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Le conflit en Syrie a déjà coûté 226 mrds$


La Banque mondiale évalue à 226 mrds$ (198,5 mrds€) les pertes causées à l'économie syrienne depuis le début de la guerre civile en mars 2011. Ceci équivaut à près de quatre fois le PIB de ce pays en 2010.



Le rapport de la Banque mondiale sur la guerre en Syrie note "une perte collective du capital humain" (photo de couverture du rapport : Getty Image)
Le rapport de la Banque mondiale sur la guerre en Syrie note "une perte collective du capital humain" (photo de couverture du rapport : Getty Image)
SYRIE. La Banque mondiale évalue à 226 mrds$ (198,5 mrds€) les pertes causées à l'économie syrienne depuis le début de la guerre civile en mars 2011. Une somme représentant, à peu près, quatre fois le Produit intérieur brut (PIB) de ce pays en 2010, quand il bénéficiait d'un fort développement avec une moyenne de 4,3% de croissance par an de 2000 à 2010.

En janvier 2011, dans la foulée des printemps arabes, les premières manifestations en Syrie débutent d'abord dans le souk de Damas puis s'étendent en mars à Daraa puis, au Printemps, à tout le pays. L'escalade se poursuit pour, dès l'été de la même année, déboucher sur un conflit armé. Il dure depuis plus de six ans.

Son impact reste sans appel comme le démontre l'enquête de 148 pages, publiée en anglais et en arabe lundi 10 juillet 2017, sous le titre : "Le péage de la guerre : les conséquences économiques et sociales du conflit en Syrie - The toll of war : the economic and social consequences of the conflict in Syria ", avec 27% du parc de logements touché (7% détruit et 20% partiellement endommagé) sur les dix villes étudiées (notamment Homs, Alep et Damas) et 50% des centres médicaux et d'éducation des huit gouvernorats analysés mis hors d'usage.

Si tous les barrages hydroélectriques et six des dix-huit centrales électriques demeurent opérationnels, la production d'électricité a chuté de 62,5% à cause de la pénurie de carburant. La production de 383 000 barils par jour en 2010 s'est effondrée à 10 000 barils par jour (2015 et 2016) à cause du contrôle des champs pétroliers par l'Etat islamique. Dans la majorité des villes, les habitant ne peuvent compter que sur quelques heures de courant par jour à cause d'une politique de rationnement instaurée par le gouvernement.

Un bilan humain catastrophique

Les réserves de change ont fortement diminué de 21 mrds€ à 1 mrd$. alors que les revenus fiscaux, économie informelle et faible capacité de collecte administrative obligent, n'alimentent plus que 3% du PIB (chiffre 2015) contre 23% en 2010. Le PIB s'est contracté de 61% entre 2011 et 2015 et de 2% supplémentaires en 2016. Le secteur du pétrole a perdu 93% de ses revenus.

Au-delà des dégâts matériels, le bilan humain demeure aussi catastrophique. La guerre a causé entre 400 000 et 470 000 morts selon les sources. Plus de la moitié de la population a été déplacée. 4,9 millions sont partis à l'étranger et 5,7 millions sont restés mais ont du migrer à l'intérieur de leur pays. 5,8 millions de Syriens sont tributaires d'une assistance alimentaire. Le programme mondial pour l'alimentation distribue quatre millions de paniers par mois.
Selon le Haut Commissariat aux réfugiés (UNHCR), 800 000 Syriens se porteraient candidats à l'asile en Europe (2015 et 2016).

L'économie ne tourne plus avec pour résultat 580 000 emplois en moyenne disparus par an entre 2010 et 2015. Trois Syriens en âge de travailler sur quatre (soit 9 millions de personnes) n'auraient pas d'activité professionnelle (2,9 millions) ou ne suivent aucun enseignement (6,1 millions).  Le taux de chômage chez les jeunes a atteint les 78% en 2015. "Les conséquences à long terme de cette inactivité se traduiront par une perte collective de capital humain menant à une pénurie des compétences en Syrie", indique la Banque mondiale.

Quatre ans pour retrouver seulement 41% du PIB de 2010

Pour l'institution, "la guerre en Syrie taille en pièces le tissu social et économique du pays... La guerre détruit aussi les institutions et les systèmes qui permettent aux sociétés de fonctionner, et les réparer sera un plus grand défi que la reconstruction en soi des infrastructures, un défi qui ne cesse de grandir au fur et à mesure de la poursuite du conflit".

Sa fin ne va cependant pas tout résoudre d'un coup de baguette magique. La Banque mondiale a calculé que si l'arrêt des combats intervenait fin 2017, comme s'y attèle deux conférences à Astana et à Genève, il faudrait quatre ans au PIB pour récupérer 41% de son niveau en 2010. Et les pertes cumulées du PIB représenteraient tout de même d'ici vingt ans, 7,6 fois le PIB de 2010. "Plus le conflit dure, plus lent sera le retour à la normal", précise le rapport. Ainsi, si la guerre se poursuit encore pendant trois ans de plus, la Syrie n'arrivera à retrouver, toujours en quatre ans, que 28% de son PIB de 2010 (pertes cumulatives de 13,2 fois le PIB de 2010 à la vingtième année).

Autre chiffre, pas si anecdotique qu'il n'y paraît, quelque 14,9 millions de tonnes de débris se sont accumulés à Alep et 5,3 millions à Homs. Le rapport de la banque mondiale estime qu'il faudra, seulement dans cette dernière ville, pas moins de deux ans et demi et 26 millions de km-camions pour les déblayer.


Voir l'ensemble du rapport de la Banque mondiale sur les conséquences économiques et sociales du conflit en en Syrie (en Anglais)

Voir l'ensemble du rapport de la Banque mondiale sur les conséquences économiques et sociales du conflit en Syrie (en Arabe)




Mardi 11 Juillet 2017



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Roland Lombardi, docteur en Histoire, consultant indépendant en géopolitique, analyste au sein du groupe JFC Conseil et chercheur associé à l'IREMAM de l'Université Aix Marseille.


 









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