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Le Sittem défriche la route de la logistique algérienne


Organisé par AbouadCom et IBC à Alger, le premier Symposium international sur la translogistique, le transit et l'entreposage des marchandises s'est tenu à Alger les 26 et 27 novembre 2016. Cette manifestation a permis de mesurer le chemin à parcourir dans une Algérie dépourvue d'une véritable logistique alors qu'elle s'industrialise et entend exporter de plus en plus ses produits finis.



La 1ère édition du Sittem a permis de rassembler tous les professionnels, au plus haut niveau, de la supply chain (photo F.Dubessy)
La 1ère édition du Sittem a permis de rassembler tous les professionnels, au plus haut niveau, de la supply chain (photo F.Dubessy)
ALGÉRIE. "Cette manifestation se veut un espace d'échange entre les professionnels de la supply-chain." En ouvrant au Centre international des Conférences d'Alger le 1er Sittem (Symposium international sur la translogistique, le transit et l'entreposage des marchandises du 26 et 27 novembre 2016), les deux organisatrices de l'événement, Hind Benghanem (directrice générale d'AbouabCom) et Yesmine Moussaoui (directrice générale d'IBC) , ont voulu sensibiliser au plus haut niveau sur la nécessité d'une logistique digne de ce nom en Algérie. "Le pays se tourne vers l'économie de marché basée sur l'industrialisation. Le développement de l'export s'avère donc un défi ", indiquent-t-elles.
Sept conférences, neuf ateliers, une dizaine de tables rondes et des rencontres B to B ont permis de défricher la route de la logistique en Algérie.

Le pays compte dix ports de commerce (par ordre d'importance : Bejaïa, Alger, Oran, Annaba, Djen Djen, Skikda, Arzew, Tenes, Mostaganem, Ghazaouet) réalisant, en 2015, un trafic global de 133,44 millions de tonnes (50,98 millions d'hydrocarbures) dont, en national, 56 millions de tonnes. Le trafic conteneurisé ne représente que 1,8 million d'EVP (conteneurs équivalent vingt pieds).

Des coûts de logistique excessifs par manque d'outils

Boudjemaa Talai affirme la volonté du gouvernement de développer la logistique (photo F.Dubessy)
Boudjemaa Talai affirme la volonté du gouvernement de développer la logistique (photo F.Dubessy)
"La logistique en Algérie, malgré l'existence d'infrastructures, reste à organiser" insiste Boudjemaa Talai, ministre algérien des Travaux Publics et des Transports. C'est bien l'avis de tous les acteurs du Sittem interrogés et qui n'hésitent pas à relever les dysfonctionnements. "La logistique reste un terrain vierge en Algérie à cause des contraintes administratives et de la difficulté à obtenir des autorisations. La loi change fréquemment. La volonté de l'Etat semble bien présente et les experts aussi. Ce qui m'inquiète, c'est le temps que va prendre ce changement. J'aimerai bien savoir quand arrive le futur proche dont nous parle le gouvernement pour m'y préparer : six mois, un an, deux ans ? Ce n'est pas clair", souligne Fouad El Ghoul, directeur des ventes de la division Air & Océan de Mars Logistique.

Le ministre algérien du Transport reconnaît volontiers ces freins : "Pour exporter un produit il faut être compétitif et donc disposer d'un système qui fonctionne. Nous voulons que la logistique serve le produit final au consommateur et ait une influence sur le prix d'achat." Le coût de la logistique se situe entre 5 et 10% en Europe. Il serait compris entre 25 et 30% en Algérie selon les sources. L'objectif du gouvernement algérien est de le porter à 15% dans les prochaines années. "Il faut le réduire rapidement de 15%", envisage Samir Boumati, directeur général de Djazaïr DP World, la coentreprise chargée de moderniser le terminal à conteneurs d'Alger. "L'Algérie doit relever ce défi. 5% en Allemagne, 9% en France et 30% ici, ce n'est pas normal", regrette Rafik Belhadj, directeur France d'Isamar (Bolloré Africa Logistics). Même si, de l'aveu de plusieurs intervenants, "peu d'industriels savent ce que leur coûte leur logistique".

