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La révolution orange se prépare en Tunisie


En hausse de 47%, la production d'agrumes en Tunisie ne trouve plus de débouchés sur un marché intérieur saturé. Pas plus qu'à l'extérieur où une infime partie des 560 000 tonnes est exportée quasi exclusivement en France.



Le marché tunisien ne peut pas absorber plus de 350 000 tonnes d'agrumes (photo : CC-C.Springer)
Le marché tunisien ne peut pas absorber plus de 350 000 tonnes d'agrumes (photo : CC-C.Springer)
TUNISIE. Abondance de biens peut nuire. Les arboriculteurs tunisiens en savent quelque chose, eux qui manifestent depuis un mois leur colère. Le 16 décembre 2016, ils jetaient près de cinq tonnes d'oranges et de mandarines sur les routes de Menzel Bouzelfa et à Beni Khalled, près du Cap Bon.

A l'origine de ce mouvement, la baisse des prix des agrumes explicable par deux phénomènes liés : une surproduction durant la campagne 2016-2017, due à de très bonnes conditions climatiques, et une absence de marchés pour l'écouler. Ceci met en lumière, une nouvelle fois, un énorme problème d'anticipation des rendements. Ainsi qu'une absence d'une véritable industrie de transformation. Elle pourrait récupérer les excédents pour produire, par exemple, du jus d'orange - 5% seulement de celui fabriqué en Tunisie utilise des fruits locaux -, mais aussi des produits de beauté.

Ces problèmes s'aggravent aujourd'hui à cause d'un excédent record basé sur des volumes en hausse de 47% par rapport à la précédente campagne. La progression atteint 78% pour les oranges Maltaise (demi-sanguine) et 66% pour les clémentines. La récolte d'agrumes tunisien a dépassé en 2016-2017 les 560 000 tonnes contre 380 000 tonnes en 2015-2016. Cette production pourrait atteindre le million dans les cinq prochaines années amplifiant d'autant les répercussions, s'alarme l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche (Utap).

Un programme de promotion en France

Un tel surplus ne peut pas être absorbé intérieurement dans une marché tunisien qui ne consomme que 350 000 tonnes d'agrumes. Reste l'export. Mais, seulement 23 000 tonnes d'agrumes franchissent chaque année les frontières tunisiennes. Le secteur agrumicole n'est donc pas formaté pour cet exercice. D'autant plus que l'export repose, même si douze pays sont concernés, quasiment sur un seul pays. La France représente 90% de ces flux, principalement avec la variété dite Maltaise.

L'Utap indique que la moitié de la production actuelle risque la destruction en l'absence de mesures d'urgence. Son président, Abdelmajid Zar, indiquait, fin décembre 2016, qu'il fallait encourager l’investissement dans l'industrie agroalimentaire pour absorber la surproduction, réduire les quantités détruites, valoriser les agrumes et créer de l’emploi.

Début janvier 2017, le Groupement interprofessionnel des fruits (GIF) a lancé un programme de promotion de la commercialisation des agrumes de Tunisie sur les marchés français, russe, et algérien. Pour la France, il va notamment cibler le consommateur local avec un stand de dégustation de Maltaises au Salon international de l'agriculture (Paris du 25 février au 5 mars 2017) mais aussi une journée d'animation pour la dégustation des mêmes oranges à Nice. A l'entrée des marchés de gros de Paris et de Marseille, des panneaux publicitaires vantant les agrumes seront installés durant trois mois pour séduire les professionnels.

Sur le marché intérieur, le programme permettra de toucher également le consommateur tunisien avec des points de vente du producteur au consommateur implantés dans la capitale. Les restaurants publics devront privilégier les agrumes locaux au lieu des autres fruits importés.

Un problème récurrent

En 1992, la Tunisie dévoilait un programme de développement de la production d'agrumes pour atteindre les 300 000 tonnes en 2000 et les 375 000 tonnes en 2010. Déjà, la Cour des comptes nationale pointaient dans un rapport publié en juillet 2009 le problème des débouchés. " Les quantités commercialisées à travers les circuits de distribution réglementés n'ont atteint, durant la période 2005-2007, qu'une moyenne annuelle de 60 000 tonnes, alors que les quantités produites et destinées à la consommation locale dépassent 200 000 tonnes annuellement", indiquait le rapport, qui mettant également en lumière l'importance des marchés parallèles qui persiste aujourd'hui.

Le même organisme évoquait aussi déjà les problèmes liés à l'exportation. Il évaluait à 50 000 tonnes le volume exporté en 2000,  contre 18 000 tonnes seulement pour les campagnes 2003-2007. Le quota annuel de la Tunisie vers les pays de l'Union européenne lui permettait d'aller jusqu'à 40 000 tonnes. Aujourd'hui, la Tunisie n'exporte que 23 000 tonnes vers l'UE malgré une production multipliée par quatre.

"Aucune mesure susceptible de contribuer à la réalisation de la capacité d’exportation n’a été prise, ni par la valorisation du produit tunisien de qualité, ni par sa promotion sur de nouveaux marchés, la quasi totalité de la production tunisienne étant écoulée sur le marché français" écrivait alors le rapporteur de la Cour des comptes... Les  mêmes mots pourraient être repris tels quels aujourd'hui.

La Tunisie consacre 27 000 hectares à la culture d'agrumes, notamment dans la péninsule du Cap Bon près de Tunis (80% des agrumes avec 450 000 tonnes en 2016-2017). Ce secteur fait vivre 12 000 ménages. La plupart sont de petits agriculteurs exploitant des parcelles de moins de 2 hectares.




Lundi 9 Janvier 2017



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