Le fret maritime comme alternative au fret aérien dans le transport de produits « fresh »Par Lionel Bobot, professeur à Negocia (CCI de Paris) et chercheur associé à l’INRA (UMR SAD APT, équipe PRAGMA)
Le transport de marchandises est en pleine expansion et représente un vecteur stratégique et essentiel de développement économique dans les échanges Europe - Méditerranée. Il implique un très grand nombre d’intervenants selon différents modes (routier, ferroviaire, maritime, aérien, fluvial) en fonction de contingences particulières (nature des produits, coût, délai, sécurité, destinataires, pays...) et connaît une amélioration constante des techniques et technologies. Le transport des produits « fresh » (fruits, légumes,..) s’effectue en flux tendus et nécessite un délai de transport fiable et performant. Ce type de marchandises intéresse les compagnies aériennes car il s’agit d’un trafic en progression constante, lui-même lié à une révolution des modes de consommation. Globalement, le fret « fresh » aérien mondial est de 3% des volumes transportés (0,3% pour Air France). Pour les produits fragiles et à DLC très courte, l’avion reste le mode de transport incontournable et sans rupture de la chaîne du froid. Concernant les flux de produits périssables vers l’Europe, 30% sont constitués par les fruits et légumes, 20% par les plantes et fleurs et 20% par l’ensemble viandes/produits de la mer frais. Ils sont acheminés par des conteneurs spécifiques (« envirotainers » chez Air France) et permettent un transport sous température constante de -20°C à +20°C. Le fret aérien présente une croissance de 6% en moyenne ces dix dernières années et a généré 13% des revenus des 35 compagnies membres de l’Association des compagnies aériennes européennes (AEA) en 2010. Par ailleurs le World Air Cargo Forecast de Boeing prévoit une croissance de ce secteur à une moyenne de 5,8% durant les vingt prochaines années, entraînant un triplement du trafic actuel. Cette croissance s’annonce par ailleurs supérieure à celle du trafic passager. Dans ce contexte, le fret aérien tient une place centrale, dans la mesure où le volume de fret transporté mondialement par voie aérienne représente en valeur 40% des échanges de biens. Le fret maritime notamment en Méditerranée est une réelle alternative au fret aérien et devrait connaître une croissance importante du fait de trois principaux facteurs : un coût moindre, des délais réduits, une innovation technologique significative et une solution bien meilleure en terme environnementale. Des coûts bien moindres pour le fret maritimeLa valeur moyenne d’un kilo transporté par avion est de 114 € à l’importation et de 122 € à l’exportation, alors qu’elle n’est que de 1,15 € à l’import et 1,9 € à l’export, tous autres modes confondus selon the European Logistics Association (ELA). Cela s’explique en grande partie par le montant élevé de la surtaxe fuel, équivalente au prix de base du fret. Ainsi les fluctuations à la hausse des prix des hydrocarbures sont une source de coût important pour les transporteurs aériens mais également pour l’ensemble de leurs clients et avec un cours du Brent oscillant en 2011 autour de 100 $ le baril et les tensions dans le monde arabe (Libye,..) peuvent laisser craindre une flambée sur les années à venir. Par ailleurs, le fret aérien nécessite des infrastructures aéroportuaires importantes (plateformes logistiques de stockage et d’éclatement sous température dirigée pour les produits périssables).
Innovations technologiques et contraintes environnementalesLes nouveaux navires rivalisent aussi avec le fret aérien concernant le contrôle de la chaîne de froid. Des navires comme le Carmel Bio-top permettent le stockage des produits dans des chambres froides fermées et garanties et non dans des conteneurs avec dans chaque compartiment réfrigéré un système de contrôle indépendant assurant la température appropriée, l'humidité et des conditions de ventilation pour chaque produit à bord. Cependant, ce type de navires "reefer " est concurrencé par la conteneurisation qui profite de la croissance des échanges de produits frais et de la préférence de clients (dont la GMS) sensibles aux tarifs et aux approvisionnements en flux tendus.
Ainsi dans l’avenir le fret maritime en Méditerranée devient une réelle alternative et menace pour le fret aérien que ce soit au niveau du prix, du contrôle de la chaîne du froid ou de l’environnement. Lionel Bobot
Vendredi 1 Avril 2011
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