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La Turquie s’invite dans le débat électoral européen

L'adhésion de la Turquie à l’Union européenne a refait surface dans le débat des élections européennes, avec l'opposition réaffirmée des dirigeants français et allemand. Le processus d'adhésion engagé depuis 2005 est bloqué par le dossier chypriote, mais la Turquie a déjà des liens étroits avec l’Europe et veut jouer de sa position stratégique dans l’alimentation énergétique de l’UE pour lever les réticences.


A cheval entre l'Europe et l'Asie, la Turquie joue la carte européenne (photo DR)
A cheval entre l'Europe et l'Asie, la Turquie joue la carte européenne (photo DR)
EUROPE / TURQUIE. La Turquie a pris une place croissante ces dernières semaines dans le débat électoral européen, après les déclarations du président français Nicolas Sarkozy et de la chancelière allemande Angela Merkel, tous deux hostiles à son adhésion dans l’Union européenne (UE).

Ces prises de position récurrentes, aux relents électoralistes, sont jugées «inacceptables» par le président turc Abdullah Gül. Il estime que s’opposer au principe d’une adhésion «reviendrait à violer les décisions qui ont déjà été prises par l'UE».

De même, son Premier ministre Recep Tayyip Erdoga plaide pour que l’Europe «ne change pas les règles à la mi-temps du match », alors que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel préconisent d’engager dès maintenant des négociations pour un «partenariat privilégié» avec la Turquie au lieu du processus d’intégration en cours depuis 2004.

Des liens privilégiés

La République de Chypre est membre de l'UE, mais la Turquie ne la reconnaît pas (illustration UE)
La République de Chypre est membre de l'UE, mais la Turquie ne la reconnaît pas (illustration UE)
Avec près de 70 millions d’habitants, la Turquie constitue un marché considérable qui bénéficie déjà de liens privilégiés avec l’Europe.

L’entrée en vigueur de l’Union douanière en 1996 a notamment permis d’établir la libre circulation des produits industriels entre la Turquie et l’UE, avec pour conséquence une hausse de 50% des exportations européennes alors que les exportations turques vers l’Europe n’ont progressé que de 5%. En outre, le statut de pays candidat officiel à l’entrée dans l’UE lui donne droit à des aides financières importantes de l’Europe.

Le processus d’adhésion est toutefois bloqué par le problème de la République de Chypre, membre de l’Union et qu'Ankara ne reconnaît pas. Son gouvernement a pourtant jusqu’à la fin de l’année seulement pour mettre en place l’Union douanière avec ce pays.

La position des pays européens est assez contrastée. 22 pays sur 27 y sont plutôt favorables (la Pologne, le Portugal, l’Espagne ont récemment réaffirmé leur soutien), la France et l’Autriche y sont opposées, la position allemande est différente suivant les partis politiques. Enfin le Danemark et les Pays-Bas sont incertains. Toutefois la poussée de l’extrême droite hollandaise après le scrutin européen donne des indications sur l’état d’esprit du pays sur ce sujet.

Une place géostratégique cruciale

La Turquie, alliée potentielle de l'Europe dans sa lutte contre sa dépendance énergétique à la Russie (photo DR)
La Turquie, alliée potentielle de l'Europe dans sa lutte contre sa dépendance énergétique à la Russie (photo DR)
Au-delà des questions de principe, la Turquie, pays musulman laïc, occupe une place géostratégique cruciale sur le plan politique et militaire. Membre de l’Otan, son rôle au Moyen-Orient vient d’être largement mis en avant par Barak Obama.

La Turquie joue également un grand rôle dans la sécurisation énergétique de l’Europe.

Situé entre les anciennes républiques soviétiques islamiques, riches en pétrole et en gaz, et une Europe qui cherche à réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, le pays a une carte clé à jouer. Son président, Abdullah Gül, a clairement indiqué le mois dernier qu’il espérait que son soutien au projet européen de gazoduc Nabucco destiné à acheminer du gaz de la mer Caspienne ou du Moyen-Orient vers l’Europe en transitant par le territoire turc permettrait d’engager une nouvelle étape dans le processus d’adhésion à l’UE.

Ce subtil jeu de donnant-donnant est loin d’être fini. L’adhésion à l’Europe implique une décision unanime de ses membres et selon certains spécialistes, les négociations avec la Turquie pourraient encore prendre 10 ou 15 ans.

Lire aussi : Les pays du nord de la Méditerranée directement touchés par la crise du gaz russo-ukrainienne

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Brigitte Challiol


Vendredi 5 Juin 2009



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