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La Turquie ouvre la voie à une réunification de Chypre


Alors que les présidents des deux républiques chypriotes s'engagent dans des négociations, la Turquie donne son blanc-seing en espérant que ces discussions déboucheront. Ces déclarations montrent qu'une réunification de l'île méditerranéenne pourrait intervenir avant la fin de l'année 2016.



La frontière entre les deux parties de l'île devrait être abolie
La frontière entre les deux parties de l'île devrait être abolie
CHYPRE. Après son entretien avec son homologue grec Nikos Kotzias en Crète, Mevlut Cavusoglu a relancé l'espoir d'une solution au problème chypriote. "J'espère que les deux parties à Chypre vont profiter de l'occasion dont elles disposent et nous allons les soutenir" a indiqué, dimanche 28 août 2016 le ministre turc des Affaires étrangères.
Le 19 août 2016, Recep Tayyip Erdogan affirmait encourager "une solution juste et globale dans l'île". En début de mois, Selim Yenel, ambassadeur turc auprès de l'Union européenne indiquait, au journal bruxellois Politico, "nous sommes fatigués d'avoir Chypre comme problème."

Ces déclarations interviennent alors que démarrent, lundi 29 août 2016 à Nicosie, de nouvelles négociations entre les deux parties, et ce pour quinze jours. Tous les indicateurs semblent désormais au vert. La devise de la République turque de Chypre du Nord, "paix dans le pays, paix dans le monde", pourrait bien devenir prophétique. Du moins dans sa première partie.

En cas d'accord à l'issue de ce round de sept rencontres, une réunion se tiendrait à New York entre les chefs d'Etat et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon. Ils fixeraient alors la date, sans doute à l'automne 2016, d'une conférence sur les enjeux internationaux du problème chypriote afin de préparer la réunification de cette île méditerranéenne d'1,4 million d'habitants dont 1,1 million dans la partie sud (grecque).

Une partition vieille de 42 ans

Grèce et Turquie s'affrontent depuis juillet 1974 sur le dossier de Chypre. Un coup d'Etat mené par le Sud - et soutenu par Athènes qui souhaitait un rattachement de l'île à la Grèce -, a conduit la Turquie à envahir la partie nord. Depuis, Chypre se trouve séparée en deux. Une ligne verte, zone démilitarisée tenue par 1 400 Casques bleus de l'ONU, joue le rôle de frontière avec sept points de passage principalement à Nicosie. 888 casques bleus, membres de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) opérationnelle depuis 1964 (résolution 186), surveillent le cessez-le-feu et gèrent la démarcation de la zone tampon.

Les dirigeants de la République de Chypre (pro-grecque) et de la République turque de Chypre du Nord (créée en novembre 1983 et reconnue exclusivement par la Turquie), respectivement Nicos Anastasiades et Mustafa Akinci, travaillent depuis quelques mois à une réunification.
En avril 2015, tout juste élu, le nouveau président de la partie turque de Chypre affirmait déjà sa volonté de sortir d'une partition. Il avait alors été tancé par Ankara. Mais, le tabou était tombé.

La Turquie, qui semblait jusqu'alors opposée à cette solution, l'appuie donc désormais officiellement.

Avec cet aval indispensable, les pourparlers de paix pourraient, d'ici la fin de l'année, conduire à une réunification de Chypre. L'urgence est bien là ! Actuellement toutes les planètes sont alignées pour parvenir à un accord.

Un enjeu européen

Les deux présidents chypriotes discutent d'une réunification (photo Présidence république de Chypre)
Les deux présidents chypriotes discutent d'une réunification (photo Présidence république de Chypre)
Un désengagement de la Turquie à Chypre modifierait favorablement les rapports avec l'Union européenne. Ce dossier agissant à chaque fois comme un frein à l'avancée du rapprochement entre Ankara et Bruxelles. La République de Chypre est, depuis 2004, membre de l'UE. Lors du début des négociations d'adhésion en 2005, Bruxelles demandait à la Turquie d'élargir, aux dix nouveaux Etats membres (dont Chypre), son accord d'association signé en 1963 avec l'UE. Ankara acceptait tout en précisant qu'en aucun cas ce paraphe d'union douanière signifiait une reconnaissance de la République de Chypre.

