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La possibilité d'un Brexit ébranle le rocher de Gibraltar


Un Brexit modifierait totalement la structure de l'économie de Gibraltar, territoire d'Outre mer de la couronne britannique. Malgré son statut spécial unique dans l'Union européenne, le rocher tire en effet l'essentiel de son PIB de son ouverture sur les autres États membres.



Le rocher à l'épreuve du Brexit (photo office de tourisme de Gibraltar)
Le rocher à l'épreuve du Brexit (photo office de tourisme de Gibraltar)
GIBRALTAR / EUROPE. Si d'aucuns pensaient que le référendum britannique pour le retrait ou le maintien de la Grande-Bretagne dans l'Union européenne semblait bien éloigné des préoccupations des Méditerranéens, il suffit de regarder au Sud de l'Espagne, du côté de Gibraltar pour se convaincre du contraire.

Le rocher de seulement 6,8 km², pourtant situé au sud de la péninsule ibérique et en bordure du détroit du même nom, face au Maroc, demeure bel et bien britannique. Les forces anglo-hollandaises s'en emparent en 1704 et l'Espagne le cède en 1713 à l'Angleterre par le traité d'Utrecht. Il devient officiellement une colonie britannique (Crown Colony) en 1830. Londres continue depuis à administrer, via un gouverneur (Lieutenant Général Edward Davis depuis janvier 2016), la Défense, les Affaires étrangères, la sécurité intérieure et les questions économiques. Un Chief Minister local, aujourd'hui Fabian Picardo, se charge de toutes les autres tâches avec son gouvernement.

Si le Brexit l'emportait lors du référendum sur le maintien ou le retrait du pays dans l'UE, jeudi 23 juin 2016, l'avenir de Gibraltar et de ses 33 000 habitants s'avèrerait fortement compromis. A la fois au niveau institutionnel et économique, mais aussi concernant son indépendance même.

10 000 Espagnols se rendent quotidiennement à Gibraltar

D'abord, sur le plan institutionnel. La Grande-Bretagne entraînerait de facto son territoire d'Outre mer en dehors de l'Union européenne. Dans l'UE depuis 1973 et l'adhésion de la Grande-Bretagne, Gibraltar n'en est pas membre au même titre. Le rocher se trouve exclu de quatre domaines de la politique de lUE : l'union douanière, la politique commerciale commune, la politique agricole commune et la politique commune de la pêche.

Un Brexit se traduirait immédiatement par le renforcement de sa symbolique frontière d'1,2 km entre l'Espagne et le rocher, unique entrée terrestre pour Gibraltar. Il deviendrait une porte d'entrée de l'Union européenne en plus de présenter, comme aujourd'hui, une ouverture vers l'espace Schengen auquel Gibraltar n'appartient pas. La libre circulation des Gibraltarien mais aussi des biens et des capitaux serait remise en cause.

Si l'UE invite "l'Espagne a effectuer des contrôles sur les personnes et les biens", elle insiste sur le fait que "ces contrôles doivent cependant respecter intégralement le droit de l'UE et demeurer proportionnels." En septembre 2013, lors de l'envoi d'une mission d'information technique sur place, Bruxelles avait dû se fendre de ces précisions. Une réponse stricte au gouvernement espagnol qui multipliait à l'époque les contrôles à la frontière, causant de nombreux embouteillages. Au motif d'arrêter la contrebande de tabac vers leur pays.

A l'aune de cet épisode, en cas de séparation de la Grande Bretagne avec l'Union européenne, le passage deviendrait ainsi moins aisé pour les quelque 10 000 Espagnols venant quotidiennement y travailler ou faire du shopping (alcool, carburant, tabac à des prix imbattables) depuis l'Espagne, et particulièrement de La Linea de la Conception. Cette ville andalouse de 65 000 habitants, sans revivre les affres du franquisme - grille séparant le rocher du reste du continent fermée pendant dix neuf ans -, verrait tout ces avantages fondre au soleil du Brexit. Et son économie, déjà mal en point mais protégée à l'ombre du rocher, subir un contre-coup énorme sans les facilités des Gaditans (habitants de la province de Cadix) de se rendre chez leur voisin.

