La logique d'offre d'eau est à bout de souffle en Méditerranée

Schéma Plan Bleu Pour la Méditerranée : le cycle de l'eau.
Fallait-il vraiment investir dans la construction d’un barrage à Wirgane, dans la région de Marrakech, au Maroc ? 17 millions de m3 d’eau annuels étaient attendus de cette retenue. Pourtant ce volume ne saurait compenser celui qui est annuellement prélevé non loin sur le canal de Rocade, pour les besoins en eau potable, et au détriment des usages agricoles qu’il devait satisfaire dans la même région ? Certes Wirgane n’était pas conçu dans ce but, mais le choix illustre la difficulté de satisfaire dans une même région tous les usages d’une eau rare, dont le gisement est parfois surestimé.
N’était-il pas préférable de renoncer à développer partout une agriculture intensive ; fallait il maintenir la dotation réservée en eau des golfs qui sont réalisés, toujours autour de Marrakech, pour le bonheur des touristes, mais qui a mobilisé pendant cinq ans au moins 20 millions / an de mètres cubes d’eau ? Comment dans le même temps pouvait on satisfaire aux besoins d’une population croissante, de plus en plus urbaine et exigeante sur les services qui lui sont rendus ?
Sans pouvoir trancher définitivement cette question et quelques autres autour de la Méditerranée, la Gestion de la Demande en Eau (GDE) est une réponse, une sorte de « boîte à outils », propre à aider les décideurs à faire les choix les plus pertinents.
« L’idée demande certes à infuser… mais la demande n’est pas une donnée exogène, à laquelle il s’agirait exclusivement de s’adapter par une augmentation de l’offre. Ceci est clair sur des territoires où les tensions entre les différents usages pour le partage de la ressource sont de plus en plus fortes ».
Traquer les effets pervers des investissements d'infrastructures
Tourisme, agriculture, eau urbaine...il s'agirait de gérer désormais la demande plutôt qu'augmenter une offre qui se révèle souvent illusoire (photo MN)
Sara Fernandez, qui s’exprime, vient de livrer au Plan Bleu pour la Méditerranée, avec Audrey Mouliérac, une étude sur « L’évaluation économique de la gestion de la demande en eau en Méditerranée ».
Car il s’agit bien désormais d’examiner les possibilités « d’améliorer l’efficience de la demande en eau de chacun de ces usages » et finalement de mieux répondre aux enjeux du partage de l’eau selon leurs usages, afin de réduire les tensions, et de pouvoir envisager un développement plus serein et mieux partagé.
L’analyse économique comparée de GDE fait d’abord appel à un ratio coût/efficacité. Et bien entendu les critères sont multiples et leur écheveau mérite une attention parfois très fine.
Ainsi et à propos de l’oasis tunisienne de Gabès. Il s’agissait d’y améliorer l’utilisation de l’eau d’irrigation dans un contexte évident de rareté. « La nappe phréatique y était surexploitée par les agriculteurs locaux, et l’irrigation par goutte à goutte est apparue comme une bonne solution, subventionnée par les autorités tunisiennes ».
Las ! ce système réclamant moins de main d’œuvre, les familles exploitantes désormais plus libres de leur temps, l’ont utilisé pour accroître les surfaces cultivées, augmentant ainsi les volumes d’eau utilisées, sans que celles-ci ne retournent cette fois à la nappe…
Qui peut dire dès lors que la relation coût des équipements / mètres cubes d’eau utilisés ait été marqué par l’efficacité ?
L’analyse coût / efficacité mérite bien sûr au cas par cas une fine connaissance des aspects sociaux et environnementaux, les effets pervers guettant le décideur à chaque méandre d’un projet. « Par exemple un barrage peut être la bonne solution, mais a-t-on bien prévu que son envasement en réduira l’efficacité ? » La question n’est pas théorique, elle s’est posée dans le cas du barrage jordanien d’Amman Zarqa. Ce n’est pas le seul.
S’il faut se garder des conclusions hâtives, certains enseignements peuvent être tirés d’une analyse comparée d’études de cas conduites sur l’ensemble du pourtour méditerranéen. Ainsi, le transfert d’eau interbassins et le dessalement des eaux de mer « semblent être les solutions les moins coût-efficaces », annonce Sara Fernandez.
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