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La dernière croisière du Costa Concordia


Remis à flot au terme d'une opération titanesque, le paquebot Costa Concordia se prépare à quitter l'île du Giglio pour rejoindre le port de Gênes où il sera démantelé.



Le Costa Concordia appareille pour son dernier voyage à Gênes (photo AF Dumont)
Le Costa Concordia appareille pour son dernier voyage à Gênes (photo AF Dumont)
ITALIE. Prévu le mardi 22 juillet 2014 au matin, le départ du Costa Concordia sera repoussé de vingt-quatre heures. À l'origine de cette incertitude, une mer agitée et des vents forts. Ces conditions pouvant compromettre la stabilité de l'épave, les spécialistes des sociétés américaines Titan et italienne Micoperi en charge du renflouement, ont décidé d'attendre le plus possible avant de donner le feu vert au grand départ. D'autant plus que les opérations de renflouement demandent quelques finitions. Et tant pis si les coûts de toute l'opération déjà estimés à 1,5 mrd€ seront revus à la hausse en raison du retard.
 
La route pourrait aussi être modifiée en raison des inquiétudes des Corses. La semaine dernière, la France a réclamé des garanties au nom de la Corse, sur les risques de pollution sous-marine liée au passage du paquebot. Pour arriver à Gênes où il sera démantelé, le mastodonte qui contient encore une quantité non négligeable de déchets polluants doit passer à vingt-cinq kilomètres des côtes de l’île de Beauté. Dans une lettre expédiée à son homologue italien, la ministre française de l’Environnement, Ségolène Royal, a demandé des preuves par écrit sur la vidange des réservoirs du paquebot et des précisions sur l’itinéraire.  

Du côté transalpin, les environnementalistes sont également inquiets. Le Costa Concordia, qui sera tiré par deux remorqueurs, traversera en effet le sanctuaire des cétacés. À titre de précaution, le ministre italien de l’Environnement Gian Luca Galletti a décidé qu’un voilier précèdera le convoi composé d’une quinzaine d’embarcations, dont celles des gardes-côtes, pour alerter les dauphins et les baleines. Et, pour rassurer les Corses, le ministre italien a affirmé que « des contrôles rigoureux sur la sécurité des réservoirs et du paquebot en général, sont ponctuellement effectués durant les opérations de remise à flot. »

La démolition synonyme de création d'emplois

Le jour J, lorsque les sirènes retentiront, que l'épave commencera à bouger tirée par deux remorqueurs, les habitants de l'ile du Giglio seront tous sur le port et regarderont le Costa Concordia s'en aller. "Nous n'agiterons certainement pas nos mouchoirs pour lui souhaiter une bonne traversée, nous voulons simplement être sûrs qu'il partira pour de vrai" avoue Maurizio, un grand gaillard qui travaille dans un bar situé à Castello sur les hauteurs de l'île. Amoureux de ce morceau de terre coincé entre l'ile d'Elbe et la localité touristique très chic de Porto Stefano au point de s'être fait tatouer la forme du Giglio sur son avant-bras gauche, il attend ce moment depuis deux ans et demi et l'effroyable naufrage du navire de Costa le vendredi 13 janvier 2012. " C'est long tout ce temps passé à regarder un truc qui pue la mort"  assène Maurizio.  
 
Sur la jetée, un vieux marin  au visage buriné par le vent et le sel regarde le paquebot. Pense-t-il aux trente-deux victimes, mortes à une cinquantaine de mètres à peine du rivage? Ou essaye-t-il d'imaginer la vie sur l'île après le départ du mastodonte? Sur le carré de plage situé juste en face du paquebot, un petit groupe de touristes prend des photographies. La mère souriante agenouillée sur le sable à côté de son fils qui fait un château de sable sous le regard indiscret des journalistes armés de caméras de télévision et d'appareils photo. La normalité à côté du drame. 

Selon la feuille de route des organisateurs de la dernière croisière du Costa Concordia, la traversée devrait durer quatre jours. Dès son arrivée dans le port de Gênes, le paquebot sera pris en charge par les sociétés San Giorgio del Porto  et Cantieri Mariotti spécialisées dans le découpage des navires et paquebots. Pour elle comme pour le port génois, l’arrivée du Costa Concordia représente des enjeux économiques essentiels en termes de retombées. La démolition, estimée à quelques 600 M€ est une affaire juteuse également synonyme de relance de l’emploi. Les armateurs et les sociétés employées en sous-traitance -une cinquantaine au total- vont en effet devoir recruter de la main-d'œuvre spécialisée. Selon les calculs provisoires des sociétés impliquées dans le démantèlement, mille emplois devraient être créés sur deux ans.
 
La démolition de l’épave se fera en trois temps et dans trois chantiers. Dès son arrivée dans le port de Gênes, la seule structure italienne selon l’autorité portuaire génoise, ayant la capacité d’accueillir le mastodonte, qui pèse 114 000 tonnes et mesure 290,2 mètres de long et 35,5 mètres de largeur, le Costa Concordia sera entreposé dans un bassin ou plus exactement une digue. Durant cette première étape, qui devrait durer six mois, le mobilier et tout le matériel entreposé à bord seront évacués pour alléger le paquebot. Ensuite, le Costa Concordia sera transféré dans un deuxième chantier situé à six milles du bassin de Prà-Volti. Les ponts et les équipements du mastodonte comme les circuits électriques seront éliminés et aussi les caissons qui entourent la coque depuis sa remise à flot. Enfin, la cambuse sera nettoyée. Cette opération permettra de réduire le tirant d’eau, de dix-huit mètres actuellement. La dernière phase comprenant le découpage du paquebot se déroulera dans un bassin de radoub. Au terme des opérations de démantèlement, donc dans vingt-deux mois selon les estimations des experts, les tonnes d’acier seront expédiées dans les fonderies.  
 
D'ici deux jours au plus tard, tout sera dit. Le rideau tombera, les feux de la rampe s'éteindront et la vie essayera de reprendre son cours sur l'ile du Giglio.

Lire aussi: Le Costa Concordia victime de la folie des grandeurs

11 000 € pour les passagers du Costa Concordia



Ariel F.Dumont, à GIGLIO


Lundi 21 Juillet 2014



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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