Pour Tewfiq Rahmouni, PDG de Rail-Logistic (ex-Rail Transit), "l'Algérie perd 5 à 6 mrds$ en coûts logistiques dans les transactions à l'internationale. La faiblesse des infrastructures et des services logistiques impacte les coûts des produits livrés au client ou fabriqués/transformés en Algérie, d'un surcoût de 20 à 30%, au détriment de la compétitivité du produit algérien à l'international, nonobstant les autres éléments touchant à la capacité d'export du produit algérien comme la qualité, la conformité, le flux de paiement."

Le ministre en appelle aussi au développement de la grande distribution : "ce secteur est inexistant. Nous avons besoin de professionnels dans ce domaine et nous sommes ouverts à l'investissement. D'autant plus que la grande distribution nous permettra aussi de vendre nos produits à l'extérieur ."

Un besoin immédiat de plates-formes logistiques

Tewfiq Rahmouni réclame des zones logistiques (photo F.Dubessy)
Tewfiq Rahmouni réclame des zones logistiques (photo F.Dubessy)
Boudjemaa Talai a révélé lors du Sittem que l'Algérie dédiera l'aéroport de Tamanrasset exclusivement au fret et que le chantier du grand port commercial de Cherchell débutera au premier trimestre 2017.

Une bonne nouvelle pour Fouad El Ghoul, à condition que le gouvernement se penche aussi sur le manque d''avions cargos. "Cette rareté créé des problèmes pour se développer à l'export. Je dois attendre qu'un avion cargo se libère alors que mon client a choisi la voie aérienne, plus chère que le maritime, justement pour la rapidité d'expédition et car le facteur temps joue sur sa transaction. Je discute par exemple pour exporter des pommes de terre qui prennent beaucoup d'espace. On parle de 200 tonnes pour chaque envoi, je ne pourrais donc pas utiliser un avion de ligne où je ne peux prendre que trois tonnes. Je me retrouve sans solution" se plaint-il.

"Il est d'un intérêt stratégique pour l'Algérie de promouvoir des plates-formes et des activités logistiques dans la perspective de réaliser des économies d'échelles sur les processus d'importation et d'améliorer à terme la compétitivité du produit algérien sur les marchés internationaux", renchérit Tewfiq Rahmouni. "Le besoin immédiat d'infrastructures de type plate-forme logistique est évalué à 4 000 hectares" évalue-t-il alors qu'il va s'investir dans ce domaine pour assurer la pérennité de son activité mise à mal par la création de ports secs.

Tixter, première zone logistique d'envergure

Kasmi Halim prépare une nouvelle ZLEP (photo F.Dubessy)
Kasmi Halim prépare une nouvelle ZLEP (photo F.Dubessy)
"Plus de 85% de l'entreposage s'effectue sur zone portuaire. Si nous suivons les exemples internationaux, cette proportion devrait s'inverser. La vocation d'un port maritime reste de faire transiter les marchandises, pas de les stocker", explique Kasmi Halim, directeur des zones logistiques du port de Béjaïa. "Le volume de marchandises augmente alors que les ports n'évoluent pas", poursuit-il. Le port de Béjaïa (+10% de trafic par an depuis 2005) s'oriente vers le développement des activités multimodales et à une gestion par terminaux pour améliorer la productivité portuaire.

D'une surface de vingt hectares, extensible à 50 hectares, la zone logistique extra-portuaire (ZLEP) de Tixter dans la wilaya de Bordj Bou Arreridj, jouera en ce sens un rôle primordial pour éviter la congestion dans les ports algériens. Elle a bénéficié d'un investissement de 3 milliards de dinars (25,5 M€ et 104 M€ avec extension).
" Connectée aux voies rapides et à la voie ferrée, situé dans un bassin économique actif, elle va devenir la plate-forme logistique qui n'existe pas en Algérie", commente le représentant du port de Béjaïa. Le premier conteneur a été accueilli en août 2016 et il emploie cinquante personnes (300 recrutements prévus en 2017). "Cette première zone d'envergure à l'intérieur du pays assure un gain de temps, de coût et de sécurité", assure Kasmi Halim. Une autre ZLEP (investissement de 1,17 milliard de dinars - 10 M€) verra le jour au premier trimestre 2017 sur une surface de 4,8 hectares à Ighil Ouberouak, dans la wilaya de Bejaïa.

