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La Turquie menace la France de représailles économiques


Très liées économiquement, la France et la Turquie voient planer un risque de détérioration de leurs relations après l'annonce du vote jeudi 22 décembre 2011 à l'Assemblée nationale française d'une loi criminalisant la contestation du génocide arménien. Les menaces de boycott de produits français et de sanctions économiques commencent à émaner du côté d'Ankara.



Les échanges entre la Turquie et la France sont menacés (photo F.Dubessy)
Les échanges entre la Turquie et la France sont menacés (photo F.Dubessy)
TURQUIE / FRANCE. "Les hommes politiques devraient plutôt nous aider dans le développement des relations économiques au lieu de créer des barrières psychologiques aux échanges entre nos deux pays." Président de la Chambre de commerce franco-turque (CCFT), Selcuk Onder confie à econostrum.info son inquiétude. " En 2007, lors du grand débat de la présidentielle en France opposant Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, un des thèmes était l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Aujourd'hui, à quelques mois de la prochaine élection présidentielle, voilà que les politiciens remettent ça. Le problème c'est qu'ils pensent à l'élection de mai mais nous, les acteurs économiques, faisons des plans sur cinq ou dix ans."

Le torchon brûle entre les deux pays depuis que la France a décidé de porter à l'Assemblée nationale (avec l'accord du gouvernement) le projet de loi condamnant la négation du génocide arménien. Il sera soumis jeudi 22 décembre 2011 aux députés. A l'origine de cette initiative, Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône, qui évoque le fait que si "la France a reconnu en 2001 le génocide arménien, dans le dispositif juridique qui a été voté en 2001, il n'y avait pas de pénalisation des négationnistes."

Le projet de loi déposé le 18 octobre 2011 prévoit une peine maximale d’un an de prison et une amende de 45 000 € en cas de contestation d’un génocide reconnu officiellement par la France le 29 mai 1998 via l'assemblée nationale et la loi du 29 janvier 2001.

La députée marseillaise UMP (parti de droite au pouvoir) présentera jeudi 22 décembre 2011 son texte à l'assemblée nationale (détenue par la droite alors que le Sénat est à gauche) qui devrait l'adopter puisque la gauche a annoncé vouloir voter également cette loi.

Au centre des discussions, le génocide arménien par les Turcs qui aurait causé des centaines de milliers de morts entre 1915 et 1917 et que la Turquie refuse de reconnaître et attribue aux aléas liés à la première guerre mondiale.

Des réactions véhémentes en Turquie

Les entreprises françaises sont fortement présentes en Turquie (photo F.Dubessy)
Les entreprises françaises sont fortement présentes en Turquie (photo F.Dubessy)
Les réactions n'ont pas tardé, à commencer par celle véhémente d'Abdullah Gül, président turc, parlant de "loi inacceptable" et menaçant la France de lourdes sanctions diplomatiques et commerciales. Ankara évoque même la possibilité de refuser les réponses françaises à ses appels d'offres internationaux et envisage d’appeler à un boycott des produits français malgré son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis le 26 mars 1995, structure qui proscrit de telles attitudes entre ses membres.

L'AKP, parti gouvernemental turc, et les deux principaux partis d'opposition ont adopté une déclaration conjointe dénonçant une "erreur historique, inacceptable et grave" de la part des députés français. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a même assuré un renvoi de boomerang samedi 17 décembre 2011 : "ceux qui veulent étudier un génocide feraient mieux de se retourner sur leur passé et de se pencher sur leur propre histoire, sale et sanglante ... Si l'Assemblée nationale française veut s'intéresser à l'Histoire, qu'elle prenne la peine de s'enquérir sur les événements en Afrique, au Rwanda et en Algérie."

Les deux pays sont pourtant de plus en plus liés commercialement sur les secteurs des équipements automobiles, l'aéronautique, les véhicules, les machines et équipements, la pharmacie, les produits sidérurgiques et les produits chimiques de base pour les échanges entre la France et la Turquie. Dans l'autre sens, ce sont les équipements automobiles, l'habillement, les véhicules, les appareils ménagers, le textile, les produits électroniques grand public et le matériel électrique.

Paris comme Ankara perdraient donc autant à une détérioration de leurs échanges économiques.

"Nos relations sont très bonnes. Notre objectif a été des les améliorer. La France et la Turquie ont un intérêt commun de continuer à lier un partenariat entre eux. C'est malheureusement une affaire politique, un conservatisme, qui touche aux relations économiques et culturelles. La France doit nous aider et ne pas devenir un procureur. C'est aux historiens de décider" souligne Selcuk Onder. Selon le président de la Chambre de commerce franco turque, certaines entreprises turques pourraient geler leurs partenariats et même leurs acquisitions prévues en France.

