Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

"La rente pétrolière a nourri à peu près toutes les dérives de l'économie algérienne"


Directeur de l'IMéRA, Institut méditerranéen de recherches avancées de l'Université d'Aix-Marseille, et membre de l'Aix-Marseille School of Economics, Raouf Boucekkine confie sa vision sur l'avenir de l'Algérie en marge d'une conférence tenue dans le cadre des Mardis de la Villa Méditerranée à Marseille. L'économiste conseille le gouvernement algérien dans son plan de diversification.



Raouf Boucekkine : "La convertibilité du dinar viendra après" (photo F.Dubessy)
Raouf Boucekkine : "La convertibilité du dinar viendra après" (photo F.Dubessy)
econostrum.info : Comment se porte l'économie algérienne aujourd'hui ?

Raouf Boucekkine : Elle se trouve à la croisée des chemins. Nous sommes dans une situation budgétaire extrêmement difficile et elle va le rester encore en 2017. Beaucoup de clignotants sont en rouge mais il existe quand même des mesures de sauvegardes qui ont été prises et des plans de relance sont en cours.

Le tout est d'exécuter cela avec méthode et de sortir par la grande porte. Dans un rapport rendu au premier ministre, je pointe comme socles du décollage : une nouvelle gouvernance économique; l'ajustement des dépenses aux revenus anticipés et la réforme de la politique budgétaire; le financement de l'économie avec une réforme urgente du système bancaire, le développement des marchés financiers et des Partenariats public-privé (PPP) et des partenariats stratégiques Etat à Etat.

Il faut des cibles pluriannuelles et bien chiffrées avec un processus d'évaluation des politiques publiques et de révision ainsi que des contrats programme. Le tout doit être inclusif. Le consensus est obligatoire pour engager des réformes de cette ampleur mais il faut une véritable pédagogie pour créer l'adhésion.

Je reste, pour l'instant, peu favorable à la modification de la règle du 51/49. La période n'est pas propice à la privatisation. Les marchés algériens se trouvent loin de l'efficience donc, il faut que l'Etat continue à jouer son rôle pleinement.
Ma position est semblable sur la convertibilité du dinar. Il faut d'abord améliorer l'accès au financement des entreprises algériennes. La convertibilité du dinar viendra après.

L'insoutenabilité du système rentier politico-économique algérien

Quid de la rente pétrolière ?

R.B. : Lors du Printemps arabe qui enflamme la Tunisie dès décembre 2010 et menace de se propager en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, des centaines de conflits sociaux et des manifestations éclatent en Algérie. En réponse, le gouvernement algérien décide de maintenir coûte que coûte le consensus social en redistribuant avec une largesse accrue la rente pétrolière.

Les recettes de la fiscalité ordinaire, hors hydrocarbures, ne couvrent plus que 54% des dépenses de fonctionnement du pays en 2010 et moins de 40% en 2011. Le Fonds de régulation des recettes (FRR) est utilisé pour financer les déficits courants. Le prix du baril plonge dévoilant un problème structurel aigu. La double crise, printemps arabe + contre-choc pétrolier, a révélé au grand jour l'insoutenabilité du système rentier politico-économique algérien. Sur le plan économique, le fonctionnement actuel n'est pas viable à terme.

Il existe un seul impératif dans un environnement pétrolier durablement baissier : éliminer au plus vite la mécanique rentière !

Le secteur du BTP soutient l'économie algérienne. Il est financé par la manne pétrolière. La rente pétrolière a nourri à peu près toutes les dérives de l'économie algérienne. Les autorités algériennes savent bien qu'il faut en sortir. Par la force des choses.
"Il faut éliminer au plus vite le système rentier (photo F.Dubessy)
"Il faut éliminer au plus vite le système rentier (photo F.Dubessy)

Le statu quo ferait exploser les dépenses courantes

L'Algérie va-t-elle donc enfin réussir à sortir du tout pétrole ?