Les ports secs appelés à disparaître

Abderrazak Sellami construit un terminal à conteneurs (photo F.Dubessy)
Abderrazak Sellami construit un terminal à conteneurs (photo F.Dubessy)
Le Pdg du port de Djen Djen évoque sa stratégie de fixer des zones logistiques à chacun des treize échangeurs de la pénétrante (2 x 3 voies sur 100 km) qui rejoint l'autoroute Est-Ouest. Située à dix kilomètres du port et maillée au chemin de fer, la zone logistique de Chadia verra ainsi le jour sur dix-sept hectares encore à aménager. Un accord vient d'être signé pour lancer une co-entreprise entre le Port de Djen Djen, Gema (Société générale maritime) et le groupe logistique Logitrans. "Cette zone logistique sera destinée en partie à l'export et nous voulons dans cette zone créer de la valeur ajouter avec des opération d'empotage et de dépotage de conteneurs, de stockage sous température dirigée, d'activités de co-packaging, étiquettage, réemballage...", précise Abderrezak Sellami, PDG du port de Djen Djen. "Les développements projetés vont générer un volume de 30 millions de tonnes par an qui seront évacuées par 2 500 camions par jour et quarante rames de trains par jour", dévoile-t-il.

"Au lieu d'importer des biens, nous voudrions en exporter", lance Abderrezak Sellami. Tous les quais de Djen Djen sont reliés au fer et le port est le seul du pays à disposer de trois rampes Ro-Ro (navires rouliers). "DP World Djen Djen construit ici un terminal à conteneurs avec les Coréens de Daewoo Engineering & Construction. Le chantier est achevé à 53%" précise Abderrezak Sellami.
Il disposera d'une capacité de 2 millions d'EVP (conteneur équivalent vingt pieds) par an. Le port de Djen Djen devrait passer de 5 millions de tonnes en 2015 à 30 millions de tonnes en 2030.

Autour d'Alger, treize ports secs ont permis non seulement de décongestionner cet outil portuaire, mais aussi de réduire la facture de cogestion qui se greffait sur la facture d'importation. "Les ports secs vont disparaître en Algérie pour être remplacés par des zones logistiques" prophétise le PDG du port de Djen Djen.

L'externalisation comme solution

Linda Belaid (Numilog) incite les industriels à l'externalisation de leur transport (photo F.Dubessy)
Linda Belaid (Numilog) incite les industriels à l'externalisation de leur transport (photo F.Dubessy)
"Tous les transporteurs font figure de parents pauvres car nous n'avons pas su communiquer sur nos métiers. Nous sommes pourtant un maillon de la chaîne logistique, trait d'union entre les fabricants, les industriels et les consommateurs,  et un acteur incontournable de notre économie", commente Safi Lazreg, directeur général de Numilog, filiale logistique du groupe Cevital.

Pour Tewfiq Rahmouni, "les opérateurs en charge de la logistique sont peu nombreux et concentrés sur l'activité de transit, alors que les opérateurs logistiques au sens propre du terme sont rares avec un transport dominé par des microentreprises à faible valeur ajoutée."

"Trop d'industriels organisent seuls leurs transports. Nous devons les convaincre d'externaliser", poursuit Safi Lazreg."La logistique est plus synonyme de contraintes que de valeur ajoutée", regrette Linda Belaidi, directrice commercial et marketing de Numilog. Sa maison-mère a donné l'exemple voici quatre ans en créant Numilog, passé depuis de vingt à 1 350 salariés et disposant désormais de 800 camions dont 300 en sous-traitance.

Numilog envisage depuis deux ans de se diversifier. "Nous voulons atteindre, à l'horizon 2025, 50% en interne et 50% en externe", précise Linda Belaidi. "Aujourd'hui, l'Algérie est un pays importateur mais avec la France nous commençons des flux sud-nord et expédions des produits finis vers le marché européen." La société algérienne bénéficie en effet depuis l'été 2016 d'une implantation à Saint-Martin de Crau, près d'Arles, à la faveur du rachat du Français FagorBrandt par Cevital.

