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Le complexe solaire Noor Ouarzazate rayonne sur le développement socio-économique de la région


Masen ne se contente pas de déployer des panneaux solaires sur les trois phases du site Noor, mais aide la région de Ouarzazate à se désenclaver et accompagne son développement socio-économique. Focus sur la création d'un collège et la politique d'aide aux éleveurs.



La nouvelle route permettant d'accéder au complexe a bénéficié d'une extension pour desservir les villages enclavés (photo F.Dubessy)
La nouvelle route permettant d'accéder au complexe a bénéficié d'une extension pour desservir les villages enclavés (photo F.Dubessy)
MAROC. En février 2016, le roi du Maroc inaugurait le complexe solaire Noor I à Ouarzazate. Masen, l'agence marocaine de l'énergie solaire, livrait son joyau alors que les phases II et III, également en CSP (miroirs thermodynamiques à concentration) se trouvent en chantier dans son prolongement. Au total, 1,3 million de mètres cubes de miroirs solaires viennent faire briller le Plan solaire marocain. Mercredi 16 novembre 2016, Masen octroyait au Saoudien Acwa Power Noor Ouarzazate IV qui utilisera, elle, la technologie photovoltaïque et complètera l'ensemble.

Tout ces panneaux solaires déployés rayonnent également sur le développement économique et social de la région de Ouarzazate. 

La création de Noor Ouarzazate a nécessité la construction d'une nouvelle route dans cette région défavorisées. Aux quatorze kilomètres nécessaires, Masen a décidé d'ajouter une dizaine de kilomètres supplémentaires afin de désenclaver cinq douars abritant 1 400 habitants. Une facture complémentaire de 30 millions de dirham (2,8 M€). De même, la route sinueuse aux ravins vertigineux entre Ouarzazate et Marrakech, seul point d'accès routier entre les deux villes, se trouve également en plein chantier d'élargissement. Ceci devrait réduire les quatre heures nécessaires pour relier les deux communes.

Parallèlement, le complexe solaire va puiser son eau dans le barrage El Mansour Eddahbi créé en 1971 sur le Drâa. La centrale a besoin de 2 millions de mètres cubes d'eau par an alors que l'ouvrage en dispose de 440 millions en réserve. "Nous n'avons aucun impact sur la ressource en eau potable et l'agriculture", assure Mustapha Sellam, directeur du site Masen à Ouarzazate et en charge de la maintenance et de l'exploitation, voulant assurer d'un développement inclusif. D'autant plus que Masen a profité de ses travaux d'adduction d'eau pour apporter l'eau potable à des villages reculés.

58 actions socio-économiques menées en six ans

Le collège de Ghessate a été financé par Masen (photo F.Dubessy)
Le collège de Ghessate a été financé par Masen (photo F.Dubessy)
"Nous avons déjà mobilisé 65 millions de dirhams (6 M€) pour favoriser l'intégration de Noor dans l'environnement local et maximiser les retombées socio-économiques au profit des populations locales autour des centrales solaires. Notre objectif est d'assurer l'intégration, créer un dynamisme local et pérenniser les actions", commente Tarik Moudden, responsable développement local de Masen. Depuis 2010, son agence a mené cinquante-huit actions et projets, concernant le développement et l'animation des territoires, l'amélioration du cadre social des populations et le désenclavement du territoire pour 27 909 bénéficiaires directs et indirects. "Nous nous appuyons à chaque fois sur une association car, nos actions sont pensées et imaginées localement pour venir répondre aux besoins des populations", insiste-t-il.

C'est ainsi que le collège Sidi Ahmed Ben Maji a pu voir le jour dans la commune de Ghessate, située à trente kilomètres de Ouarzazate. Trois classes de première année (90 élèves), trois de seconde année (92 élèves) et trois de troisième année (91 élèves) y suivent les cours de seize enseignants.

Répondant aux questions d'econostrum.info au milieu d'une grande cour de terre battue, et alors que le directeur et le représentant des parents d'élèves ne cessent de réclamer son aménagement aux visiteurs, le responsable en charge de la Direction développement local de Masen se félicite de l'existence de ce nouvel établissement. Flambant neuf, il se dresse au milieu du village et s'adresse aux enfants de douze à dix-sept ans venus de plusieurs kilomètres à la ronde. "Ouarzazate se trouvait trop loin pour eux. A la fin du primaire, beaucoup n'avaient donc plus accès à l'école", explique Naciri Abdel Aziz, directeur du collège.

Lutte contre la déscolarisation

Filles et garçons peuvent désormais étudier près de chez eux (photo F.Dubessy)
Filles et garçons peuvent désormais étudier près de chez eux (photo F.Dubessy)
Derrière le collège un grand bâtiment abrite l'internat où résident quarante-six élèves et où le directeur réclame avec insistance une photocopieuse à l'ambassadeur de l'Union européenne au Maroc. "L'internat permet aux collégiens des villages les plus reculés de venir étudier", pointe Tarik Moudden. Pour la même raison, le Masen a acheté 120 VTT et a organisé un ramassage scolaire en cédant un puis deux mini-bus (deux autres sont en projet). Les véhicules transportent chaque jour soixante-huit élèves dont vingt--six filles.

