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Le modèle libéral turc inspire le Maroc


Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan est au Maroc les 3 et 4 juin 2013. Grâce à sa réussite économique, la Turquie est devenue un modèle pour les pays du Maghreb et en particulier pour le Maroc. Les politiques du gouvernement de l'AKP peuvent servir d'inspiration à la croissance marocaine.



La Turquie a enregistré près de 9% de croissance en 2010 et 2011. (photo XDR)
La Turquie a enregistré près de 9% de croissance en 2010 et 2011. (photo XDR)
TURQUIE/MAROC. Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a commencé sa visite du Maghreb par le Maroc, lundi 3 juin 2013. L’intensification des relations de la Turquie avec les pays arabes et les effets du printemps arabe font de la Turquie un modèle de réussite économique pour les pays de la région. La Turquie affichait près de 9% de croissance en 2010 et 2011.

« Je suis certain que le modèle économique turc pourrait être exporté au Maroc. Le Maroc est l’une des économies de la région MENA qui peut converger le plus rapidement vers le PIB réel par tête de la Turquie », estime Manolis Davradakis, économiste principal pour les marchés émergents auprès de Axa Investment Managers et auteur de l’étude « Du printemps à la renaissance arabe ». Selon celle-ci, le Maroc peut en 3 ans réduire de moitié l’écart qui le sépare de la Turquie en termes de PIB par habitant.

« La Turquie est un bon pays de référence pour le Maroc, car elle subit le même tropisme européen. Comme la Turquie, le Maroc a fait très tôt le choix du libéralisme. Il ne peut plus désormais envisager un autre modèle de développement, par exemple celui les tigres asiatiques qui croisent libéralisme mesuré et protectionnisme », explique Rémi Bourgeot responsable Études économiques et stratégie pour la société de placement financier de la Cité, à Paris.

Maroc et Turquie convertis au libéralisme

Rémi Bourgeot analyse avec pragmatisme les réussites de la Turquie. « Elle s’est convertie au libéralisme dans les années 80 et a rencontré tous les problèmes classiques d’adaptation. La force d’exemple de la Turquie se situe dans la gestion des crises qui ont résulté de son ouverture », estime-t-il. « Les recettes mises en œuvres par l’AKP [parti islamiste au pouvoir depuis 2002, ndlr] ne sont pas propres à la Turquie : il s’agit d’une politique libérale assez classique », insiste Jean Marcou, chercheur associé à l’Institut français des études Anatoliennes à Istanbul et professeur des universités à l’IEP de Grenoble.

La libéralisation a ainsi entraîné des crises financières à répétition dont la dernière en 2001 a servi d’électrochoc. « La Turquie a réussi à restructurer son système bancaire en suivant les préconisations du FMI », précise Rémi Bourgeot, si bien qu’elle a apuré sa dette auprès du FMI le mois dernier.

Avec le cours de sa monnaie fixe, le Maroc n’a pas connu de crise financière aiguë, mais sa situation budgétaire s’aggrave depuis plusieurs années. Au premier trimestre 2013, le déficit budgétaire a triplé par rapport à la même période de l’an dernier. Selon le modèle turc, le Maroc aurait donc intérêt à se conformer aux recommandations du FMI sur les politiques publiques qui accompagnaient l’ouverture d’une ligne de crédit de 6,2 milliards de dollars en 2012 : la réforme de la caisse de compensation, du système de retraite et de la protection sociale.

Hub énergétique et énergies renouvelables

La Maroc tente de développer des secteurs clefs comme l'automobile pour équilibrer sa balance commerciale. Photo GT.
La Maroc tente de développer des secteurs clefs comme l'automobile pour équilibrer sa balance commerciale. Photo GT.
En 1996, l’Union européenne et la Turquie signent une union douanière, étape majeure de la libéralisation de son économie. « Au départ, cette union s’est plutôt faite au profit de l’Union que de la Turquie, mais elle lui a permis de doper ses échanges », note Jean Marcou. « Depuis, la Turquie connaît un déficit commercial chronique », tempère Rémi Bourgeot. De la même façon, tous les accords de libre-échange signés par le Maroc grèvent sa balance des paiements.

La Turquie arriverait à réduire le montant de ses importations de pétrole en devenant « un hub énergétique régional par lequel transiterait le pétrole en provenance du Golfe, de la Russie, des pays de l’ex-URSS, à destination de l’Europe », détaille Rémi Bourgeot. Le Maroc voit lui aussi ses importations d’hydrocarbures creuser son déficit commercial. Sans prendre réellement exemple sur la Turquie, il développe également une stratégie énergétique en tentant de développer les énergies renouvelables éoliennes et solaires.

Dévotion et éthique du travail

« La Turquie est allée chercher ses avantages comparatifs où ils étaient, dans l’ingénierie, le BTP, l’habillement, les infrastructures, l’électroménager... », continue Touhami Abdelkhalek, professeur chercheur à l’INSEA de Rabat. « Au Maroc, nous en avons fait autant avec le Plan émergence et la sélection de secteurs clés comme l’aviation, les câblages, l’automobile » compare-t-il. Mais le Maroc ne parvient pas à réaliser l’intégration verticale de ces secteurs, « intégration que les Turcs ont réussie », note-t-il. La part des consommations intermédiaires dans la valeur ajoutée de la production marocaine « reste encore beaucoup trop élevée », selon Touhami Abdelkhalek.

La victoire économique la plus emblématique de l’AKP s’est sans doute déroulée en Anatolie. « À côté des élites traditionnelles laïques, des grands patrons, l’AKP a réussi à mobiliser un tissu de PME très actives, notamment en Anatolie », raconte le directeur de l’IEP de Grenoble. Bourgeois provinciaux, ces petits patrons combinent dévotion religieuse et éthique du travail et des affaires. Leur réussite internationale - ils investissent les marchés délaissés par les plus grosses sociétés turques, en Afrique, notamment - est telle qu’on les surnomme les Tigres d’Anatolie. Un très bel exemple pour le Maroc qui, sorti de ses grosses sociétés aux capitaux souvent publics ou royaux, peine à mobiliser un tissu de PME puissant.




Mardi 4 Juin 2013



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