Le G8 n'aboutit à aucun accord sur une intervention en LibyeLes troupes de Mouammar Kadhafi ne cessent de regagner le terrain perdu et vont s'attaquer au fief des insurgés Benghazi. Les tergiversations des membres du G8 réunis à Paris pourraient tuer dans l'oeuf la révolution libyenne.
Les troupes de Mouammar Kadhafi s'approchent de Benghazi (photo DR)
LIBYE. Réunis à Paris pour la seconde journée consécutive, les ministres des affaires étrangères des pays membres du G8 (Etats-Unis, Russie, Japon, France, Grande_Bretagne, Allemagne, Canada et Italie) n'auront finalement pas réussis à adopter une position commune sur le dossier libyen.
Seule concession, unanimement ils sont tombés d'accord lundi 14 mars 2011 pour... reprendre rapidement les discussions au sein du Conseil de sécurité de l'ONU et associer les pays arabes et africains à toute action sur la Libye. Mardi 15 mars 2011, le G8 a tout de même demandé au Conseil de sécurité de l'Onu d'accroître sa pression notamment sur le plan économique sur le régime actuel pour protéger la population civile. Le G8 soutient également l'examen par le Conseil de Sécurité d'une "large gamme de mesures" pour protéger la population libyenne. Les options sont multiples entre la création d'une zone d'exclusion aérienne, des bombardements ciblés (frappes chirurgicales) pour rétablir un équilibre des forces voire la fourniture d'armes aux insurgés. La France, comme la Grande-Bretagne, veulent une résolution de l'ONU au plus vite qui permettrait d'intervenir pour protéger les civils libyens. Une solution qui bénéficie du soutien de la Ligue arabe. Nicolas Sarkozy a eu un entretien d'une heure sur le sujet avec Hillary Clinton, secrétaire d'Etat américaine. Deux sénateurs américains ont d'ailleurs demandé à Barack Obama de reconnaître l'opposition libyenne.
Mais pour l'instant, seul Paris a reconnu le Conseil national de transition qui réunit l'opposition. Aucune autre capitale ne l'a suivi. Trop tard pour Benghazi ?
L'Europe a décidé d'envoyer une mission à Benghazi pour "évaluer la situation en vue de soutenir la planification de précaution qui est en cours pour répondre à la crise libyenne." Un beau discours diplomatique de Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, où l'idée de "planification de précaution" signifierait la création d'une zone d'exclusion aérienne.
Moussa Koussa, ministre libyen des Affaires étrangères, devrait rencontrer pour la seconde fois mardi 15 mars 2011 Abdul Ilah Khatib, émissaire de l'Onu pour la Libye. Mouammar Kadhafi rumine déjà sa vengeance et a lancé un message aux compagnies chinoises, russes et indiennes leur indiquant qu'elles seraient les bienvenues pour exploiter le pétrole libyen pour remplacer les compagnies étrangères notamment françaises, britanniques et américaines. Pendant ce temps, sur le terrain, les forces de Mouammar Kadhafi ont encore gagné du terrain. Benghazi pourrait se trouver menacer dès mardi 15 mars 2011. Si la seconde ville du pays, symbole du soulèvement contre Mouammar Kadhafi tombe, la révolution libyenne sera tuée dans l'oeuf. Alors que la télévision d'Etat a indiqué que les soldats qui décideraient de se rendre après avoir déserté serait graciés, les atermoiements des pays du G8 font craindre aux opposants libyens une décision qui arriverait trop tard.
C'est aussi l'avis d'Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, qui dans plusieurs interviews regrette le temps perdu. "Le colonel Kadhafi marque des points. Si nous avions utilisé la force militaire la semaine dernière... peut-être que le reversement en la défaveur de l'opposition ne se serait pas passé... Nous avons peut-être laissé passer une chance de rétablir la balance" indique-t-il. Frédéric Dubessy
Mardi 15 Mars 2011
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