L'externalisation s'est trouvée au coeur des débats lors de plusieurs ateliers. Le thème a réuni une salle pleine, alors que deux autres thématiques parallèles n'accueillaient que quelques personnes. La croissance récente des industries, voulues par le gouvernement pour préparer l'après-pétrole, modifie les données du transport qui doit se muer en chaîne logistique. Les pouvoirs publics algériens viennent d'ailleurs d'instaurer, en septembre 2016, un brevet de chauffeur professionnel (bus et camions) qui deviendra obligatoire dans trois ans. "En interne, nous avons lancé une campagne de sensibilisation adossée à une modernisation du parc roulant. Sur le plan sécuritaire, nos comportements doivent changer", souligne Safi Lazreg.
L'externalisation va également offrir l'opportunité à une entreprise de livrer l'ensemble du territoire. "Plusieurs produits fabriqués à l'est du pays ne sont pas livrés à l'ouest pour des problèmes de logistiques. Ils se privent d'un marché" , souligne Linda Belaidi.

Reste que cette démarche, très stratégique, ne peut être menée que par le directeur général. "Sinon, il s'agit juste de sous-traitance transport. Il faut un responsable de projet pour s'assurer que tout le monde avance en même temps et préparer un cahier des charges précis pour une meilleure cotation ", commente Linda Belaidi.

Fédérer les professionnels

Rafik Belhadj demande la création d'un cluster logistique (photo F.Dubessy)
Rafik Belhadj demande la création d'un cluster logistique (photo F.Dubessy)
Pour Rafik Belhadj, "il faut fédérer les professionnels pour disposer d'une vision, d'une stratégie. Il faut l'implication de tous les intervenants, privés comme publics, il faut du dialogue pour une action commune, et notamment organiser un cluster." Safi Lazreg regrette également l'"absence de cluster transport en Algérie. Nous voulons créer un consortium de transporteur. Pas pour embêter (ndlr : sous-entendu comme en France avec les blocages de route) mais pour construire."
Tewfiq Rahmouni suggère la mise en place d'un haut comité de régulation ou de pilotage de la logistique en Algérie. "En plus d'être l'interface idéale entre l'opérateur et le législateur, il pourra constituer un rôle de régulateur dans l'application de la politique logistique", poursuit le Pdg de Rail-Logistic.

Le groupe Bolloré, présent dans tous les pays africains (sauf deux : Soudan et Erythrée), se propose même pour accompagner le transfert de savoir-faire. Mais Rafik Belhadj tient à préciser : "il ne faut pas être donneur de leçon, mais donneur d'exemple." Se trouvant au diapason de Safi Lazreg qui affirme "ne pas vouloir faire de Numilog le plus grand logisticien d'Algérie mais vouloir développer la logistique en Algérie."


Frédéric Dubessy, à ALGER


Mercredi 30 Novembre 2016



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Commentaires

1.Posté par Ata - ûllah GOURINE le 01/12/2016 09:01
si j'ai une suggestion à faire à M.Boudjemaa Talai , ministre algérien des travaux publics , c'est de lancer de grands travaux dans le grand sud pour édifier 10 nouvelles villes disséminées dans l'arc saharien et dont l'objectif est de donner du travail pour cette jeunesse désœuvrée , malade d'un chômage chronique , résoudre pour de bon la crise du logement , donner un coup de fouet à l'agriculture , stopper la désertification qui menace d'envahir le nord de l'Afrique , et ainsi créer des millions d'emplois et faire travailler nos ingénieurs , techniciens , cadres dont profite l'Amérique , l'Europe pour sa prospérité et impulser ET SURTOUT FAIRE CONFIANCE A NOTRE GENIE NATIONAL EN EVITANT SYSTEMATIQUEMENT DE FAIRE APPEL AUX CHINOIS , ET ETRANGERS DE TOUT POIL QUI NE SAVENT PAS PLUS QUE NOUS LES STANDARTS DE LA CONSTRUCTION ETANT CONNUS DE TOUS ! sinon à quoi servent nos instituts, universités , grandes écoles ,...qui forment des milliers de techniciens , ingénieurs , cadres .Les retombées pour l'économie algérienne seront incommensurables!

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