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La Tunisie veut d'abord compter sur elle-même


Pour que la Tunisie relève les défis qui lui font face et retrouve au plus vite le chemin de la croissance, les chefs d'entreprises misent avant tout sur les investissements des Tunisiens pour redémarrer l'économie et montrer la voie aux investisseurs étrangers.



La Tunisie était l'invité d'honneur de la semaine méditerranéenne des leaders economiques à Barcelone (photo F.Dubessy)
La Tunisie était l'invité d'honneur de la semaine méditerranéenne des leaders economiques à Barcelone (photo F.Dubessy)
TUNISIE. Invités d'honneur de la Semaine méditerranéenne des leaders économiques, qui se déroule du 21 au 25 novembre 2011 à Barcelone, et dans le cadre du 8e North Africa Business and Development Forum (NABDF), les chefs d'entreprises tunisiens insistent sur la nécessité pour leur pays de prendre son destin en main.

La révolution de janvier 2011 ouvre le champ à de multiples revendications et les chantiers sont nombreux alors que le gouvernement vient tout juste d'être nommé.

Directeur général de l'Institut européen de la Méditerranée (IEMed) basé à Barcelone, Andreu Bassols affirme que ce pays possède les atouts indispensables pour un retour rapide à la croissance. "La Tunisie a la possibilité de s'insérer dans l'économie européenne. Déjà, 70% du commerce tunisien s'effectue avec l'Europe et son potentiel de développement économique et industriel apparait considérable ! C'est le pays qui a le plus bénéficié de l'accord de libre-échange avec l'Union européenne."

Mais les vraies questions demeurent dans cette nation en reconstruction : Comment intégrer la jeunesse dans le développement économique ? Comment corriger certains déséquilibres régionaux ? Quelle économie de marché pour une démocratie naissante ? Autant de points à résoudre alors que les Tunisiens en cherchent encore les clefs.

Ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain

Il est vrai qu'avec un taux de 18% de chômage (27% chez les femmes), un jeune sur trois sans-travail, les défis ne manquent pas. "Nous sommes une société en transition. L'ancien régime avait opté pour le développement économique avec une croissance de 5%. C'est une bonne chose même si cette croissance n'a pas su résoudre le problème des disparités régionales et de la répartition équitable de la richesse entre les individus. La centralisation était trop forte, la démocratie absente tout comme la liberté d'expression" note Imed Turki, chef de cabinet du ministère tunisien de la Formation professionnelle et de l'Emploi.

"Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain" poursuit en écho Chekib Nouira, président de l'Institut arabe des chefs d'entreprises (IACE), "La Tunisie s'inscrit toujours dans une économie de marché. Tous les partis présentaient un programme libéral, particulièrement les islamistes."

Quelques chiffres prouvent que la Tunisie dispose d'arguments pour réussir : 36 000 étudiants universitaires, 56e place dans le rapport Pisa de l'OCDE (mesure des savoirs et savoirs-faire), un salaire mensuel moyen de 338 € dans le privé (l'un des plus élevés dans la région derrière le Liban), et une position de numéro un par tête d'habitant sur le podium des exportateurs de produits manufacturés. La Tunisie a même plus exporté en 2011 qu'en 2010. "Nous n'avons plus qu'à renforcer notre position économique" clame Mounir Mouakhar, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Tunis.

Un chômage d'insertion devenu un chômage structurel

Mounir Mouakhar, président de la Chambre de commerce de Tunis (photo F.Dubessy)
Mounir Mouakhar, président de la Chambre de commerce de Tunis (photo F.Dubessy)
"Le gouvernement de transition a essayé de travailler à deux vitesses avec des mesures à court terme pour rééquilibrer le marché de l'emploi et venir en aide aux populations revendicatives, mais aussi à plus long terme en préparant une bonne gouvernance avec plus d'équité. Nous parlons même d'un nouveau contrat social entre les citoyens et l'État " souligne Imed Turki.