 "Nous luttons contre l'abandon scolaire notamment des jeunes filles. Le fait de pouvoir venir le matin et repartir le soir favorise leur scolarisation car les parents, c'est culturel, ne veulent pas les laisser à l'internat où pourtant des places sont prévues pour elles" relève Naciri Abdel Aziz. Certaines logent toutefois dans un autre internat à Ouarzazate où elles suivent leurs cours.

Ici, le taux d'abandon scolaire était le plus élevé de la région avant l'arrivée de l'établissement (42%). "Nous menons une action sur trois ans pour baisser de 8% par an ce ratio. Nous sommes partis de 32% d'enfants non scolarisés à l'ouverture du collège pour arriver à 24% en 2015. Nous allons atteindre les 16% en 2016 et visons les 8% à terme", affirme, confiant, le directeur du collège.

La présence de Masen se fait sentir partout dans les trois corps de bâtiment. Les livres de la bibliothèque ont été offerts par les salariés du complexe. L'agence a pourvu les élèves en habits chauds, en fournitures scolaires. Elle a installé deux grandes télévision dans le réfectoire et, bien entendu, un chauffe-eau solaire. Des lampadaires solaires complètent même le réseau d'éclairage, "pour montrer aux enfants ce qu'est l'énergie solaire" souligne le responsable de Masen.

"L'éducation ne s'arrête pas à l'école, il faut aussi leur ouvrir l'esprit", poursuit-t-il racontant le bonheur des enfants qui peuvent partir depuis 2012 en colonie de vacances dans une grande ville ou au bord de la plage grâce à l'Association des colonies éducatives de Ouarzazate. La grande majorité d'entre eux n'était jamais sorti si loin du village, beaucoup n'avaient jamais vu la mer. Ils étaient quatre-vingt quatre pour la première et 250 pour la plus récente.

Les zones rurales bénéficient d'un développement économique

La séparation des espèces d'animaux a permis de réduire la mortalité (photo F.Dubessy)
La séparation des espèces d'animaux a permis de réduire la mortalité (photo F.Dubessy)
Le complexe Noor Ouarzazate compte actuellement 5 000 salariés dont 22% d'étrangers. La moitié des employés marocains viennent de la région de Ouarzazate. "Ils ne seront cependant plus que 500 quant tout le complexe deviendra opérationnel ", souligne Mustapha Sellam. Peu d'emplois se trouveront donc, à terme, disponibles pour les populations locales. Il a donc fallu investir d'autres champs.

A part miser sur l'éducation, avec le collège et une bourse (en partenariat avec la Fondation marocaine de l'étudiant) - qui permet aujourd'hui notamment à un élève d'une famille très modeste d'étudier à l'Ecole centrale Paris -, Masen s'intéresse au développement de cette économie rurale. "Ici, l'agriculture n'était pas adaptée aux longues sécheresses. Avec l'association française Agrisud International, nous avons accompagné 119 familles de sept villages pour modifier leurs habitudes" souligne Tarik Moudden. Cet investissement de 200 000 € engagé depuis 2014 porte désormais ses fruits.

Deux ans plus tard, en suivant ces conseils, les agriculteurs et éleveurs engrangent entre 8 et 9 300 dirhams (750 à 870 €) de bénéfices annuels supplémentaires. Une évaluation réalisée en juillet 2016 encourage Masen et Agrisud à poursuivre et à étendre ce programme pilote. La seconde phase s'adressera à 300 familles de douze villages avec 2 400 bénéficiaires.

Meilleure qualité et quantité du cheptel

"Nous assurons un transfert des compétences pour améliorer la performance agricole, environnementale, économique et sociale" explique la coordinatrice locale d'Agrisud. Dans le douar Asseghmou comme dans six autres proches, vingt-cinq exploitations familiales bénéficient de ce programme.

Rokia Ait Brahim a investi 3 000 dirhams (280 €) pour aménager sa bergerie et compléter les 13 000 dirhams (1 213 €) accordés par Agrisud International. "Ma ferme connaît beaucoup moins de mortalité depuis que j'ai séparé, selon leurs besoins alimentaires, mes différents animaux et que j'ai changé la race de mes brebis pour favoriser l'engraissement et la vente de viande" confie-t-elle. Chaque variété d'animal (ovin, caprin, poules, âne) dispose de son box. Partie avec trois brebis offertes par le programme, dont une génitrice, elle en gère désormais douze (dont quatre bébés nés des premières) pour la vente de sa production et sa consommation personnelle.

"Après la formation, j'ai appliqué tous les acquis. Et ça a marché avec une meilleur production en qualité et en quantité du cheptel !" se réjouit Rokia Ait Brahim. Avec un bémol cependant. Elle constate le coût plus élevé de la nouvelle alimentation et en profite, elle aussi, à adresser une demande d'aide au Masen et à Agrisud pour participer à cet achat.


Frédéric Dubessy, à OUARZAZATE


Jeudi 17 Novembre 2016



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