidiennes à 6 M€. Tandis que ses consœurs européennes voyaient elles leur cours de Bourse décrocher de 3 à 5%.

Quelques six cent vols ont été annulés au départ de la Turquie à cause du nuage. Se privant de 57% de ses vols, la compagnie nationale Turkish Airlines chiffre le coût du nuage à 6,5 M€.  D'autant plus qu'elle a du héberger 3 000 touristes à Istanbul. 

Les aéroports européens -  certains ont  fermé, d'autres ouverts ont connu la disette faute d'avions bloqués chez les précédents - tablent sur une perte de 136 M€.
 
Moins touché que les aéroports du nord de la France, Nice-Côte d’Azur n’a pas été épargné par le chaos aérien. Les pertes sont estimées entre 300 000 et 400 000 € par jour et il a fallu faire face à l’affluence de centaines de passagers détournés sur la plate-forme azuréenne. Le Conseil général des Alpes-Maritimes a du prendre à sa charge l’affrètement de sept autobus pour permettre à ces passagers de rejoindre leur destination finale.

L'hôtellerie malmenée par les annulations

Au-delà de l'aérien, d'autres secteurs subissent par ricochet ces problèmes de transport. Et notamment l'hôtellerie frappée par les annulations.

En Turquie, Sururi Corabatir, président de l'association du tourisme hôtelier de la Méditerranée, estime à 10 M€, la perte pour Antalya en cinq jours de nuage. Le tourisme qui devait repartir plein pot et tirer la Turquie hors de la crise risque d'en souffrir. 40 000 touristes ont été bloqués dans la station touristique du sud du pays, Antalya. Les hôtels ont dû baisser leurs tarifs pour permettre d'amortir la crise et cela engendre des pertes pour le secteur, au tout début de la saison touristique.

En Italie, la confédération des professionnels du tourisme et de l'hôtellerie, Federalberghi-Confturismo, estime que 80% des hôtels ont été affectés par la crise. La perte de chiffre d’affaires dépasserait les 80 M€. 

Sur la Côte d'Azur, avec un taux d’annulation des réservations proche des 20%,  le secteur hôtelier enregistre des pertes estimées  à 1 M€ par jour selon le Syndicat des hôteliers Nice-Côte d’Azur.

En Algérie, Sonatrach, organisateur du GNL 16 voulait faire face au déficit en infrastructures hôtelières à Oran où se déroule cette conférence annuelle internationale sur le gaz naturel liquéfié.
L'entreprise a donc loué deux bateaux hôtels luxueux dont les 2 200 chambres, en l'absence de participants bloqués dans leurs pays respectifs, sont restées quasiment vides à quai pendant les quatre jours du GNL 16. Coût pour l'organisation : 3 M€.

Quand aux marchandises, les denrées périssables comme les mangues et autres fleurs coupées d'Israël ou les poissons japonais, elles doivent déjà passer en perte sèche pour celles stockées dans les entrepôts au départ et en manque à gagner pour celles non encore expédiées.

Mais le fret aérien représente un marché peu important pour l'alimentaire sur le Vieux-Continent. A titre indicatif, le Marché d'Intérêt National (MIN) de Rungis près de Paris, plus gros marché de gros en Europe, ne reçoit, en cette saison, que 10% de ses denrées via le fret aérien.

La plupart des approvisionnements en frais de la grande distribution par exemple s'effectuent par camions. D'autant plus que les enseignes favorisent désormais la production locale. Le Maghreb a continué à fournir via les aéroports du sud de la France, peu impactés, et ses fruits et légumes méditerranéens peuvent remplacer les produits de provenance plus lointaine.

Le nuage ne planait pas au-dessus de tout le monde

Les avions cloués au sol ont représenté une manne pour les autres transporteurs (Photo Aéroport Marseille Provence)
Les avions cloués au sol ont représenté une manne pour les autres transporteurs (Photo Aéroport Marseille Provence)
Reste que les avions cloués au sol ont bien arrangé les affaires de plusieurs professions. Et notamment des autres transporteurs. Mettons de côté l'aberration SNCF, les agents français ayant décidé de conduire une grève plutôt que leurs trains alors que le trafic s'en serait trouvé décuplé et aurait même évité la paralysie.

De l'autre côté des Alpes, les syndicats italiens du secteur ferroviaire ont préféré sagement suspendre leur mouvement alors qu'un mot d'ordre de grève pour les 22 et 23 avril 2010 avait été déposé. Tandis que les trains turcs fonctionnaient à plein régime vers l'Europe se substituant aux avions bloqués.

Pour dénicher les grands bénéficiaires de cette panique, il faut cependant plutôt regarder vers la mer que vers le fer.

Ainsi les compagnies maritimes ont su répondre à cette nouvelle demande et ont vogué sur la manne en étoffant, comme Algérie Ferries leur offre de voyages.

Même démarche pour la compagnie SNCM, qui relie le continent français à la Corse et au Maghreb. Elle a accueilli sur son car-ferry "Méditerranée" 1 300 passagers supplémentaires entre Tunis et Marseille sur le seul dimanche 18 avril 2010 et 700 passagers en plus en moyenne par rotation le mardi 20 avril entre Marseille et Alger.

Entre le continent et la Corse, le "Napoléon Bonaparte" a doublé son nombre de passagers avec 900 piétons supplémentaires au départ d'Ajaccio le dimanche 18 avril. "Même si la situation aérienne semble s'améliorer, la SNCM est prête à absorber de nouvelles pointes de trafic qui pourraient intervenir le week-end prochain" communiquent les responsables de la compagnie trop heureux de remplir leurs navires alors que la saison estivale n'a pas encore débutée. 

Les ailes de l'espoir des avions privés

Les loueurs de voitures qui craignaient, notamment ceux présents sur les parkings des aéroports du sud de la France, un chômage technique, ont été pris d'assaut par des voyageurs heureux de pouvoir troquer la voie des airs par le plus terre à terre bitume.

Même côté aérien, certains ont réussi à tirer leur épingle du jeu comme Goodwill. Ce courtier en avions privés, tout en respectant les interdictions des autorités publiques, a pu trouver des solutions entre les aéroports ouverts pour répondre aux besoins de clients bloqués à l'étranger. 

Ainsi ont été rapatriés douze salariés d'une capitale africaine sur un aéroport européen, de même ont pu atterrir à Barcelone des pilotes de Formule 1 bloqués à Shanghai, deux patrons ont été ramenés en Europe (Bordeaux et Barcelone) depuis Marrakech et Fez, et ont été ransporté des pilotes de rallye WRC de Turquie jusqu'à Nice... Samuel Bucciacchio, le Pdg de Goodwill a rivalisé d'astuces pour utiliser au mieux sa flotte tout en étant obligé lui aussi d'annuler certains vols programmés.

Voir le volcan Eyjafjöll en direct

Lire aussi : L'aéroport Marseille Provence retrouve son trafic habituel
                   Ryanair reprend son trafic à Marseille et lance des vols supplémentaires entre Madrid et les Canaries


Frédéric Dubessy avec les correspondants


Mercredi 21 Avril 2010



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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