Indépendant depuis 1960 après le désengagement du Royaume-Uni, Chypre devrait se muer en état fédéral bi-communautaire et bi-zonal, laissant une large autonomie aux deux parties. Cette solution est préconisée depuis 2002 et le plan Annan (accepté par référendum par les Chypriotes turcs à 65% mais refusé par les Chypriotes grecs à 76%), du nom de l'ancien secrétaire général de l'ONU. Une présidence tournante serait organisée.

"Notre objectif est de minimiser les désaccords existants. Je considère les trois prochaines semaines comme très importantes. Une processus difficile pour les deux parties nous attend. Nous allons essayer d'établir un avenir plus heureux et plus pacifique pour les deux communautés" affirmait Mustafa Akinci, le 23 août 2016 lors d'une première rencontre avec son homologue Nicos Anastasiades.

Reste les nombreux problèmes à régler entre les deux parties.

La question des expropriations

Premier point important dans ces négociations :  le déséquilibre démographique entre Chypriotes grecs et turcs. Il s'est accru depuis 1974 et la politique de la Turquie d'incitation au peuplement de l'île par des ressortissants continentaux. 265 000 personnes auraient ainsi été déplacées.

Un accord de principe fixe un rapport à 4 pour 1 contre 8 Grecs pour 1 Turc en 1974. En clair, pour chaque Turc qui obtiendrait la nationalité chypriote, quatre Grecs devraient aussi l'obtenir. La composition de la population chypriote s'établirait alors à 809 300 Chypriotes grecs contre 220 000 Chypriotes turcs.

Problème sous-jacent, la question des expropriations. Lors de l'invasion de la Turquie de la partie Nord, nombre de Grecs et de Turcs ont du abandonner leur maison pour rejoindre leur "camp". Même si, démographie de l'époque oblige, beaucoup plus de Chypriotes grecs sont concernés. Des dédommagements pour ces biens immobiliers confisqués de part et d'autre pourraient intervenir avec une prise en charge par un fonds de solidarité internationale. Mustafa Akinci évalue cette somme entre 25 à 30 mrds€.

La Turquie veut être garante du respect de l'accord

Ensuite, le problème économique. Outre le fait que la RTCN utilise la livre turque et la République de Chypre, l'euro, les inégalités demeurent criantes entre le Nord et le Sud. Le Sud avec un PIB de 17,4 mrds€ (2015), un taux de chômage de 11,7% (à juin 2016) en baisse, et un déficit public de 1% (8,9% en 2014), se relève petit à petit de la crise de 2009. Au Nord, les chiffres demeurent moins disponibles. Le PIB est évalué à 30% de celui du Sud et cette partie de l'île reste la plus pauvre.

La RTCN reste soumise à un embargo international et ne peut commercer directement qu'avec la Turquie. Elle est considérée par l'Union européenne comme un territoire occupé militairement par un Etat tiers et appartenant à la République de Chypre. Bruxelles a cependant levé les barrières douanières sur certaines produits chypriotes turcs en 2004 et aide, sans toutefois reconnaître la RTCN, cette population dans son développement économique. Afin de mieux préparer une réunification future.

Cette réunification devrait cependant régler les heurts juridiques et politiques sur les champs d'exploration gaziers au large de Chypre, dont la propriété à la République de Chypre se trouve contestée par la Turquie.

Enfin, le rôle de la Turquie demeure primordial. La partie Nord de l'île se trouve aujourd'hui sous perfusion d'Ankara. La capitale turque la soutient, non seulement financièrement (large participation au budget et aux investissements dans les infrastructures) mais aussi diplomatiquement, démographiquement (envoi de Turcs continentaux pour coloniser) et militairement.

En échange du départ de ses 35 000 soldats présents sur le sol chypriote, la Turquie entend se porter "garante" de l'accord entre les deux parties. Lesquelles préfèreraient s'en remettre plutôt à l'ONU voire à l'Union européenne. Les Chypriotes grecs notamment veulent se prémunir de toute nouvelle invasion turque.




Lundi 29 Août 2016



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avis d'expert

Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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