La montée de la classe moyenne au Sud révèle une problématique du déchet

Faute d'impliquer les producteurs asiatiques ou européens de composants électroniques les pays du sud méditerranéens devraient demain gérer des quantités de déchets complexes (photo MN)
Le mieux être économique de la classe moyenne au sud et à l’est de la Méditerranée (PSEM) se traduit par un phénomène environnemental inquiétant. « En gros, chaque fois que le PIB de ces pays augmente de 1€, les importations de marchandises elles augmentent de 1,5€. Et cela signifie un volume à venir de déchets, souvent complexes, arrivant dans des pays qui ne sont pas armés pour les traiter correctement » selon Oliver Keserue.
Chargé de mission au Plan Bleu pour la Méditerranée, détaché du département Recherche et Innovation (Veri) de Véolia Environnement, il vient de livrer une première approche, non encore publiée : « L’analyse prospective « déchets » du Plan Bleu : de l’analyse du « vrac » à l’analyse des flux de matières pour une politique sur les déchets adaptée aux contraintes des pays méditerranéens. »
Il y plaide pour une prise en compte par les pays importateurs de la responsabilité initiale des producteurs de biens complexes. « Le règlement européen Reach a conduit les industriels à revoir la composition de leurs produits, afin que ceux-ci impactent moins la santé ,l'environnement, et le coût des politiques de traitement de leurs déchets en aval ». Et pour lui, cette logique appliquée par les autorités au sud, pourraient éviter à ces pays des lendemains environnementaux qui déchantent.
« C’est le moment de poser le problème, avant que la tendance à l’importation massive de ces biens rende la gestion des déchets très difficile et coûteuse à gérer ».
Part croissante de l'électronique et des produits de soins hygiénique
Pour Oliver Keserue la consommation de produits à potentiel déchets croît plus vite que le PIB au sud (Photo PB)
L’exemple de pays européens qui ont poussé les industriels à intégrer en amont la donne « déchets » dans leur production, s’est révélée concluante, et gagnerait à être examinée par les pays du Sud, selon ce rapport préliminaire du Plan Bleu.
« La généralisation des approches [norvégienne et néerlandaise, ndlr] se traduirait en moyenne annuelle par une réduction de 150 MT de déchets, soit une économie de 95 mds$ (67 M€) en coût de collecte et de traitement », dans ces pays, souligne le pré rapport.
On ne connaît que deux alternatives en matière de traitement des déchets, mis à part la croissance zéro : soit il est effectué par les collectivités qui mettent en place une fiscalité pour ce faire, soit il est pris en compte par les producteurs qui intègrent au coût des produits celui de leur traitement ultérieur.
C’est le cas des DEEE en Europe par exemple. Une taxe sur les produits électroniques dite « écoparticipation » est assumée lors de l’achat du produit, et permet d’organiser une filière de traitement quand ces marchandises sont jetées par leur acheteur. Dans la chimie industrielle, des listes d’éléments interdits et l’obligation aux industriels de déclarer la composition de leur produits de synthèse a conduit ces derniers à rechercher des productions alternatives moins impactantes sur l’environnement et la santé.
Le Plan Bleu a axé son étude sur l’analyse de 27 catégories de produits composant un « panier » de consommateur dans plusieurs pays du sud méditerranéen, notamment Syrie, Egypte, Turquie et Tunisie, où certes les priorités sont actuellement ailleurs.
Parmi les conclusions, on y note l’importance rapidement croissante de la part des appareils électroniques et des produits d’hygiène tels que serviettes périodiques et couches de bébés, ou encore les imprimés complexes à traiter et qui modifient à grande vitesse la nature des déchets que doivent aujourd’hui traiter les collectivités locales au sud. La part des métaux lourds y est par exemple déjà de 19% en 2007.
Commencer par les bons outils statistiques
Les matières importées par les PSEM indicatrices d’une future production de déchets sont en nette augmentation depuis 1998. « Certes l’impact peu sembler faible aujourd’hui encore, mais notre étude préliminaire montre déjà qu’il sera significatif dans un proche avenir », insiste M. Keserue. « En fait ce serait le moment d’intervenir» avant que le phénomène ne soit très difficile à gérer par les pays concernés.
Comment ? « En commençant par se doter d’outils statistiques qui permettent de surveiller les flux commerciaux, et en les utilisant à des fins environnementales. Mieux connaître l’origine et l’importance des produits contenant des métaux lourds ou des produits dangereux, ce serait déjà se donner les moyens d’invoquer les conventions internationales de Bâle et de Stockholm, qui font obligation aux responsables d’agir ».
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