Le musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée cherche sa ligne d'horizonAlors que l’Etat français s’apprête à lancer les travaux préliminaires du Mucem, les grandes manoeuvres ont démarré en coulisses. L’ancien directeur du musée qui portait le projet depuis son origine, Michel Colardelle, vient d’être débarqué au profit de Bruno Suzzarelli. Ce changement de pilote s’accompagne d’un virement de cap du projet scientifique, désormais recentré sur la seule Méditerranée. FRANCE / MEDITERRANEE. Mandaté en mai 2009 par l’ancienne ministre de la Culture Christine Albanel pour piloter une mission de préfiguration sur le projet du musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), Bruno Suzzarelli vient de voir ses prérogatives renforcées par le nouveau ministre, Frédéric Mitterrand. Cet inspecteur général de l'administration des affaires culturelles a été officiellement nommé le 12 septembre à la tête de l’association de préfiguration du Mucem. Ce haut fonctionnaire hérite d’une triple charge : il devra tout d’abord assurer le pilotage du chantier de cet équipement signé de l’architecte Rudy Ricciotti, et qui a vocation à être un des emblèmes de Marseille "capitale culturelle européenne" en 2013, pour un investissement de 175 M€. Exit Colardelle Cette intronisation officialise l’éviction de Michel Colardelle, l’ancien directeur du Mucem qui fut à l’origine du projet. Une mise à l’écart à laquelle ce dernier était préparé. Depuis deux ans, en effet, les relations entre cet ancien conseiller de Jack Lang (ancien ministre socialiste de la Culture) et sa tutelle étaient à la défiance. À la fin 2007, Christine Albanel avait remis en cause sa gestion du dossier en commandant à Stéphane Martin, président du Musée du quai Branly (Paris), un audit sur le projet. De ce rapport jamais rendu public, Christine Albanel n’avait gardé qu’une proposition : l’idée de réserver une partie du Mucem à l’organisation d’activités festives portées par des opérateurs privés « pour en faire à terme une source de revenus »... Exit l'Euroméditerranée ? Chez les proches de l’ancien directeur, l’amertume est grande : « Le Mucem est une aventure extraordinaire qui doit tout à Michel Colardelle », rappelle ainsi Alain Bourdy, président de l’Association des amis du Mucem, qui n’hésite pas à dénoncer « un lobby anti-Mucem et anti-Colardelle » au sein du ministère. Mais lorsqu’on l’interroge sur la réorientation du projet scientifique qui sacrifie les passerelles entre l’Europe et la Méditerranée au profit de la seule vocation méditerranéenne, il ne peut s’empêcher de réprimer un gros soupir... renvoyant son interlocuteur au projet « Euroméditerranée » dont le musée était censé être la figure de proue. Quid du Centre régional de la Méditerranée ?
Quelle relation entre le Centre régional de la Méditerranée (au 1er plan) et le Mucem (2e plan) ? (visuel DR)
Cette redéfinition du contenu pose par ailleurs une autre question : celle de l’articulation entre le Mucem nouvelle formule et le futur Centre régional de la Méditerranée (CRM), complexe culturel que la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) va réaliser sur une parcelle voisine du musée. A regarder la même ligne d’horizon, les deux équipements ne risquent-ils pas de se confondre dans le paysage ? Cette tutelle politique ne serait pas sans poser problème aux acteurs scientifiques et culturels impliqués dans le projet initial, comme les chercheurs de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme (MMSH) à Aix-en-Provence, bastion de la recherche spécialisée sur le monde méditerranéen dirigé par Bernard Morel, élu marseillais, conseiller du président socialiste de la Région Paca Michel Vauzelle et instigateur du projet de CRM... William Allaire
Mardi 20 Octobre 2009
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