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La présidentielle algérienne sous le signe de la stabilité ou du changement


Peu d’Algériens doutent de la victoire finale du Président Abdelaziz Bouteflika qui se présente au scrutin présidentiel du 17 avril 2014 après avoir accompli trois mandats consécutifs depuis 1999. Cette absence de suspense n’empêche pas de nombreux citoyens de s’inquiéter de la détérioration du climat économique, social et politique.



La présidentielle algérienne sous le signe de la stabilité ou du changement
ALGÉRIE. La campagne présidentielle algérienne ne débutera que le 23 mars 2014 avec six candidats en lice. Personne n’ignore cependant qu’elle a en réalité commencé le 27 avril 2013, jour où Abdelaziz Bouteflika fut transporté à l’hôpital parisien du Val-de-Grâce suite à un accident vasculaire-cérébral (AVC).

Considérant que le président en exercice, 77 ans, n’était plus en état de gouverner, des opposants demandaient alors le déclenchement d’une procédure d’empêchement suivie de la déclaration d’un état de vacance en vertu de l’article 88 de la constitution algérienne.

Depuis, le débat politique s’est focalisé sur la santé du « président-absent », replaçant plus que jamais ce dernier au centre du jeu politique. La campagne récurrente sur sa maladie aura finalement servi un Bouteflika diminué.

Le président dispose d’autres avantages. Ses proches sont à la tête de toutes les institutions sensibles : Mourad Medelci au Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz au ministère de l’Intérieur, Abdelghani Hamel à la Direction générale de la sûreté nationale, Tayeb Louh à la justice, le Premier ministre Abdelmalek Sellal à la Commission de surveillance des élections depuis le 20 janvier 2014…

Abdelmalek Sellal est devenu, le 13 mars 2014, directeur de campagne de Bouteflika après avoir parcouru, un an durant en tant que Premier ministre, les 48 wilayas (départements) du pays pour y financer des réalisations diverses.

Le ministre de l’Énergie et des Mines Youcef Yousfi occupe désormais le poste de Premier ministre intérimaire alors que les médias publics mènent depuis des mois une campagne non déclarée vantant les mérites et réalisations du président…

Le consensus s’effrite

Les bureaux du FLN à Oran (photo F.Dubessy)
Les bureaux du FLN à Oran (photo F.Dubessy)
Bouteflika dispose de l’appui des médias publics et de télévisions privées de droit étranger émettant à partir d’Alger. On en compte plus de vingt.
Des formations politiques gouvernementales – Front de libération nationale (FLN), Rassemblement national démocratique (RND), Rassemblement pour l’espoir de l’Algérie (TAJ en arabe), Mouvement populaire algérien (MPA)… –, les directions de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) de l’organisation des anciens combattants (ONM), du Forum des chefs d’entreprise (FCE), et de mouvements estudiantins, de femmes, de paysans le soutiennent…

Les patrons du FCE ont donné un contenu sonnant et trébuchant à leur soutien en déboursant 20 milliards de dinars (187 M€) au profit de la campagne de Bouteflika.

D’importantes fissures apparaissent néanmoins au sein du régime.

Les islamistes du Mouvement de la société pour la paix (MSP) ont quitté l’alliance présidentielle puis le gouvernement en 2012. Ils animent avec d’autres partis islamistes, mais aussi le laïc Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) une campagne de boycott. que le gouvernement vient finalement d’autoriser.

D’importantes personnalités politiques tirent la sonnette d’alarme et appellent les dirigeants à démocratiser le régime : Liamine Zeroual (ancien président de la République), Mouloud Hamrouche et Sid Ahmed Ghozali (anciens chefs de gouvernement du président Chadli), Ahmed Taleb Ibrahimi (ancien ministre), de hauts officiers de l’armée et de hauts fonctionnaires...

D’autres sont passées à une opposition active à l’instar des anciens chefs de gouvernement Benflis et Benbitour, de l’ancien ministre Rahabi…
Ali Benflis, challenger de Bouteflika lors de la présidentielle de 2004 dispose de soutiens au sein même du régime.

Contestation politique sur fond de malaise social

L’aspect nouveau réside toutefois dans le refus d’institutions dites de la société civile de prendre position en faveur du président sortant. C’est notamment le cas d’organisations religieuses à fort ancrage populaire (les zaouïas). Un malaise voire des remous sont constatés au FCE, à l’ONM et à l’UGTA qui soutiennent officiellement l’option d’un quatrième mandat.

Le refus d’un quatrième mandat et d’une reconduction du régime s’étend, même s’il reste encore minoritaire. Des mouvements et associations contestent la restriction des libertés dans les récentes lois sur les élections, les partis, les associations, le droit de manifester, l’édition…
Des mouvements fortement médiatisés (Barakat…) ou non tentent de mener campagne. Des universitaires plaident et manifestent pour un changement de régime.

De nombreux conflits du travail éclatent autour de revendications économiques, mais aussi de la question des droits de grève et d’organisation syndicale.
Les chômeurs manifestent régulièrement pour réclamer du travail. Des sit-in se tiennent quotidiennement à travers le pays pour exiger une juste répartition des logements, du travail, de l’électricité, la sécurité, de l’eau…

Alors que la situation régionale (monde arabe et Sahel) inquiète, l’élection présidentielle d’avril 2014 ne règlera pas la crise politique. L’aspiration au changement est réelle et profonde, mais la peur d’un dérapage est toujours présente. Les partisans de Bouteflika l’ont compris et axent leur campagne sur la stabilité.

L’inquiétude sociale n’est pas moindre. L’épuisement inexorable des réserves d’hydrocarbures et le recul de la production industrielle remplacée par des importations massives alimentent chômage et corruption. Grèves et émeutes se multiplient dans tout le pays.

Entre fuite en avant et statu quo, les Algériens semblent partagés.


A. Belkessam, à ALGER


Jeudi 20 Mars 2014



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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