« Le Maroc doit être une vitrine pour l’Europe et le monde arabe »
Basé à Rabat, l’espagnol Eneko Landaburu, chef de la délégation de l’Union européenne au Maroc, veille au quotidien au rapprochement entre le royaume chérifien et l’Europe.
Pour Eneko Landaburu, l'Europe doit cultiver des relations privilégiées avec son entourage (photo F.Dubessy)
MAROC / UNION EUROPÉENNE. Econostrum.info : Le rapprochement entre l’Union européenne et les pays méditerranéens semble en panne ? Eneko Landaburu : « Nous n’allons plus avoir une force hégémonique qui gouverne le monde mais des pôles différenciés. Dans cette réalité nouvelle, l’Union européenne veut compter. Elle doit mieux s’intégrer et devenir une puissance politique après être devenue une puissance économique. Et, pour cela, elle doit cultiver avec son voisinage des relations privilégiées. Le processus de Barcelone a eu un bilan mitigé et je dirais même négatif ! Nous n’avons pas atteint nos objectifs fixés voici quinze ans notamment à cause du conflit israélo-palestinien. Nous avons un cancer, une blessure structurelle difficile et insurmontable pour penser à un rapprochement réel. C’est une réalité politique qui plombe l’UpM (ndlr : Union pour la Méditerranée). Il faut aussi noter la très faible volonté des pays arabes à rentrer dans une intégration avec un non dialogue permanent. D’où l’idée en 2004 de lancer la Politique Européenne de Voisinage avec un costume sur mesure pour chacun des pays.
"la stratégie est de créer un cadre économique ouvert"
La présence d'une délégation de l'Union européenne au Maroc permet de mieux préparer le rapprochement avec le Maroc (photo F.Dubessy)
Econostrum.info : Ca se passe plutôt bien avec le Maroc ? Eneko Landaburu : Le Maroc est le plus avancé des pays arabes en ce sens. En octobre 2008, l’UE a décidé de lui accorder le statut avancé, un accord d’association vitaminé. Le Maroc mérite ce label particulier qui permet de consolider notre stratégie d’accords. L’Union européenne s’est engagée à appuyer les réformes de ce pays en particulier depuis l’accession au trône de Mohamed VI qui voulait moderniser le Maroc avec la libération des prisonniers politiques, le code de la famille, les grands chantiers économiques… Le roi veut une intégration forte avec l’Union européenne. La politique de voisinage devient plus facile avec des stratégies confluentes.Après la libération des échanges sur les biens industriels et les accords commerciaux sur les produits agricoles et de la pêche qui doivent encore être ratifiés, il manque la libéralisation dans le domaine des services. C’est en cours avec quelques difficultés. La stratégie est claire et les objectifs définis : il faut créer un cadre économique ouvert qui facilite les échanges et aide à une meilleure compétitivité. Il faut insérer les entreprises marocaines dans le marché européen et favoriser les investissements européens au Maroc.
"Il faut se rapprocher de la grille communautaire européenne"
Econostrum.info : Comment se concrétise ce rapprochement ? Eneko Landaburu : Début 2010, l’UE a tenu un sommet avec le Maroc à Grenade. C’était la première fois que nous le faisions avec un pays arabe. Le Maroc est le premier pays au monde en accueil de subventions de la part de l’Union européenne avec 200 M€ par an pour accompagner la modernisation économique de ce pays. Nous voulons appuyer cette politique pour donner un maximum de chance de réussite. Nous pouvons même dire que nous sommes co-partenaires de cette politique. Nous devons également participer au développement social et à la réduction des inégalités en aidant les politiques de santé, d’éducation, les campagnes d’alphabétisation. Il existe une catégorie très bien formée, l’élite, qui a transformée ce pays. Et il existe l’autre Maroc avec 40% d’analphabètes et l’exclusion sociale à la campagne comme dans les bidons villes. Cette réalité structurelle est une des grandes interrogations de ce pays et marque un danger de développement des extrémismes. Si ce pays arrive à maintenir un taux de croissance à 5%, il va produire des emplois qui seront un appel d’air à la classe moyenne qui se créé. Le choix stratégique européen est de faire que ce pays puisse croître car il s’agit de la meilleure alternative pour l’UE comme pour le Maroc. L’élément le plus marquant de ce statut avancé est le désir du Maroc de se rapprocher de la grille communautaire européenne qui réunit les vingt-sept pays. Nous devons maintenant mettre en place un mécanisme de contrôle et de suivi de la convergence réglementaire, finaliser les négociations sur les services, nous voulons le même niveau d’avantages obtenus par les Etats-Unis et conclure un accord de réadmission, en clair que les autorités marocaines acceptent de reprendre chez elles les marocains illégaux en Europe ainsi que les tiers entrés par le Maroc. Un sujet difficile. Ce pays doit être une vitrine pour l’Europe, le monde arabe et musulman pour montrer qu’un partenariat est possible entre l’Europe et les pays arabes. Lire aussi : Le Maroc s’engage vers un rapprochement irréversible avec l’Union européenne Les politiques et les patrons marocains approuvent le rapprochement avec l’UE mais restent vigilants Les droits de l’homme restent le principal frein au rapprochement entre le Maroc et l’Union européenne Les problèmes migratoires marocains se heurtent au concept de réadmission
Propos recueillis par Frédéric Dubessy, à RABAT
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