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La gestion raisonnée des ressources en eau supporte mal le tourisme de masse


Plusieurs études locales le montrent : investissements couteux, pompage des aquifères, ou rejets d’eaux usées dans le milieu : les centres touristiques ne sont pas « durables ».


-	Les ressources abondantes en Turquie souffrent néanmoins d’une baisse du régime des pluies (photo MN)
- Les ressources abondantes en Turquie souffrent néanmoins d’une baisse du régime des pluies (photo MN)
« Premier site touristique mondial, la Méditerranée continue d'attirer de plus en plus de monde » selon Mohend Mahouche, responsable du pôle Méditerranée au WWF : « 172 millions d’entrées en 1995, 249 millions en 2004. Les projections indiquent 500 millions d’entrées en 2025 ».
 
Le tourisme génère « 12% des recettes d’exportation des pays méditerranéens, 30% au sud de la Méditerranée » souligne un rapport du Réseau Régional des Gestionnaires d’Espaces Naturels Protégés de Provence Alpes Côte d’Azur, sur le « Tourisme durable ».
 
Mais, envers de la médaille, son impact négatif sur les ressources en eau et la nécessité d'investissements importants pour leur protection laissent penser que l’activité touristique n’est pas durable dans nombre de destinations en Méditerranée, tant au nord qu’au sud.
 
Dans un rapport encore inédit, Plan Bleu cible neuf destinations touristiques en examinant pour chacune investissements et coûts supportés par les collectivités en matière d’énergie, déchets ou eau, pour attirer une clientèle apportant ses devises.

Pertes réseau, transferts couteux, aquifères en voie d’assèchement…

Exploiter les aquifères pour ça, est-ce raisonnable ? (photo MN)
Exploiter les aquifères pour ça, est-ce raisonnable ? (photo MN)
Ainsi à Tétouan, sur le littoral méditerranéen marocain. La consommation d’eau « touristique » quotidienne y est de deux à cinq fois celle de la consommation de la population autochtone. Estimée en 1990 à 21 millions de m3, la consommation annuelle du Tétouan touristique et des stations côtières proches dépassait 39 millions de m3 en 2010, soit 50% de la demande totale. 
 
La situation n'apparait pas forcément plus séduisante au nord, comme semblent le montrer les exemples des deux stations sardes de Castelsardo et Cabras. La porosité du système de distribution  rend la gestion de l’eau « touristique » bien peu soutenable : 37% de pertes réseau ! Le gouvernement provincial a pensé palier au problème en lançant un plan de réalisation d’aqueducs pour capter plus d’eau de sources montagnardes.
 
Et si, comme en Croatie, l’absence d’irrigation des terres agricoles laisse disponible au tourisme la ressource en eau, il faut aller la chercher en Istrie pour l’amener à Rovinj sur la côte. « Cela engendre un prix relativement élevé de l’eau » constate le rapport.
 
Sur le littoral sud de Turquie, Alanya capte tant les occidentaux que les touristes russes habitués des basses saisons aux prix de locations moins élevés. « L’alimentation en eau n’est pas aussi problématique que dans d’autres destinations » note le rapport du Plan Bleu. Il n’empêche que cette abondance a été préparée par des investissements propres à décupler la ressource en quelques années, tant pour l’amener que pour la stocker. Aujourd’hui la baisse tendancielle des précipitations fait craindre que ces efforts ne soient pas suffisants dans quelques années.
 
Devant l’appétit des promoteurs, comment espérer une meilleure gestion de ressources d’autant plus rares que l’on s’approche du littoral ? « Apprentissage des bonnes pratiques et coopération interrégionale » répondait par avance en 2009 Mohend Mahouche.


Michel Neumuller


Mardi 7 Février 2012



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