R.B. : Oui, bien entendu. Il s'agit d'une ressource qui se tarit d'elle même, donc c'est peut être notre chance la plus grande. Tout est bien parti pour que tout se termine. Même si je ne peux pas vous dire combien de temps ceci prendra de temps pour mettre en place les réformes nécessaires. Tout dépend des agendas des uns et des autres.
Cette idée du tout pétrole a fait long feu, même au sommet de l'Etat.

Actuellement, un plan de diversification, auquel je participe, se trouve à l'étude au sein du ministère de l'Industrie. Depuis le début des années 80, la part de l'industrie dans le PIB n'a cessé de décliner. De près de 20% à moins de 5% en 2011 ! L'économie algérienne est bien moins diversifiée maintenant qu'elle ne l'était voici trente ans.

Sans même tenir compte de la croissance démographique, le statu-quo ferait exploser les dépenses courantes de 5 600 milliards de dinars algériens en 2016 à près de 9 000 milliards en 2019. Ceci conduirait à un déficit budgétaire supérieur à 20% à partir de 2017. Vu le tarissement du FRR et les liquidité limitées, cette situation obligerait à un recours massif à l'endettement extérieur à partir de 2017.

Pendant cette transition, il faut cependant éviter trois pièges : la sur-exploitation car irrationnel à court terme, la planche à billet, les coupes indiscriminées, notamment sur les équipements et les approvisionnements industriels qui mèneraient, comme en 1986, à un chômage de masse.

Il n'y aura cependant pas de sortie de l'économie rentière sans réformes politiques. La concurrence économique ne peut vraiment fonctionner que s'il existe aussi une concurrence politique.


Propos recueillis par Frédéric Dubessy


Jeudi 24 Novembre 2016



Lu 1459 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >

Commentaires

1.Posté par Ata - ûllah GOURINE le 26/11/2016 10:48
vous savez , l'argent vite gagné grâce au pétrole , sans effort issu d'une technologie étrangère dirigée par des étrangers, est vite dépensé et en général très mal dépensé et incite à la paresse , la léthargie , l'inefficacité, des gouvernements arabes et de leurs peuples .Tout heureux d'avoir de l'argent facile ce qui me fait penser aux babioles ,colliers de perles de verre, alcool , tabac que distribuaient les cowboys du far-west américain aux indiens pour les abrutir conquérir leur pays et les déposséder de leurs terres . L'arabie saoudite indépendante depuis 1936 , en 2016 ne produit même pas une boite d'allumettes : tout est importé de l'étranger ! même leur nourriture vient de l'étranger ! l'Algérie c'est pire ! indépendante depuis 1962 donc depuis 54 ans s'est enfoncé dans la corruption à tous les niveaux grâce à l'argent facile et au manque de compétences des responsables politiques incultes sans formation politique , administratifs et techniques ! Et un pays qui ne mise pas sur son génie national est voué à la décrépitude et à la vassalisation ! comment peut - on construire des nations avec cet état d'esprit ? jamais
La chose qu'aurait pu faire l'Algérie ( et d'autres pays arabes producteurs de pétrole ) c'est de décider de laisser le pétrole au fond des sous - sols et décider de faire travailler la peuple en puisant uniquement dans leurs ressources , créativité , inventivité, force de travail ,intelligence imagination et ne l'exploiter qu'une fois leurs cadres , leurs ingénieurs , leur industrie suffisamment formés grâce à un système éducatif performant et la formation d'une classe de capitaines d'industrie et à ce moment là exploiter eux -mêmes leurs ressources qu'elle soient pétrolières ou autres! et ne pas tendre la main à l'étranger pour nourrir leur peuple ! on dit en général " le génie mûrit sur la paille " c'est que ne savent pas apparemment les dirigeants arabes!