Reste à continuer à stimuler la création d'emploi dans le secteur public comme privé et à poursuivre le programme d'accompagnement destiné notamment aux jeunes diplômés. "Avant, le chômage en Tunisie était un chômage d'insertion, mais aujourd'hui il devient structurel" note Imed Turki. Il va falloir substituer un traitement actif au traitement passif du chômage et ceci passe nécessairement par des dispositifs d'appui,d'encadrement, de formation (chaque année sort entre 75 et 80 000 diplômés qui ne sont pas employables) mais aussi par l'incitation et donc la promotion de l'investissement privé.

Et ceci signifie que les Tunisiens doivent eux-mêmes s'impliquer dans leur économie. Ils devront dans un premier temps être "orientés" grâce à des mécanismes incitatifs fléchant les investissements vers les régions les plus défavorisées et les secteurs porteurs. En ce sens, la révision du code des investissements apportera des indications. "Cela ne se fera pas qu'avec l'administration, mais nécessite un débat impliquant tous les acteurs concernés" insiste Imed Turki.

Les Tunisiens doivent d'abord montrer qu'eux même ont confiance dans leur pays en investissant chez eux pour inciter les étrangers à suivre leur exemple. "Il serait illusoire de penser qu'un investisseur étranger vienne maintenant en Tunisie. Il nous faut d'abord retrouver le chemin de la croissance" affirme Chekib Nouira.

"Il faut libéraliser les IDE (NDLR Investissements directs à l'étranger) et pas seulement dans le cadre d'une réexportation des produits.Ces investissements doivent aussi alimenter le marché local et régional" conseille Andreu Bassols.

La Tunisie au centre d'un commerce tripartite avec l'Europe et la Libye

Les chefs d'entreprise tunisiens ont voulu passer un message clair à Barcelone lors de cette Semaine méditerranéenne des leaders économiques. " L'UE montre des signes d'essoufflement. Nous allons en subir les conséquences" lance dans un clin d'œil Chebib Nouira. Mais il n'est pas dupe et précise vite : " Nous allons devoir compter sur nous-mêmes, car nous ne pourrons pas bénéficier d'une aide conséquente de l'Europe. Et nous n'attendons rien de nos amis et frères arabes... La révolution ne leur plaît pas trop !"

Même discours chez Mounir Mouakhar. " La crise de l'euro aura des retombées sur nos entreprises. Pourquoi ne pas renforcer nos liens avec les pays d'Afrique subsaharienne ?"

Le président de la CCI tunisienne, qui accueillera du 7 au 9 décembre 2011 un Salon de la franchise à Tunis, envisage à l'avenir un commerce tripartite entre l'Europe, la Tunisie et la Libye. "Aujourd'hui, il n'existe plus d'obstacle."

Chekib Nouira tient à le préciser : "Quinze jours après la révolution et le départ de Ben Ali, l'industrie a repris pratiquement à 100%. Selon une étude que nous avons menée, les perspectives ne sont pas mauvaises, elles apparaissent même bonnes. La démocratie, la liberté et la croissance vont apporter la confiance. Il suffirait que le nouveau gouvernement réussisse à instaurer le calme et la stabilité pour que l'économie redémarre très vite." Pour le patron tunisien, 8% de croissance (une prévision d'un point supérieure à celle du FMI) restent très vite envisageables. "A 7% nous résorberions toutes les demandes d'emploi" affirme-t-il.

"Il faut une démocratie locale et même revoir le découpage régional. Vingt-quatre régions c'est trop pour un pays si petit" souligne Imed Turki. Au découpage sécuritaire, il voudrait substituer un "découpage basé sur les bassins d'emplois."

"Avez-vous conscience d'être entourés de révolutionnaires ! " Chekib Nouira avait ainsi débuté son intervention. Le pays doit désormais se préparer à une révolution économique.


Frederic Dubessy à BARCELONE


Mercredi 23 Novembre 2011



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