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Le complexe d’Arcelor Mittal Steel Algérie entièrement paralysé


Ce nouveau conflit du travail, assez radical, au sein d’une multinationale confirme le malaise actuel entre les autorités algériennes et les entreprises étrangères.



un bras de fer serait engagé entre le géant mondial de la sidérurgie et le gouvernement algérien
un bras de fer serait engagé entre le géant mondial de la sidérurgie et le gouvernement algérien
ALGERIE. Les 7200 travailleurs algériens du géant de l’acier sont finalement passés à l’acte. Lundi 6 juillet, ils ont, à compter de cinq heures, paralysé le complexe sidérurgique d’El Hadjar, situé à l’Est du pays, ainsi que l’ensemble des dépôts, points de vente et ateliers de production et de maintenance disséminés sur tout le territoire national.

Seuls la cokerie, les réseaux de distribution d’énergie, la médecine du travail, l’unité de la Protection civile et la sécurité de l’usine ont été épargnés, un service minimum étant assuré par les travailleurs.

A l’origine de ce conflit, l’échec des négociations entamées autour des revendications des ouvriers d’El Hadjar. Le syndicat d’entreprise dirigé par Smaïl Kouadria et affilié à l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) a présenté une plate-forme de 11 revendications au nombre desquelles une augmentation de salaire de l’ordre de 18%.

Il argue des bons résultats financiers obtenus par le complexe d’El Hadjar ces dernières années et du climat de paix sociale dont a profité le groupe sidérurgique grâce aux efforts du syndicat.

En face, la direction de l’entreprise propose deux augmentations de 5%, l’une en juillet de cette année et l’autre en juillet 2010. Mais elle assortit son offre d’un plan social prévoyant la suppression de 1500 postes de travail d’ici à l’année prochaine.

Considérant que ces propositions étaient inacceptables, le syndicat a mis à exécution le préavis de grève qu’il avait déposé il y a quatre mois, mais qui avait été gelé pour cause d’«élections présidentielles».

Des actions accompagnent ce mouvement d’arrêt de travail, à l’image du rassemblement de 6000 travailleurs devant les locaux de la direction générale au sein du complexe d’El Hadjar et de la grève de la faim entamée par quatre membres du comité de négociation.

La menace d’une grève de la faim de tout le personnel est même brandie, cette forme de lutte semblant rencontrer un large écho au sein du monde du travail en Algérie.

Une possible renationalisation du sidérurgiste

Les observateurs suivent avec beaucoup d’attention ce conflit social et s’interrogent sur les enjeux économiques stratégiques d’acteurs non apparents. Ils notent que le secrétaire général de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, d’habitude si prompt à intervenir pour calmer le jeu et empêcher l’éclatement de grèves, n’a pas bougé et n’est pas intervenu, publiquement du moins.

Les syndicalistes d’El Hadjar affirment même disposer du soutien du chef de la direction de son organisation.

Selon Smaïl Kouadria, un bras de fer serait engagé entre le géant mondial de la sidérurgie et le gouvernement algérien. Le groupe indien voudrait obtenir la majorité des parts du capital social du futur complexe de Bellara dans la région de Jijel (Est du pays), alors que la récente circulaire du premier ministre, Ahmed Ouyahia, énonce que 51% des parts doivent impérativement revenir aux Algériens.

Certains observateurs se demandent toutefois si le soutien, au moins implicite, de l’UGTA et du gouvernement à la grève actuelle ne vise pas à pousser Arcelor Mittal vers la sortie.

Le gouvernement Ouyahia chercherait-il à renationaliser l’ancien fleuron de l’industrie algérienne?

Toujours est-il que le contentieux entre les deux partenaires semble important. Smaïl Kouadria a jeté un pavé dans la mare il y a quelques jours en accusant publiquement Arcelor Mittal El Hadjar de déguiser une fuite de capitaux.

Arcelor organiserait la concurrence de ses propres usines en Algérie

Exhibant des documents, le responsable syndicaliste du complexe a affirmé que le groupe indien avait «importé, durant 2008, 45000 tonnes de billettes depuis ses usines de Galati (Roumanie) et Hambourg (Allemagne) dont le prix varie entre 500 et 690 dollars la tonne.

Produite à l’usine d’El Hadjar, la tonne du même produit revient à 450 dollars (322 €). Soit une perte sèche totale de 6 millions de dollars pour l’usine et un important transfert de capitaux en Europe pour le groupe indien ».

Smaïl Kouadria « révèle » par ailleurs que le groupe a importé, en 2007 et 2008, de ses usines d’Ukraine et d’Europe, 435407 tonnes de rond à béton et de fil machine à raison de 600 dollars la tonne (soit 4200 DA/t = 41€) qu’elle a écoulé à travers l’usine de Annaba sur le marché algérien. A 9500 DA/t en moyenne, la marge bénéficiaire s’élève à 5300 DA/t (52€).

Le syndicaliste accuse donc Arcelor Mittal d’avoir réalisé des bénéfices de l’ordre de 2,30 mds de dinars qui équivalent à 9 mois de salaires de l'ensemble de ses employés.

Ce nouvel épisode semble confirmer que les relations entre les autorités algériennes et les partenaires économiques étrangers traversent une période de turbulences. Le groupe Emaar a annoncé récemment l’arrêt de ses projets d’investissements et la fermeture de sa représentation commerciale à Alger.

L’UGTA et le gouvernement ne sont pas intervenus alors que le port d’Alger, véritable poumon économique du pays, a été paralysé, une semaine durant, par les travailleurs de Dubaï Port World Al djazaïr (DPWA) qui gère le port à containers.

Des critiques se font de plus en plus insistantes à l’égard des entreprises de ciment.

Il est certes peu probable que le cours nouveau de la politique économique du gouvernement, caractérisée officiellement par le « patriotisme économique », aille jusqu’à la remise en cause de tous les accords passés avec les partenaires étrangers.

Mais en l’absence de communication officielle, ce laisser-faire des pouvoirs publics et de leurs relais dans le monde du travail laisse beaucoup d’observateurs dubitatifs.


A. Belkessam, à ALGER


Mardi 7 Juillet 2009



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