Pour signaler un abus, écrire à redaction@econostrum.info

2.Posté par Ata - ûllah GOURINE le 12/12/2016 19:21
il faut à l'Algérie des dirigeants compétents , bien formés , honnêtes , travailleurs , visionnaires , efficaces, et ayant à cœur la chose publique et qui misent uniquement sur le génie national point final : Un pays comme l'Algérie agricole , (qui fut le grenier de Rome, rappelez vous - en !) importe tout : des oranges , du concentré de tomates , de la harissa , du lait , de l'eau et j'en passe . c'est pathétique ! Un pays qui n'a même pas une flotte pour le fret maritime pour ravitailler sa population et acheminer ce qu'elle achète de l'étranger alors que l 'on a presque 1300km de côte , tout ceci veut dire qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la sphère de décision politique!

Pour signaler un abus, écrire à redaction@econostrum.info

3.Posté par Ata - ûllah GOURINE le 13/12/2016 08:54
Baisse du prix du pétrole : bonne nouvelle ! ça va mettre le pays au travail : peuple et décideurs politiques et peut être même cela va assainir le staff politique du pays qui s'est laissé aller à la facilité, la nonchalance , et se laisser vivre !

Pour signaler un abus, écrire à redaction@econostrum.info

4.Posté par Ata - ûllah GOURINE le 17/12/2016 15:49
En organisant ce misérable Forum des chefs d'entreprises qui a si mal tourné , et qui a fait de l'Algérie la risée du monde , quels produits celle-ci a-t-elle à proposer à l'Afrique ? l'Algérie importe tout : le pain, la tomate, la harissa, l'huile... elle ne produit rien !
On ne donne pas ce que l'on possède pas ! tout vient de l'étranger ! l'Algérie exporte, en dehors des produits hydrocarbures ; trois fois moins qu'en 1980 ! alors à quoi rime ce malheureux forum ? je propose quelques solutions: un changement radical du staff dirigeant politique neuf avec des hommes neufs , des idées neuves, avec des solutions, un audit sévère et rigoureux de la situation économique de l'Algérie! il n'y a plus une seule seconde à perdre pour agir ! les militaires dans les casernes ! chacun à son niveau de responsabilité, renseignements dans leurs investigations pour protéger le peuple et l'État algérien, et les partis en fonction de leur sensibilités politiques proposer des solutions !

Pour signaler un abus, écrire à redaction@econostrum.info

5.Posté par Ata - ûllah GOURINE le 19/12/2016 12:34
La solution pour l'Algérie, si elle veut s'en sortir, c'est qu'elle doit mettre au centre de ses préoccupations : la science et qu'elle ne mise que sur la science , sur le génie national avec la mise en place d'un système éducatif ultra-performant ! ces cinquante universités, instituts et autres organismes ont-elles aider à construire le pays? ont -elles produit un prix nobel ? ont-elles réussi à éviter les chinois de nous construire un des symbôles du pays, à savoir la grande mosquée ? à l'époque j'ai écris au président Bouteflika lui demandant instamment de recourir, et uniquement au génie national, même s'il fallait être modeste dans les dimensions de la mosquée et ne pas laisser dire aux Algériens : allons prier dans la mosquée des chinois !

Pour signaler un abus, écrire à redaction@econostrum.info

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

A lire avant de commenter !
Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Econostrum.info.
Pour assurer des échanges de qualité, un maître-mot : le respect. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.
Il n'est pas permis de choisir comme nom d'utilisateur le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.).
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, reproduisant des échanges privés, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos…).
Econostrum.info se réserve le droit d'éliminer tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier, contenant des invectives et des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
Une trop mauvaise qualité d’écriture (multiplication des fautes de frappe, absence totale de ponctuation, langage SMS, etc.) peut entraîner la non-publication des messages.
Les décisions des modérateurs ne peuvent être contestées. L’auteur de la contribution est responsable de son contenu. La fiabilité de l’utilisateur, son identité et sa moralité ne peuvent être garantis par Econostrum.info. Econostrum.info ne pourra en aucun cas en être tenu responsable.
Si vous désirez signaler un contenu illicite ou abusif, merci de le faire à l'adresse suivante : redaction@econostrum.info.

Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.


















Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA