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"La corruption est bien installée au Maroc"


Abdessamad Saddouq est président de la Commission éthique et déontologie, à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM).



Abdessamad Saddouq veut une justice plus rapide dans les affaires de corruption (photo DR)
Abdessamad Saddouq veut une justice plus rapide dans les affaires de corruption (photo DR)
Econostrum.info : Comment évolue la corruption au Maroc ?

Abdessamad Sadddouq
: Selon le barème 2010 de Transparency International, le Maroc occupe la 85e position dans un classement de 178 pays. La corruption au Maroc est plutôt stable depuis quelques années. Ce classement reflète assez bien la situation, à savoir que le phénomène est bien installé et que l’on évolue très peu dans notre combat. Les résultats sont peu perceptibles dans le quotidien des citoyens et des entreprises. Cette perception de la corruption correspond à une réalité vécue, aujourd’hui reconnue par tous : l’État, les pouvoirs publics, la société civile.

Econostrum.info : Pourtant, il y a eu, ces derniers temps, la création de plusieurs instances, la mise en place de dispositifs nouveaux ?

A.S. : C’est exact. Le Maroc a ratifié la convention des Nations unies contre la corruption en 2007. Il a mis en place l’Instance centrale de prévention de la corruption (ICPC) fin 2008. Le Maroc a également renforcé les dispositifs légaux de lutte contre la corruption, comme la déclaration de patrimoine, dont la loi est sortie en 2008.
La loi sur la protection des témoins vient d’être validée par le Parlement. À l’initiative de l’Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise (ANPME), l’ICPC et la CGEM, le site internet Stop Corruption a été lancé il y a un an. Depuis le site a reçu quelque 600 plaintes. Mais, de manière générale, les entreprises dénoncent peu. Il y a un manque de confiance, le sentiment de l’inutilité d’une telle démarche et un besoin de protection.

Econostrum.info : Les entreprises ont peur des représailles ?

A.S. : Oui, on peut aisément le penser. Le secteur public est le premier investisseur au Maroc, il est aussi régulateur, présent à de nombreux niveaux. Les entreprises peuvent craindre les représailles d’une administration.

Econostrum.info : Que dire de la justice ?

A.S. : Il y a un problème d’indépendance de la justice et peu de confiance dans le système judiciaire marocain. Au Maroc, la petite corruption cohabite avec la grande. C’est très compliqué. Malgré les efforts pour lutter contre, les attentes sont immenses. Ce qui explique ce sentiment de désenchantement. Un certain nombre de signaux montre toutefois qu’il y a une volonté de combattre ce fléau. Nous, nous demandons que le gouvernement fasse davantage.

L'impunité subsiste

Econostrum.info : Que faudrait-il faire de plus ?

A.S.
: La première des choses : que les lois que nous produisons soient effectives ! Dans les affaires de corruption, nous devons avoir une justice plus rapide, plus efficace. Il faut qu’une suite soit donnée aux constats apportés par le dernier rapport de la Cour des comptes (NDLR Rapport publié en avril 2011). Ce sont des choses que nous pouvons faire et qui peuvent redonner confiance.

Econostrum.info : Il faut sanctionner davantage ?

A.S.
: Certainement. Le fait que l’impunité subsiste est un motif d’encouragement pour ceux qui corrompent et sont corrompus. L’impunité est l’une des défaillances du système de gouvernance au Maroc.

Econostrum.info : Les investisseurs étrangers sont exposés autant que les investisseurs nationaux ?

A.S.
: Cela est très difficile à dire. Mais en tous les cas, ils ont davantage accès aux canaux de dénonciation pour se protéger. Des canaux comme Stop Corruption, l’Instance centrale de prévention de la corruption, la justice.
Au niveau de la CGEM, nous demandons la mise en place d’un certain nombre de recours. Par exemple, pour la passation et l’exécution de la commande publique, nous demandons que soit instaurée une instance indépendante où sont représentés l’administration et le secteur privé, qui soit un recours pour des entreprises s’estimant lésées lors d’une passation ou qui subissent des pressions. Cela aura l’avantage de la spécialisation, de la réactivité, permettra de protéger l’entreprise, tout en évitant d’aller en justice. Car aller en justice, c’est lourd, long et coûteux.

Lire aussi : Le Maroc lance un site pour aider les entreprises à dénoncer la corruption
Haro sur la corruption au Maroc




Mercredi 2 Novembre 2011



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