Des relations qui s'étaient largement améliorées

La grande distribution française, et notamment Carrefour (ici à Istanbul), tisse sa toile en Turquie (photo F.Dubessy)
La grande distribution française, et notamment Carrefour (ici à Istanbul), tisse sa toile en Turquie (photo F.Dubessy)
Lors d'une intervention à la CCI d'Aix-en-Provence début décembre 2011, Stéphane Salvetat, président de la CCFT Sud, en concluant sur les perspectives de ces relations parlait d'"échanges commerciaux dynamiques, inscrits dans la durée. Une implantation qui se développe régulièrement dans tous les secteurs de l'économie. Une consolidation qui s’accélérer avec l'assainissement de l'économie turque et la convergence avec l'Union européenne."

La Turquie, seizième économie mondiale en terme de PNB, est un marché de 76 millions d'habitants en majorité jeunes. En 2009, selon Ubifrance, 324 entreprises françaises étaient implantées en Turquie et elles employaient 70 000 salariés.

La France se classe à la cinquième place de son commerce extérieur et représente 5,2% de ses exportations totales d'un montant de 114 mrds$ (85 mrds€). Pour les importations, la France se situe à la septième place avec 3,9% des importations totales reçues (185 mrds$ soit 138 mrds€).

La Turquie est à la onzième place du commerce extérieur de la France (3 e client hors de l'Union européenne) dont elle représente 1,7% des exportations. Le pays n'est par contre que dix septième pour les importations de la France (1,1%).

Les relations bilatérales ont fortement évolué depuis 1996 et les accords d'union douanière avec l'Union européenne. Elles ont quintuplé en terme de valeur entre 1995 et 2010. En 2010, les exportations pesaient 6,3 mrds€ et les importations 5,67 mrds€.

"Le montant global des flux de marchandises échangées était de 12 mrds€ en 2010, il devrait atteindre environ 13 mrds€ en 2011, un nouveau record absolu" souligne Stéphane Salvetat.

Sur les neuf premiers mois de l'année, les exportations françaises vers la Turquie ont progressé de 17% par rapport à 2010 avec une valeur de 5,19 mrds€ et les importations turques vers la France ont progressé de 7% à 4,40 mrds€.

Les enseignes françaises sont nombreuses en Turquie que ce soit les constructeurs automobiles (Renault, Peugeot, Citroën), la grande distribution (Carrefour) ou les services (Axa, Groupama, BNP-Paribas,Accor...).

La région Paca en pointe dans les échanges économiques avec la Turquie

Le monde de l'assurance français est présent en masse dans toute la Turquie, ici agences Axa et Groupama à Ordu (photo F.Dubessy)
Le monde de l'assurance français est présent en masse dans toute la Turquie, ici agences Axa et Groupama à Ordu (photo F.Dubessy)
La région Provence Alpes Côte d'Azur (Paca) a toujours eu des relations privilégiées avec Ankara. C'est d'ailleurs à Marseille qu'est basée la Chambre de commerce franco-turque.

Paca a exporté 12,9% du volume export français en Turquie soit 815 M€ entre le 4e trimestre 2010 et le 3e trimestre 2011. La Turquie est le cinquième client de la région Paca et le second hors Union européenne.

Sur la même période, Paca a importé de Turquie pour 1,34 mrds€ ce qui représente 3,8% de son import et positionne la Turquie comme son neuvième fournisseur (quatrième hors pétrole et gaz).

La Turquie est même devenue en 2011 le 1er client du département des Bouches-du-Rhône hors Union européenne (4e client en incluant l'UE), gagnant deux places par rapport à 2010 avec 655 M€ d'export pour les Bouches-du-Rhône (4,3% de l'export total).

La Turquie est le huitième fournisseur des Bouches-du-Rhône (3e hors pétrole et gaz). Le département français a importé 1,21 mrd€ (4,3% de son import).

Lire aussi :La Turquie révise ses relations avec la France
La Turquie : un Eldorado pour les entreprises françaises ?
La Turquie à l'heure de la surenchère avec la France

Voir le discours de Valérie Boyer sur sa proposition de loi




Mercredi 21 Décembre 2011



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Commentaires

1.Posté par Vérité le 23/12/2011 14:03
Tiens on ne parle pas des subsides de préadhésion que l'UE a versé avec les deniers de nos peuples? Comme le génocide oublié volontairement aussi ?
Facile à retrouver sur Internet.......
Et si ces 324 entreprises revenaient dans le pays ? Voyez un peu, car je suppose que les ouvriers ne sont pas tous des immigrés Français.....

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La Méditerranée orientale entre permanences stratégiques
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avis d'expert

Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
de la Turquie, associée
au groupe d’analyse
de JFC Conseil


 




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