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Le climat social se détériore en Algérie


Emeutes, grèves et manifestations se multiplient dans tout le pays. La situation sociale est tendue, et la concertation rarement la règle.



Le ministre de l'habitat a annoncé la réalisation d'un million de logements durant les cinq dernières années, qui sont peu visibles en réalité... Il annonce maintenant cinq autres millions durant le prochain quinquennat. (photo MHU)
Le ministre de l'habitat a annoncé la réalisation d'un million de logements durant les cinq dernières années, qui sont peu visibles en réalité... Il annonce maintenant cinq autres millions durant le prochain quinquennat. (photo MHU)
ALGERIE. Les émeutes, qui n’ont épargné aucune région depuis 2001 et qui font désormais partie du quotidien des Algériens, ont fini par atteindre la capitale.

Depuis deux jours, le quartier de Diar Echems (Les Maisons du soleil) situé dans la commune d’El Madania est le théâtre de violents affrontements entre résidents et forces de l’ordre. On compte déjà plusieurs dizaines de policiers blessés, dont certains gravement, et un nombre indéterminé d’arrestations.

A l’origine immédiate de cette explosion, le sempiternel problème du logement qui empoisonne la vie des citoyens des couches défavorisées et des classes moyennes ainsi que les relations entre ces dernières et les autorités locales.

Cette énième révolte aurait pu passer totalement inaperçue, tant les émeutes se sont incrustées dans le quotidien des Algériens.

Seulement voilà, elle se déroule au cœur même d’Alger et, surtout, à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau du Palais d’El Mouradia, siège de la présidence de la république.

Les prix flambent et les nouveaux riches s'exhibent aux yeux des moins aisés

Les émeutes n’ont épargné aucune région depuis 2001 (photo FFS unblog)
Les émeutes n’ont épargné aucune région depuis 2001 (photo FFS unblog)
Autre fait marquant, elle intervient dans un climat social de plus en plus délétère. Chaque jour, la presse privée rend compte d’émeutes qui se déroulent dans tous les villages d’Algérie. Les problèmes sociaux sont la première préoccupation des habitants.

Logement, réseaux d’approvisionnement en eau potable ou d’adduction des eaux usées, coupures d’électricité et de gaz, sécurité routière, infrastructures de santé, transport… sont les principaux motifs de ces explosions.

A cela s’ajoute la grogne des lycéens qui protestent contre un programme trop lourd et contre la nouvelle répartition des horaires décidées par le ministère de l’Education nationale dans le cadre de l’instauration du nouveau week-end du vendredi-samedi.

Le tout sur fond de grèves dans l’industrie (complexe sidérurgique d’El-Hadjar…), dans l’Education nationale, dans la santé… et de profond malaise chez les dockers du port d’Alger dont 650 (travailleurs journaliers) se retrouvent au chômage technique depuis le 1er octobre dernier, date de l’entrée en application de la décision d’arrêt du déchargement des produits non conteneurisés au port d’Alger.

Cette dégradation du climat social était prévisible du fait de la détérioration du niveau de vie des habitants.

Les prix ont flambé au cours de l’été pour atteindre leur zénith au mois de ramadan. Les salaires sont bas et l’inflation touche principalement les produits alimentaires de grande consommation.

Le chômage frappe de plein fouet les jeunes des quartiers populaires qui ne songent qu’à quitter le pays ou à s’évader artificiellement (drogue…).

Conséquence de ce marasme social, la délinquance explose dans les grandes villes.

A l’autre pôle, la corruption s’étend comme on peut s’en rendre compte à la lecture quotidienne de la rubrique justice ou faits divers des journaux.

Une minorité de personnes fraîchement enrichies exhibent aux yeux de tous leurs signes extérieurs de richesses : voitures de luxe, maisons individuelles…

Sans dialogue social l'émeute est vécue comme la seule issue

Dans ce climat, les promesses officielles de réaliser 1 million de logements et 3 millions d’emplois viennent heurter de plein fouet l’amère réalité.

Pour les observateurs de la scène politique locale, l’absence de véritable dialogue social et les restrictions aux libertés syndicales et politiques – le pays est sous Etat d’urgence depuis 17 années – ne laissent d’autre issue aux citoyens que l’émeute. Un mur d’incompréhension a fini par s’ériger entre les citoyens et les autorités.

Surtout que les médias officiels, la télévision et les radios en premier lieu, ignorent superbement les conflits comme celui de Diar Echems.

Les pouvoirs publics pourront-ils apaiser le mécontentement populaire qui grandit ?

La tentation du tout-répressif comme mode d’organisation des rapports gouvernants-gouvernés ne risque-t-elle pas de prévaloir ?

Les décisions, consacrées dans le projet de loi de finances 2010 adopté lundi 19 octobre par le gouvernement, semblent touefois indiquer une volonté de prise en compte du malaise social.

Il s'agit d’allouer une enveloppe de 1 000 mds DZA (9,3 mds€) à la politique sociale de l’Etat (subventions de produits alimentaires, soutien aux services publics, pensions, bourses et retraites, caisses de sécurité sociale…) et d’augmenter le salaire minimum et le régime indemnitaire des fonctionnaires dans le cadre de la prochaine tripartite gouvernement-patronat-syndicat, grâce à une enveloppe de 230 mds DZD, (2,14 mds€).

Reste à savoir si les pouvoirs publics comptent promouvoir le dialogue social et les cadres de concertation afin de permettre aux inéluctables conflits sociaux d’être traités dans la paix civile.

Lire aussi Le complexe d’Arcelor Mittal Steel Algérie entièrement paralysé


A. Belkessam, à ALGER


Mercredi 21 Octobre 2009



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