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« Le Maghreb va recueillir les dividendes de la démographie »

Selon Youssef Courbage, démographe chercheur à l'Institut national d'études démographiques (Ined) à Paris, la Tunisie, le Maroc et l’Algérie devraient enfin récolter les fruits de la transition démographique aujourd'hui achevée. Avec la baisse du nombre d'inactifs, la pression se relâche sur la population active.


Youssef Courbage, chercheur à l'Institut national d'études démographiques (photo John Foley/Opale)
Youssef Courbage, chercheur à l'Institut national d'études démographiques (photo John Foley/Opale)
MAGHREB. Econostrum.info : Comment s’est opérée la transition démographique dans les pays du Maghreb ?

Youssef Courbage : L’indice de fécondité ne reflète pas seulement la possibilité de croissance d’une population, mais beaucoup également les mentalités, qui sont plutôt modernistes ou traditionnalistes.

Aujourd’hui, les situations au Maroc, en Tunisie et en Algérie sont assez proches, avec en moyenne 2,2 enfants au Maroc et en Algérie, un peu moins en Tunisie. La transition démographique dans ces pays s’est faite de manière très rapide, mais ceci étant, les trajectoires ne sont pas comparables.

Econostrum.info : Quelles sont ces trajectoires ?

Youssef Courbage : La Tunisie a une certaine longueur d’avance. Parce que c’est un petit pays et aussi en raison d’une politique volontariste, alliée dans les années 50 à un code de la famille très moderniste.

Le Maroc a démarré sa transition dans les années 75, en raison de la crise économique liée aux phosphates et la féminisation du marché du travail. Ce qui a joué aussi dans le cas du Maroc, c’est l’impact de la forte communauté marocaine émigrée, véhicule de modernisation.

Mieux loti que le reste du monde arabe

Econostrum.info : La transition est intervenue plus tard en Algérie. Pourquoi ?

Youssef Courbage :
En Algérie, au sortir de la guerre, le taux de fécondité était de 8,3 enfants par femme. Inconsciemment, il s’agissait de compenser les pertes de la guerre. Et jusqu’au contre choc pétrolier de la deuxième moitié des années 80, la politique démographique était très pro-nataliste.

En raison de la crise économique, l’Algérie a changé son fusil d’épaule et introduit une politique extrêmement virulente pour maitriser la fécondité. Si l’on ajoute l’instruction, l’urbanisation de la société, le contact avec les migrants, cela fait que la transformation en Algérie a été spectaculaire à partir de la fin des années 80.

Aujourd’hui, le Maghreb sur le plan démographique est beaucoup mieux loti que le reste du monde arabe, le Proche-Orient notamment.

Epargner et investir plus

Econostrum.info : La transition démographique est achevée. Quelles conséquences sur l’économie ?

Youssef Courbage : Ces trois pays entrent dans une phase où ils vont recueillir les dividendes, les bénéfices de la démographie.

Pendant longtemps, ces pays devaient consacrer une masse de capitaux très importante pour faire face à la croissance de la population. Maintenant, ils peuvent souffler.

Quand une population croit à 4%, comme c’était le cas dans les années 60 et 70 pour le Maroc et l’Algérie, vous devez parer au plus urgent, construire des écoles vaille que vaille, former des maitres à la va-vite, scolariser à tout prix. Désormais, ces pays peuvent améliorer la qualité de l’éducation, allonger la durée des études, prévoir plus en terme d’éducation secondaire et universitaire, spécialiser l’enseignement, investir dans la santé.

Le Maghreb est dans la phase où les tranches de population d’âge actif croissent plus vite que les inactifs. Quand le rapport de dépendance est moins élevé, les actifs peuvent épargner et investir plus.

Le ralentissement démographique joue aussi en faveur d’une baisse des inégalités.


Christelle Marot, à CASABLANCA


Mercredi 7 Octobre 2009



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