Le rocher exempté de TVA

La frontière de Gibraltar risque de devenir plus difficile à franchir en cas de Brexit (photo DR)
La frontière de Gibraltar risque de devenir plus difficile à franchir en cas de Brexit (photo DR)
Ensuite, corollaire du premier point, le plan économique. Avec un Produit intérieur brut (PIB) de 1,63 milliard de livres de Gibraltar (2,12 mrds€) en hausse de 10,3% en 2015, l'économie de Gibraltar (18 000 entreprises enregistrées) tourne autour du secteur des services,  notamment la finance (centre de finances international), du tourisme, mais aussi des paris et des jeux en ligne.

Le territoire bénéficie d'un taux de chômage de 1,1%. A seulement quelques mètres de là, dans la ville espagnole de la Linea de la Conception, ce chiffre monte à 40% ! Certes, le rocher n'est plus le paradis fiscal d'antan. L'OCDE l'a enlevé de sa liste grise et son chief minister s'est engagé en février 2002 à un échange d'information et à toute transparence avec l'Organisation de coopération et de développement économique.

Reste que, grâce à son régime fiscal spécifique de 1967, renforcé par son statut spécial unique européen, Gibraltar continue à attirer les entreprises avec ses 10% d'impôts sur les sociétés et l'absence de TVA. Ces dernières peuvent ainsi jouer sur les deux tableaux : taxes très faibles et possibilité d'opérer dans tous les États membres. Le Brexit viendrait sérieusement rabattre les cartes de ces avantages concurrentiels. Et par là-même de l'utilité de rester implanté sur le rocher.

L'Espagne veut reprendre Gibraltar

Enfin, la situation géographique. Situé en face du Maroc avec vue sur la Méditerranée et l'Océan Atlantique, Gibraltar attise, depuis des siècles, les convoitises de l'Espagne. Malgré la devise du rocher : "Nulli Expugnabilis Hosti" (conquis par aucun ennemi), la couronne ibérique se verrait bien reprendre ses droits sur cet oasis économique "enclavé" sur ses terres arides sudistes. Ne serait-ce qu'au nom de l'intégrité territoriale. José Manuel Garcia-Margallo, ministre espagnol des Affaires étrangères et de la Coopération, s'est voulu très clair, en mars 2016, en clamant qu'en cas de Brexit, il était "prêt à soulever immédiatement la question de Gibraltar." Au delà de cette menace de reprise par l'Espagne, les tensions entre les deux pays se raviveraient forcément.

Sans aller jusqu'à cette solution extrême, Madrid a proposé, le 7 juin 2016 par la voix du même José Manuel Garcia-Margallo - qui a entre temps mis de l'eau dans son vin -, une alternative si le référendum britannique donnait la victoire à la sortie de l'Union européenne : que Gibraltar soit "placé sous un régime de souveraineté partagée pendant une longue période avec l'Espagne." Bref, "trouver une formule qui permette à Gibraltar d'avoir un lien avec l'UE." Une hypothèse déjà discutée par les premiers ministres Jose Maria Aznar et Tony Blair au début des années 2002. Madrid et Londres promettaient alors une forte autonomie à Gibraltar et la conservation de son régime fiscal.

L'idée étaient abandonné après le référendum en novembre 2002 rejetant à 98,97% l'idée d'un condominum hispano-britannique.

Lors du référendum d'autodétermination le 10 septembre 1967, seuls quarante quatre électeurs sur 12 182 avaient dit oui au rattachement avec l'Espagne se prononçant ainsi pour rester sous le pavillon britannique. Gibraltar figure pourtant toujours sur la liste officielle de l'Onu des dix sept territoires non autonomes à décoloniser. Il est le seul situé en Europe.

Quant à une indépendance pure et simple de Gibraltar, elle est subordonnée, depuis le traité d'Utrecht déjà cité, au consentement de l'Espagne.




Jeudi 23 Juin 2016



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