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La pizza dope la tomate méditerranéenne

L’appétit des consommateurs pour le ketchup et la pizza stimule la demande de tomates industrielles. Une production dont la Méditerranée est le berceau.


La pizza dope la tomate méditerranéenne
MEDITERRANEE. Paradoxe. On consomme aujourd’hui de la tomate toute l’année. Même quand le soleil prend ses quartiers d’hiver… Un constat livré à Marseille lors du colloque Med@gricolae de la Semaine économique de la Méditerranée.

Miracle de la recherche agronomique, ce fruit né sous les tropiques sud américains pousse maintenant sous des latitudes plus froides, dans de gigantesques serres où l’engrais a remplacé la terre. Cette tomate « de bouche » qui garnit les étals des supermarchés est un des symboles de la mondialisation d’une industrie agroalimentaire en mal de repères identitaires.

Le contraste confine à l’absurde pour la tomate cultivée en plein champ : la seule à avoir conservé le lien avec son écosystème trouve son débouché sur le marché industriel, où elle forme l’ingrédient essentiel des sauces et autres concentrés en conserve...

L'Italie en pole

Ce paradoxe profite à la Méditerranée. Avec 30 % de la production mondiale de tomates en boîte, celle-ci est l’épicentre de ce business au faible goût de terroir. Symptôme de l’évolution des pratiques alimentaires, le marché de la tomate industrielle est en plein boom : la consommation planétaire, avide de pizzas et autres frites au ketchup, augmente de près de 3 % par an.

Sur cette nouvelle carte sans saveur, l’Italie se taille la part du lion : avec une production de près de 6 millions de tonnes par an, la botte est la championne européenne et la deuxième mondiale (derrière les USA) de la culture du « pomodoro » en conserve, loin devant l’Espagne (1,5 Mt), la Turquie (1,1 Mt), le Portugal (950.000 t). Ces quatre pays sont aussi les plus gros exportateurs, l’Italie et ses pizzas étant, là encore, loin devant la concurrence avec le tiers des exportations mondiales.

A contrario, les productions de la Tunisie (195.000 t) et de la France (100.000 t) peinent à satisfaire l’appétit des consommateurs locaux, les contraignant à importer une partie de leurs besoins. La France achète ainsi à l’étranger environ 600.000 tonnes par an. La Tunisie est même avec la Libye, le pays dont la consommation de tomates en conserve par habitant est la plus élevée du monde.

Regain industriel

Cet engouement pour la tomate à la sauce méditerranéenne redonne des couleurs aux producteurs locaux. « Climat idéal, savoir-faire, terroir… toutes les conditions sont réunies pour faire de la Méditerranée la place forte de cette production », explique Yanik Mezzadri, président de Tomatoland, trader spécialisé sur le marché de la tomate industrielle.

Le négociant s’apprête d’ailleurs à mettre en pratique sa conviction : fin novembre, il posera la première pierre d’une usine de transformation de tomates à Tarascon, dans le sud de la France. Avec l’aide d’un pool d’investisseurs français, qui a mis 16 M€ dans le projet, cette nouvelle unité de 66.000 m2 produira à partir de juillet 2009 du concentré destiné à la fabrication de pizzas et de plats cuisinés.

Le Maghreb futur gisement ?

Les 120.000 tonnes produites seront distribuées dans un rayon d’une cinquantaine de kilomètres autour du site, dans le triangle Arles, Nîmes, Avignon. Une opportunité inespérée pour les producteurs locaux, échaudés par l’échec du rachat par des chinois de Cabanon, principal producteur provençal de concentré de tomate. Une centaine d’entre eux sont ainsi associés au projet, y trouvant un débouché pour leurs tomates en plain champ.

« Chacun va s’engager sur un contrat pluriannuel avec une garantie de prix de la part du transformateur », indique Jérôme Grangier, un agriculteur tarasconnais partie prenante du projet. Cette alliance producteur-industriel a également des vertus qualitatives : « Entre la récolte de la tomate et son conditionnement, il ne se passera pas plus de 12 heures. Ce circuit court est un gage de qualité et de sécurité », ajoute M. Grangier.

Ce modèle pourra-t-il faire des émules ailleurs ? « La demande de tomates en boîte ne devrait pas baisser en dépit de la crise. Le potentiel est énorme. Notamment dans tous les pays du Maghreb dont le climat est favorable à la culture plein champ », analyse M. Mezzadri. La tomate nouvel or rouge ?


William Allaire


Mercredi 19 Novembre 2008



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