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Le Sud, défi majeur pour le gouvernement algérien


Après avoir fait face sans trop de dommages politiques à l’intervention de l’OTAN en Libye puis à celle de la France au Mali et, enfin, à l’attaque d’un site gazier fomentée à Aïn Amenas par un groupe armé islamiste venu du Sahel, le gouvernement algérien se trouve désormais confronté à un défi redoutable car interne, civil et pacifique : celui des chômeurs de l’Eldorado du pays.



Manifestation le 14 mars 2013 à Ouargla (photo DR)
Manifestation le 14 mars 2013 à Ouargla (photo DR)
ALGÉRIE. Le mouvement des chômeurs de la ville de Ouargla a réussi son pari de mobiliser un nombre significatif de manifestants le 14 mars 2013 en dépit de la modestie de ses moyens et des entraves et autres pressions auxquelles il a dû faire face.

Placée sous le slogan de « marche d’un million de chômeurs », cette manifestation ne pouvait pas sérieusement rassembler un tel nombre dans une ville de moins de 900 000 habitants. Il s’agissait, selon les organisateurs, de frapper un grand coup pour clamer toute la colère et la détermination de ces centaines de milliers de chômeurs.

Le pari est réussi. Ouargla a été, une journée durant, le centre principal d’attention de tout le pays. Qu’ils soient en charge des affaires (gouvernement, autorités locales, responsables de l’emploi…), dans l’opposition ou membre du mouvement social (syndicats, comités…), tous rivaient leurs yeux rivés sur cette modeste wilaya (département) du Sud assise sur une bonne partie de la santé financière du pays saluée le jour même par Christine Lagarde, présidente du Fonds monétaire internationale (FMI) en visite à Alger.

L’écho rencontré par cette marche s’avère d’autant plus important qu’elle a provoqué des répliques, plus modestes certes, mais révélatrice d’un problème national, à Tamanrasset, Ghardaïa, Laghouat, Djelfa… où plusieurs centaines de chômeurs se mobilisaient localement le même jour.

Une plaie nationale

Le chômage demeure une plaie nationale. Son taux se situe officiellement (selon les chiffres gouvernementaux) à 9% au niveau national et à plus de 20% dans le Sud. Ce fléau frappe particulièrement la jeunesse dont près de 21,5%, toujours officiellement avec l’aval du FMI, ne trouve pas à s’employer.

Ce chômage national se double d’une situation de ségrégation à l’égard des chômeurs des zones pétrolifères de Hassi Messaoud, Hassi R’Mel, Tiguentourine…

Ils accusent les structures locales de l’Agence nationale de l’emploi (ANEM) de privilégier les demandeurs d’emploi venus du nord du pays. Ils pointent surtout du doigt les agences d’intérim privées qui s’enrichissent de façon éhontée avec la complicité d’entreprises étrangères qui ne respectent pas la législation algérienne.

Enfin, ils n’épargnent nullement l’administration locale (Wilaya, communes…) les accusant d’entretenir ce phénomène et reprochent aux autorités centrales du pays (Présidence, gouvernement, ministères…) une passivité à son égard qui frise la caution.

Un révélateur de grands déséquilibres

Manifestations des chômeurs, non loin de la présidence, en mars 2011 (photo AB)
Manifestations des chômeurs, non loin de la présidence, en mars 2011 (photo AB)
La venue au premier plan du chômage, dans un pays où la tendance se focalise depuis des décennies sur des problèmes strictement idéologiques (identité, berbère, arabe, islam...), sonne comme un retour au réel. Elle place au grand jour les contradictions majeures du pays et interpelle, à ce titre, tous les Algériens et pas seulement ceux du Sud.

Il en va ainsi de la contradiction entre un Sud riche, d’où provient l’essentiel des richesses énergétiques (98% des entrées en devises du pays), mais délaissé en termes d’emplois, de développement économique, d’infrastructures, de formation et de santé…

Une autre contradiction concerne l’aisance financière et macro-économique (balance commerciale bénéficiaire…) de l’Algérie et la situation de marasme social dans laquelle sont plongés de larges pans paupérisés de la société et de mal-vivre vécus par pratiquement toutes les catégories sociales, y compris les privilégiées.

Une troisième contradiction concerne l’ampleur de la manne financière et l’absence de développement productif industriel qui seule serait à même de juguler durablement les phénomènes du sous-emploi et de l’emploi précaire.

Les réponses gouvernementales

Quelques manœuvres politiques ont, semble-t-il, été déployées pour briser de l’intérieur le mouvement de contestation des chômeurs du Sud et en récupérer quelques segments. Certains de ses leaders ont été accusés de vouloir attenter à l’unité nationale, d’autres ont été victimes de la répression policière, jugés et condamnés à des peines de prison fermes ou avec sursis…

Il n’empêche que le gouvernement d’Abdelmalek Sellal tente d’apporter une réponse globale au problème posé par les chômeurs sous la forme d’une batterie de mesures économiques et sociales visant à combattre toute forme de disparité salariale, à privilégier le recrutement de la main-d’œuvre locale – le recrutement de travailleurs venus d’ailleurs devenant exceptionnel et soumis à autorisation du wali (préfet) –, passage obligé par les agences locales de l’ANEM pour pourvoir aux postes d’emplois sollicités…

L’instruction du premier ministre exige des entreprises de former directement ou par l’intermédiaire des centres de formation professionnelle les travailleurs locaux insuffisamment qualifiés et, plus généralement, les services de la formation professionnelle de promouvoir des formations spécifiquement adaptées aux besoins du Sud (tourisme, activités pétrolières…).

D’autres mesures favorisant la création d’entreprises par de jeunes chômeurs voient le jour : crédits bancaires sans intérêts, choix privilégié de ces entreprises pour les activités de sous-traitance, respect du quota de 20% en matière de commande publique au bénéfice de ces micro-entreprises…


Des mesures administratives à l’encontre des contrevenants aux dispositions de l’instruction complètent cette politique. Elles pourront aller jusqu’à la résiliation du registre de commerce, la résiliation de contrats, le rejet de demandes de permis de la main-d’œuvre étrangère…

Le passage à l’acte

L’ensemble de ces mesures ne semble pas séduire particulièrement les animateurs du mouvement de chômeurs. Ce n’est pas la première fois que les autorités font des promesses d’amélioration de la situation économique et sociale des régions du Sud.

Les mesures de la circulaire peuvent-elles répondre effectivement au souci des sans-emploi du Sud ? Leur mise en œuvre requérant, pour certaines d’entre elles, un certain temps, des mesures d’accompagnement seront-elles prises pour alléger temporairement le fardeau des chômeurs ?

Le gouvernement invite justement les représentants du mouvement de chômeurs à venir discuter de la situation à Alger. Cela suffira-t-il à désamorcer la tension dans une région proche de zones de tempêtes (Mali, Libye…) ?

Les chômeurs du Nord prendront-ils exemple sur ceux du Sud pour faire part de leurs exigences ? Le gouvernement est-il décidé à réorienter les investissements vers les secteurs productifs seuls créateurs de postes d’emplois massifs et stables ?

Tels apparaissent quelques-uns des enjeux auxquels l’Algérie se trouve confrontée en ce début d’année 2013.


A. Belkessam, à ALGER


Vendredi 15 Mars 2013



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