Le Grand Maghreb se projette à l’horizon 2020
Alors qu’Algérie et Libye se lancent dans le tourisme, la Tunisie et le Maroc cherche dans ce secteur leur second souffle. En une décennie, l’ensemble de cette zone devra réussir sa diversification. Elle s’en donne les moyens à travers de grands plans d’investissements notamment sur les infrastructures.
Les hydrocarbures représentent 50% du PIB libyen
MEDITERRANEE. A quoi ressemblera le Grand Maghreb dans dix ans? La question planait au-dessus du Forum Grand Maghreb organisé à Marseille dans le cadre de la Semaine économique de la Méditerranée. Premier paramètre à ne pas négliger pour mieux comprendre les bouleversements qui pointent leur nez : « la population va passer de 80 à 100 millions d’habitants avec une pyramide des âges dominée par les moins de 20 ans », souligne Koceila Maames, responsable Marchés de capitaux Afrique du nord chez Calyon (filiale du Crédit Agricole). Déjà en Algérie, 50% de la population a moins de 25 ans. Il faudra assurer leur formation et créer leurs emplois. Le PIB de la zone, en hausse constante, offre les moyens de répondre à ces défis. Une indispensable diversification de l’économie s’engage et doit à l’échéance de dix à quinze ans porter ses fruits.
Tourisme haut de gamme pour le Maroc
L'hôtellerie algérienne, à part quelques établissements comme l'hôtel El Djazaïr à Alger, doit monter en gamme (photo copyright F.dubessy)
En Algérie et en Libye, elle se limite pour l’instant au secteur touristique. Malgré un énorme potentiel, Alger a pris beaucoup de retard sur ses deux voisins toujours à la recherche de leur second souffle, dans le médical pour la Tunisie et le haut de gamme pour le Maroc qui vise les 10 millions de touristes en 2010 (contre 7,4 en 2007) et va lancer six stations balnéaires. En Algérie, le Schéma directeur d’aménagement touristique (SDAT) permettra, d’ici 2025, de créer sept pôles touristiques d’excellence et d’atteindre les 2,5 millions de visiteurs dès 2015 avec 75 000 lits supplémentaires. En Libye, des mega projets d’infrastructures touristiques et des grands hôtels sortiront de terre d’ici trois à quatre ans. « Le développement des infrastructures avec 100 Mds$ de projets déjà bien avancés, la création d’un million de logements et les dossiers d’une cinquantaine de tramways montrent qu’il existe une vraie volonté de changer les données de base de l’économie en Algérie », commente Marc Bouteiller de la Mission économique de l’Ambassade de France en Algérie. Et, bonne nouvelle, « depuis trois ans, la croissance de la partie hors hydrocarbures devient plus importante que celle des hydrocarbures » poursuit-t-il.
Telecoms et banques les opportunités libyennes
En Libye, après la période d’embargo, tout reste à faire. Le PIB de 57 Mds$ se construit avec 50% du poste énergie. Le plan 2008-2012 prévoyait 75 Mds $ d’investissements dans ce pays hors IDE (Investissement Direct Extérieur). Mais le budget 2008 a été revu à la baisse en 2009. Cependant, « les programmes de développement sont maintenus. Notamment sur les infrastructures de base comme l’eau et l’assainissement qui connaissent un retard important pour un pays aussi riche. Il faut également compter sur les projets publics et privés de logements et de bureaux, même s’ils sont passés de 400 000 prévus à 200 000 programmés », explique un conseiller extérieur du commerce de la France. Parmi les opportunités en Libye, les telecoms et le secteur banques/finances.
Tunisie et Maroc back-office de l'Europe
Pendant ce temps, Maroc et Tunisie complètent leur diversification. « Le Maroc pourrait devenir un centre financier régional pour l’Afrique du Nord et sud-saharienne alors que la Tunisie se verrait bien en Bangalore nord africain », commente Koceila Maames. En première étape, ces deux pays se projettent comme ateliers et back-office de l’Europe. Proximité géographique, culturelle et linguistique, libre circulation des marchandises, coûts de production relativement compétitifs, plaident pour cette spécialisation. Selon une étude d’Ernst and Young Tunisie pour le Ministère de l’Industrie, la stratégie industrielle de la Tunisie doit se baser sur la montée en gamme. Ce pays devrait favoriser la création de pôles de compétitivité dans quatre secteurs clés : le textile (Monastir), les industries mécaniques et électroniques (Sousse), les industries agro-alimentaires (Bizerte) et les NTIC (Ghazala et Sfax). Sur ces domaines, et à l’horizon 2016, 1000 entreprises créatrices de 40 000 emplois au sein des technopôles pourraient voir le jour.
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