La Turquie se positionne comme BRIC de l’Europe
La crise de 2008 - 2009 est déjà oubliée en Turquie, dont l'économie a retrouvé un rythme d'avant récession. Le développement économique rapide du pays lui donne de vastes ambitions. La Turquie se positionne comme une cinquième BRIC (Brésil Russie Inde Chine).
La Turquie a de vastes ambitions et a bien géré son après-crise (photo DR)
TURQUIE. Une rapide mise en perspective historique suffit à montrer que la Turquie, seizième économie mondiale, a changé de catégorie : jadis éternel client du Fonds monétaire international (FMI), Ankara a non seulement snobé un nouveau prêt de l’institution voici deux ans, mais fait aujourd’hui campagne pour obtenir un siège à son conseil d’administration. Des ambitions turques encouragées par Dominique Strauss-Kahn.
Très durement touchée par la crise mondiale, la Turquie affiche désormais des résultats « à la chinoise ». Supérieure à 10% lors des deux premiers trimestres 2010, la croissance devrait flirter avec une moyenne annuelle de 7%. Ce qui en fait le pays de l’OCDE sorti le plus rapidement et le plus vigoureusement de la tourmente mondiale. "On commence à parler de BRIC + T" (pour Turquie), a souligné le président Abdullah Gül, ravi de voir son pays rejoindre les grands émergents.
« Notre économie est en meilleure forme que celle de nombreux membres de l’Union européenne », se félicitait au début du mois Egemen Bagis, négociateur en chef avec l’UE, lors de la présentation du rapport annuel de Bruxelles sur les progrès de la candidature turque.
Les leçons de la crise de 2001
Dépendante des marchés extérieurs, la Turquie a pourtant subi une forte récession en 2009 (-4,7%). Si elle a réussi à redresser la barre spectaculairement, ce n’est pas tant grâce à des plans de relance ambitieux que parce qu’elle a vécu « sa » crise avec dix ans d’avance. En 2000-2001, un système bancaire défectueux a en effet conduit le pays au bord de la banqueroute.
« Nous avons su en tirer les leçons car nous avons compris que laisser des banques se livrer à des activités « non naturelles » était risqué, explique Pekin Baran, vice-président du haut-conseil consultatif de la Tüsiad, la principale organisation patronale. Du coup, les établissements bancaires turcs, assainis, ont bien résisté à la dernière crise financière.
De cette dépression de début de millénaire, le gouvernement a également retenu des enseignements en matière de discipline budgétaire. La dette publique reste aujourd’hui sous la barre des 50% du PIB. Rassurés, les Turcs consomment.
A la conquête de nouveaux marchés
Le second atout majeur de la Turquie, dont l’économie a longtemps regardé vers l’Ouest, réside dans la conquête de nouveaux marchés. « Les Turcs se projettent à court et moyen termes, décrypte Raphaël Esposito, directeur de la Chambre de commerce française en Turquie. Ils vont chercher des marchés là où il y a de la croissance, en Irak, en Iran et même en Afrique. » Les hommes d’affaires sont les premiers bénéficiaires d’une politique étrangère qui colle au plus près des intérêts économiques. La marge de progression des exportations apparait colossale.
Mais le tableau turc présente encore des points noirs. Le chômage, au dessus des 10%, reste très problématique - surtout chez les jeunes. L’endettement des ménages devient préoccupant. L’économie souterraine absorbe encore plus du tiers des activités et l’inflation, bien que jugulée, menace toujours. Pour rattraper le niveau de développement économique des pays européens à l’horizon 2030, comme elle l’ambitionne, la Chine de l’Europe devra donc poursuivre les réformes structurelles afin d’augmenter sa productivité.
Guillaume Perrier, à ISTANBUL
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