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La santé financière de l’Algérie se détériore


En un an, les réserves de change de l’Algérie se sont contractées de 34,242 mrds$, passant de 193,269 mrds$ à fin juin 2014 à 159,027 mrds$ à fin juin 2015. Malgré ces difficultés, les dirigeants algériens sont sereins et affirment que l'économie algérienne continuera de croître.



Le gouvernement a décidé d’une baisse de 9% des dépenses budgétaires prévue pour 2016 (photo DR)
Le gouvernement a décidé d’une baisse de 9% des dépenses budgétaires prévue pour 2016 (photo DR)
ALGÉRIE. Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d’Algérie, qui présentait le 8 septembre 2015  les grandes tendances financières du premier semestre 2015, a mis le recul des réserves de change du pays  sur le compte de «l’impact du choc externe sur les finances publiques, fortement tributaires de la fiscalité pétrolière ».

En un an, le baril de pétrole a perdu plus de 50% de sa valeur sur le marché mondial.

Les exportations d’hydrocarbures se sont élevées à 18,1 mrds$ (16 mrds€) au premier semestre 2015 contre 31,79 mrds$ (28 mrds€) pour la même période de 2014, soit une chute de 43,1%. Les exportations hors hydrocarbures restent pour leur part marginales à 812 M$ (719 M€) sur la période considérée.
 

Déficit de la balance commerciale

Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d’Algérie  (photo DR)
Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d’Algérie (photo DR)
Les importations enregistrent une baisse notable de 10,11%, passant de 30,134 mrds$ (26,7 mrds€) au premier semestre 2014 à 27,086 mrds$ (24 mrds€) au premier semestre 2015.

Ce dernier a vu une contraction des achats dans tous les domaines, à l’exception des biens d’équipements agricoles. Sont notamment concernés la poudre de lait (-40,77%), les véhicules de tourisme (-526,28 M$) et les médicaments (-358,02 M$).

Cette réduction s’avère toutefois insuffisante pour empêcher la balance commerciale du pays de connaître un déficit de 8,18 mrds$ (7,2 mrds€) alors qu'elle était excédentaire de 2,31 mrds$ (2,04 mrds€) au premier semestre 2014.

Créé en 2000, le Fonds de régulation des recettes (FRR) est alimenté par le différentiel entre le prix réel du baril de pétrole sur le marché international et le prix convenu de 37$ sur la base duquel est élaboré le budget de l’Etat. Ce fonds a d’abord servi à rembourser par anticipation le montant de la dette extérieure du pays.

Depuis 2006, il sert à combler le déficit budgétaire. En une année, le FRR a baissé de 1714,6 mrds de dinars (14,5 mrds €)  passant de 5155,9 mrds de dinars (43,16 mrds€) à fin juin 2014 à 3441 mrds de dinars (28,8 mrds €) à fin juin 2015, soit un recul de 33,3%.

Le solde global de la balance des paiements a connu un déficit de 14,39 mrds$ (12,7 mrds€) au premier semestre 2015 alors qu'il n’était que de 1,32 mrd$ (1,16 mrd€) au premier semestre 2014.

La Banque d’Algérie explique ce recul par « l’important transfert de dividendes » et le transfert de 2,34 mrds$ (2,07 mrds€) correspondant au rachat par l’Etat algérien de 51% des parts de l’opérateur de téléphonie mobile Djezzy.
 

Les autorités se veulent rassurantes

Face à ces difficultés, les dirigeants algériens font preuve de sérénité. L’économie algérienne continuera de croître affirment-ils. Le Premier ministre avait donné le la quelques jours auparavant. «Il faut mieux compter nos sous, mais sans faire caler le moteur économique qui soutient l’emploi et le pouvoir d’achat » avait déclaré Abdelmalek Sellal.

Le 6 septembre 2015, le ministre délégué chargé du Budget et de la prospective lui emboîtait le pas en annonçant « une croissance de 3,76% pour cette année contre 3,8% en 2014. Pour 2016 nous prévoyons une croissance de 4,6%. »

Hadji Baba Ammi précisait que la baisse de 9% des dépenses budgétaires prévues pour 2016 n’affecterait pas les dépenses d’équipements qui seront maintenues.

Le ministre des Finances écartait le même jour tout recours à l’endettement extérieur que le Premier ministre affirmait ne pas craindre même s’il ne l’envisageait pas. Abderrahmane Benkhalfa déclarait à l'agence APS que «l'Algérie n'a pas besoin de l'endettement extérieur, elle a besoin de l'argent des Algériens, de ses ressources internes qu'elle veut intégrer dans le circuit bancaire et ce n'est pas une opération conjoncturelle mais une démarche qui s'inscrit dans la durée. »
 

La réponse gouvernementale

Pour faire face à la situation, les autorités ont pris plusieurs mesures. En plus de la réduction annoncée de 9% des dépenses budgétaires en 2016, elles comptent poursuivre leur politique de contrôle des importations inaugurée par la loi relative au commerce extérieur qui prévoit que les importations seront soumises à une licence d’importation à compter de 2016.
Depuis le début de l’année, la Banque d’Algérie a laissé le dinar se déprécier de 22% face au dollar.

Une telle politique présente le double avantage d’accroître les recettes de la fiscalité pétrolière et de freiner les importations qui deviennent plus chères.

Dans une déclaration à econostrum.info, le politologue Rachid Tlemçani affirme qu’il « n’y a pas de mesures sérieuses de la part du gouvernement.» Selon lui, «il faut revoir le système économique basé sur la rente. Or, constate-t-il, il n’existe pas de mesures pour remettre en cause la rente.»

Enfin la Loi de finances complémentaire (LFC) pour 2015 a prévu une sorte d’amnistie fiscale au profit des détenteurs de capitaux informels.

L’argent liquide informel oscille entre 1000 et 1300 mrds de dinars ( jusqu'à plus de 10 mrds €) . D'ici à la fin de l’année 2016, les détenteurs de fonds informels sont invités à une mise «en conformité volontaire» vis-à-vis du fisc par le paiement d’une taxe forfaitaire libératoire de 7% du montant déposé.

Près d’un mois après le début de l’opération, les responsables des banques publiques chargées de collecter les dépôts en défalquant immédiatement la taxe de 7% se disent satisfaits des montants déjà recueillis et des promesses de placements.

Ces mesures seront-elles suffisantes ? Rachid Tlemçani ne le pense pas. Pour lui, «l’élite algérienne est rentière et ne peut avoir de vision économique de sortie de crise


Acia Kaci, à ALGER


Mardi 15 Septembre 2015



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Par Guillaume Almeras, consultant indépendant, associé au groupe d'analyse de JFC Conseil


 




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