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La situation économique et sociale contrastée de l’Algérie


L’embellie financière de l’Algérie continue avec près de 200 mrds $ de réserves de change, une dette extérieure de 2% du Produit intérieur brut (PIB), un excédent de la balance commerciale en hausse… Mais l’industrie ne représente que 5% du PIB et la situation sociale de la majorité est mise à mal par l’inflation et le chômage.



La grogne sociale persiste en Algérie (photo AB)
La grogne sociale persiste en Algérie (photo AB)
ALGÉRIE. L’industrie publique algérienne affiche une croissance de 1,5% au premier trimestre 2012 par rapport à celle de l’année 2011. Le secteur des industries sidérurgiques et mécaniques semble avoir joué un rôle central dans cette progression avec une hausse de 10,1%.
 
Mais la part de l’industrie dans le PIB stagne aux alentours de 5% ces dernières années. Loin des 25 et 27% atteints de la fin des années 1970 et du début des années 1980.
 
L’État apparaît comme le seul véritable investisseur. Ni l’investissement privé ni les investissements directs étrangers (IDE) n’ont réellement pris le relais de l’investissement étatique. C’est ce dernier qui a aidé les entreprises du secteur des cuirs et chaussures à redresser la barre pour enregistrer une hausse de près de 10% sur la même période de référence.
 
Le secteur de la production de tomate industrielle vient également de bénéficier d’un soutien massif de l’État qui a rééchelonné la dette qu’il traînait parfois depuis plus de dix années.

La relance industrielle annoncée

Le secteur du textile poursuit, à l’inverse, sa descente aux enfers. Alors qu’il employa jusqu’à 200 000 salariés au cours des années 1970 et 1980, il ne semble pas en mesure de sortir de son marasme puisqu’il recule de 9,4% au cours du premier trimestre de 2012 par rapport au premier trimestre de 2011 qui enregistrait déjà une chute de 11% par rapport à 2010.
 
Les pouvoirs publics avaient pourtant annoncé une forte injection de capitaux pour relancer la production et la formation dans ce secteur. Mais rien de concret n’est venu cependant confirmer ces bonnes intentions.
 
Le secteur des industries agroalimentaires dans lequel se concentre une bonne partie du secteur privé et qui se caractérise par un surinvestissement baisse de près de 3% au cours du premier trimestre même si la production laitière et de produits alimentaires pour animaux croît.
 
Affirmant vouloir relancer la production industrielle, le gouvernement se fixe pour objectif de lui faire atteindre 10% dans le PIB d’ici 2014.
 

Inquiétudes sur les prix du pétrole

Mais cette volonté risque de se heurter à la réalité d’un fléchissement certain des revenus tirés de l’exportation des hydrocarbures. En Algérie, l’État reste encore, de loin, le principal investisseur sur ce secteur.
 
La situation pourrait devenir délicate si les prix des hydrocarbures poursuivaient leur chute entamée il y a plusieurs semaines. Le cours du baril tombe sous la barre des 100 $ le baril. Le prix du Brent de la mer du Nord, qui sert de référence aux prix du pétrole algérien, se situait, le 28 juin 2012, à 93 dollars.
 
Or, un rapport du FMI (Middle East and Central Asia Regional Economic Outlook Update) daté d’avril 2012 situait le prix d’équilibre budgétaire de l’Algérie aux alentours de 105 $ le baril de pétrole exporté.
 
Les augmentations de salaire consenties avec rappels sur plusieurs années par les pouvoirs publics à l’endroit de certains fonctionnaires pèseront ainsi plus cher sur le budget de fonctionnement de l’État.

Excédent commercial et importations massives

La situation s’avère cependant encore gérable dans la mesure où le gaz représente l’essentiel des ressources issues des exportations d’hydrocarbures. Mais des mesures d’économie budgétaires seront certainement prises. Elles devraient concerner en premier lieu des projets d’investissement reportés.
 
Une autre possibilité d’économie résiderait dans le ralentissement de la flambée des importations obérant chaque année une bonne partie des recettes d’exportation. La balance commerciale de l’Algérie reste cependant excédentaire.
 
Les exportations atteignent les 33,4 mrds $ sur les cinq premiers mois de 2012, soit une croissance de 9,04% par rapport à la même période de 2011, contre 18,27 mrds $ pour les importations qui enregistrent une baisse de 8,75% par rapport aux cinq premiers mois de 2011.
 
Mais le pays pourrait atteindre de meilleurs résultats s’il importait moins de produits inutiles ou pouvant être fabriqués sur place et si son agriculture devenait plus performante. L’augmentation de la production laitière, de celle de la tomate et du blé demeure ainsi encourageante. L’importation de blé dur et d’orges a ainsi été stoppée pour le reste de l’année.

Le retour d’une inflation élevée

Plus de 21% des jeunes sont au chômage (photo AB)
Plus de 21% des jeunes sont au chômage (photo AB)
Cette situation économique contrastée tient lieu de toile de fond à la situation sociale. Le pouvoir d’achat des salariés de nombreux secteurs (fonction publique, industrie…) a été revu à la hausse à la suite des mouvements sociaux qui ont agité le pays au cours de l’année 2011.
 
Mais les Algériens assistent à un inquiétant retour d’une inflation élevée qui rogne une grande partie des augmentations perçues par les salariés. Depuis le début de l’année 2012, la hausse des prix atteint les 4,9% en janvier 2012, 5,3% en février, 5,9% en mars, 6,4% en avril et 6,9% en mai.
 
Plus de 20% de la population vit de son côté sous le seuil de pauvreté. Le chômage, officiellement évalué à 10% atteint 21,15% des jeunes de 16 à 24 ans. Les emplois précaires à contrat à durée déterminée (CDD) se multiplient.
 
Pour faire face à ce chômage massif, il faudrait une politique de développement industriel et des services publics. Le ministère de l’Éducation nationale annonce la tenue, à la rentrée scolaire de l’année 2012-2013, d’un concours pour le recrutement de plus de 11 000 enseignants au niveau des trois paliers de l’éducation. Cela peut être considéré comme un bon pas en avant qui reste cependant très insuffisant pour résorber cette plaie du chômage.

Persistance de luttes sociales

Les difficultés sociales engendrent des mouvements de révolte réguliers n’épargnant aucune région du pays. Villageois ou citadins sortent dans la rue pour crier leur courroux et se heurter aux forces de l’ordre (police, gendarmerie).
 
Les chômeurs réclament un emploi, les mal-logés un toit, d’autres citoyens un approvisionnement en électricité, en eau potable et en gaz, une adduction aux réseaux d’évacuation des eaux usées, un transport, une sortie de l’enclavement, un centre de santé…
 
Les mouvements de grève demeurent moins massifs que ceux de 2011 et plus éclatés. Ils touchent néanmoins nombre d’entreprises locales et certaines professions : personnel naviguant d’Air Algérie, personnel de la justice avec à leur tête les greffiers, enseignants du secondaire, travailleurs communaux, ouvriers d’industrie, personnels de santé…
 
Les salariés ont tendance à se mobiliser par secteur et à s’organiser par professions, mais aucune convergence durable ne se dessine sérieusement à l’horizon. Le même constat peut être dressé au niveau des émeutes qui secouent villes et villages du pays.
 
Alors que la question du logement est nationale, elle donne lieu à des explosions strictement locales et spontanées. Les luttes sociales peinent encore à se constituer en véritable force sociale, même si elles pèsent sur la politique menée par les pouvoirs publics


A. Belkessam, à ALGER


Mardi 3 Juillet 2012



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