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Le défaut d'éducation dans les pays méditerranéens pénalise l'emploi


Moins d'éducation, moins d'emploi : c'est en quelque sorte l'équation que la Fondation Européenne pour la Formation veut mettre en exergue. D'autant que les tensions vont être de plus en plus fortes, avec l'arrivée massive des jeunes sur le marché de l'emploi au cours des deux prochaines décennies. Les pays du sud et de l'est de la Méditerranée restent les premiers concernés. Mais pas seulement.



La pression démographique va peser sur l'emploi (photo CC-R Barraez D´Lucca)
La pression démographique va peser sur l'emploi (photo CC-R Barraez D´Lucca)
MÉDITERRANÉE. Près de 30% de la population des pays du Maghreb et du Machrek a moins de 15 ans ; contre 16% dans les Balkans et dans l'Union européenne. Un constat démographique qui laisse augurer une forte augmentation de la demande sur le marché du travail, particulièrement sur les rives sud et est de la Méditerranée.

Selon les études sur le sujet menées par la Fondation Européenne pour la Formation (ETF), la Tunisie et la Turquie seront les deux premiers pays à subir cette pression, aux alentours de 2030. Pour les autres pays de ces régions méditerranéennes, le pic de la population en âge de travailler s'étalera, selon les États, jusqu'à 2040. Mais l'unanimité est totale sur l'urgence de se préoccuper de la situation. Car le défi se pose d'abord en termes d’éducation, indissociable d'un mot plus à la mode : l'employabilité.

Du niveau d'éducation actuel dépend l'ampleur des tensions de demain. D'où l'importance de l'attention et des efforts concernant cet apprentissage, particulièrement au sud de la Méditerranée, comme l'indique Ummuhan Bardak, directrice de l'ETF : « Évidement, il ne faudrait pas en arriver à faire ce type de choix, mais s'il fallait établir une hiérarchie entre les enseignements « primaire », « secondaire » et « universitaire », la priorité irait au primaire. C'est à ce stade qu'il faut concentrer tous les efforts, parce que c’est au primaire que se jouent deux facteurs fondamentaux directement liés à l'éducation : l'efficacité économique et l'égalité sociale ».

Atteindre l'alphabétisation universelle

Ummuhan Bardak (à gauche), lors d'une réunion des Conseils Economiques et Sociaux (photo : CG)
Ummuhan Bardak (à gauche), lors d'une réunion des Conseils Economiques et Sociaux (photo : CG)
Le taux d’analphabétisme demeure l'un des meilleurs baromètres de ce rôle intégrateur de l'école primaire. Dans une étude sur l’employabilité publiée par l'UpM (Union pour la Méditerranée), l'ETF constate avec inquiétude la tendance à la hausse de l'analphabétisme chez les plus jeunes, particulièrement au Maroc, où la proportion de jeunes âgés de 15 à 24 ans qui sont analphabètes est inhabituellement élevée (20,5%, et jusqu'à plus de 30% chez les filles). Ce taux est plus faible dans d'autres pays méditerranéens, mais persistant : 15,1% en Égypte, 8,2% en Algérie , 5,8% en Syrie et 2,2% en Turquie.

« Il s'agit d'un symptôme clair des problèmes liés à la qualité de l'enseignement primaire dans ces pays », conclue l'enquête de la Fondation Européenne pour la Formation : « Par conséquent, il est évident que l'action la plus efficace pour améliorer l'employabilité consiste à atteindre l'alphabétisation universelle par l’intermédiaire de programmes d'alphabétisation et de réinsertion scolaire pour ceux qui décrochent ou quittent prématurément l'école ».

C'est à l'école primaire que se posent les bases de l’éducation, c'est à ce stade que se cristallisent les compétences cognitives et non cognitives qui vont déterminer les fondations du parcours éducatif, et c'est par conséquent à partir de là que l'on va pouvoir le plus efficacement lutter contre l'échec scolaire, donc réduire finalement les coûts de formation. C'est aussi la meilleure façon de lutter contre l'abandon des études.

La quantité au détriment de la qualité

Une meilleure éducation, pour une meilleure « employabilité » (photo C. Garcia)
Une meilleure éducation, pour une meilleure « employabilité » (photo C. Garcia)
De la même manière, une éducation de base de bonne qualité est un mécanisme clé pour résoudre les inégalités socio-économiques. « À ce tire, il faut signaler que lorsqu'on évoque la question de l'emploi des jeunes, on parle généralement de ceux qui sont licenciés et qui sont au chômage, en oubliant trop souvent les jeunes sans compétences, qui de leur côté ne peuvent même pas se permette d'être au chômage ! », rappelle Ummuhan Bardak.

Dans cette population, le taux d'analphabétisme reste sans surprise très élevé, et les femmes en sont les premières victimes. La question se pose elle aussi en terme de moyens consacrés à l'éducation ? « Davantage d'investissements publics seront certes nécessaires », répond la directrice de la Fondation Européenne pour la Formation, « mais ils doivent être employés à meilleur escient, car on a privilégié jusqu'à présent la quantité au détriment de la qualité, avec trop souvent des classes surpeuplées, ce qui constitue un incontestable facteur d'échec ».

Génération sacrifiée

Les problématiques d’éducation et d'emploi des jeunes en Méditerranée ne concernent pas que le sud de la Méditerranée. Comme en témoignent les taux de chômage élevés des moins de 25 ans en Europe du sud, où la proportion de jeunes sans emploi dépasse souvent 50%. C'est le cas notamment en Espagne, où le taux de jeunes actifs de mois 25 ans sans travail atteint 54,39 % (26,7 % pour l’ensemble de la population), selon la dernière enquête sur la population active (EPA ). En Grèce, le taux de chômage des jeunes culmine même à 56,5 %.

La crise économique à d'abord impacté les plus jeunes en Espagne, car les secteurs d'activités les plus sinistrés sont ceux qui emploient des salariés avec une moindre expérience, selon Jésus Mercader, directeur des programmes de formation et de recherche de la Fondation Sagardoy. À commencer par le secteur du bâtiment et dans une moindre mesure celui du commerce. Des secteurs où la formation professionnelle fait cruellement défaut. Mais il ne faut pas négliger non plus la responsabilité de ces jeunes qui ont délibérément abandonné leurs études au profit d'un bon salaire assuré à l'époque de la flambée immobilière en Espagne. Quelques années après, ces jeunes se retrouvent sans travail et sans formation. Obligés pour une bonne part d'entre eux de s'expatrier pour gagner leur vie.

Le seul bénéfice de ce tableau serait une prise de conscience de l'importance primordiale de l'éducation. Faible consolation, il est vrai, pour une génération qui peut à juste titre -en Espagne, en tout cas- se sentir trahie et abandonnée.




Lundi 13 Janvier 2014



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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