Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

La contestation fragilise l'économie syrienne... et libanaise


Les mouvements de contestation dans la région et la répression qui s'ensuit ne sont pas sans conséquence pour le pays. L'économie est paralysée, en attendant l'issue de la crise. Le Liban en subit lui aussi les effets.



La croissance devrait être proche de zéro voire être négative. (DR)
La croissance devrait être proche de zéro voire être négative. (DR)
SYRIE / LIBAN. «Pour la Syrie, les conséquences sont très graves, l'activité économique est quasi nulle», déclare sans ambages l'économiste libanais Louis Hobeika. «Il n'y a pas de croissance, pas d'investissements, tandis que le chômage et la pauvreté vont en s'accroissant», poursuit-il, imputant cela au "grand conflit interne" que traverse la Syrie actuellement.

Et pour cause, tout est bloqué. Et notamment les secteurs clés de l'économie syrienne, comme le tourisme. Alors qu'il représente habituellement 15% du PIB syrien (soit 7 mrds$ en 2010 - 4,89 mrds€), le tourisme tourne à vide depuis le début de la contestation dans les villes syriennes. Les hôtels de la vieille ville de Damas, en général plein à craquer, sont vides, provoquant un cruel manque à gagner pour l'économie. Une situation qui ne devrait pas s'arranger, si l'on en croit le Pr Hobeika, qui estime que «le tourisme équivaudra à zéro pour l'année car on arrive à la pleine saison, juste avant l'été».

Autre secteur touché, l'industrie. Car avec les barrages militaires qui quadrillent les routes du pays, les importations comme les exportations de marchandises sont devenues quasiment impossibles.

Si le gouvernement syrien tablait sur une croissance de 5,5% en 2011, il n'en est plus rien aujourd'hui. Il y a deux mois, le Fonds monétaire international (FMI) avait déjà abaissé ce chiffre à quelque 3%. «Si la croissance est de zéro, ce sera déjà bien», estime Louis Hobeika, «mais à mon avis, on peut s'attendre à une croissance négative».

Par ailleurs, alors que la Syrie avait pris le parti de l'ouverture économique, avec un plan quinquennal 2011-2015, qui prévoyait des investissements d'environ 100 mrds $ (69;93 mrds€), dont au moins 50% devaient provenir du secteur privé, cette crise interne tombe plus que mal.

Sur le plan de la monnaie, la livre syrienne a tout d'abord perdu 10% de sa valeur avant d'être soutenue par l'Etat et les hommes d'affaires proches du régime. Un rapport de la Banque centrale syrienne du 18 mai 2011 se veut rassurant, estimant que «la stabilité de la livre devant le dollar est due à l'adoption de nombre de mesures, dont la réactivation de la décision du gouvernement permettant aux citoyens syriens d'acheter des devises jusqu'à 10 000 $ (6993 €), en plus d'autoriser les entreprises et bureaux de change d'acheter le dollar auprès de la Banque centrale.»

Effet domino sur le Liban

La frontière avec le Liban, ici à Masnaa, est le passage obligé pour les exportations libanaises.  (DR)
La frontière avec le Liban, ici à Masnaa, est le passage obligé pour les exportations libanaises. (DR)
La crise que traverse la Syrie n'est pas sans conséquences pour le Liban voisin. Les deux pays entretiennent des liens étroits de par leur proximité, d'autant plus que pour le Liban, il s'agit de sa seule frontière terrestre, hormis celle avec Israël, avec qui le pays est toujours en guerre.

Selon Louis Hobeika, les répercussions sur l'économie libanaise se verront sur plusieurs volets. D'abord au niveau des "transports de personnes à travers la frontière, qui est actuellement au quart de ce qui se fait habituellement", mais aussi au niveau du tourisme, le Liban bénéficiant des voyageurs qui effectuent des "tours Syrie, Liban-Jordanie". "Cela va être nul cette année", souligne-t-il.

Autre conséquence, le transport des biens rendu quasi impossible via la frontière, à cause des multiples barrages militaires. «Le Liban importe et exporte en provenance ou en direction du Golfe et du Moyen-Orient via la Syrie, car c'est moins cher, mais actuellement le trafic a beaucoup diminué à cause de la sécurité, des contrôles et des douanes».

Enfin, les investissements entre les deux pays sont pour l'heure au point mort. Les Libanais n'investissent plus en Syrie et vice-versa, en attendant de voir comment va tourner la situation. Autre sujet d'inquiétude pour Louis Hobeika, celui des banques libanaises qui financent des prêts en Syrie, «car rien ne permet de savoir d'où vient l'argent qui finance cela, du Liban ou de la Syrie».

Toutefois, pour la Syrie comme le Liban, ce ralentissement économique n'est pas forcément le signe d'une crise économique réelle. Pour Louis Hobeika, il suffirait que la situation se calme en Syrie pour que la croissance reprenne aussitôt. «Si Bachar el-Assad fait les réformes nécessaires en matière de libertés comme le demandent les Américains, il pourra rester au pouvoir sans que personne n'y trouve rien à redire», juge-t-il.




Vendredi 20 Mai 2011



Lu 2537 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >

Mercredi 7 Décembre 2016 - 08:50 L'Algérie dans le doute €

Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.















RÉflexions

Réflexion

Pendant ce temps, la guerre du pétrole ne faiblit pas...


avis d'expert

Par Guillaume Almeras, consultant indépendant, associé au groupe d'analyse de JFC Conseil


 




Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA















Suivez econostrum.info en direct sur Facebook








  L'actualité économique
en Méditerranée, avec le soutien
de nos partenaires :
Anima       BEI
 
PlanBleu          avitem
 
Euromediterranee
Région PACA        EDF
 
AeroportMP            Femise