Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

"La Tunisie soulève toujours les mêmes questions quatre ans après sa révolution"


La Tunisie célèbre le quatrième anniversaire de sa révolution en ce 14 janvier 2015, date de la fuite de Ben Ali. Une cérémonie officielle est prévue au palais présidentiel de Carthage. En quatre ans, le pays a parcouru un long chemin : il s'est doté d'une nouvelle Constitution, a organisé les deuxièmes élections libres de son histoire, mais les attentes des citoyens demeurent importantes, explique à econostrum.info Alaa Talbi, directeur exécutif du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES).



Alaa Talbi veut des actes (photo Facebook Alaa Talbi)
Alaa Talbi veut des actes (photo Facebook Alaa Talbi)
econostrum.info : Pourquoi le FTDES a-t-il baptisé ce mois de janvier « mois des soulèvements sociaux » ?

Alaa Talbi : En décembre 2014, nous avons comptabilisé plus de 134 mouvements sociaux, la plupart non structurés. Nous soulevons toujours les mêmes questions que voici quatre ans car, durant cette première phase de transition seule la question politique a été abordée. Il est temps de parler de notre nouvelle stratégie économique et sociale.

Est-ce dire que quatre ans après la révolution les revendications des citoyens n’ont pas été entendues ?

Alaa Talbi : La nouvelle Constitution de janvier 2014 évoque la justice sociale, fiscale, l’égalité entre les régions mais concrètement ces problématiques n’ont pas été résolues. Les revendications des citoyens n’ont pas été traitées, la contestation est donc encore grande. Car, pour l’instant, les gouvernements se concentrent sur des mesures libérales et se soucient principalement des crédits du FMI et de la Banque Mondiale mais pas des grandes questions économiques et sociales.

Augmentation des salaires

La révolution tunisienne n'a pas encore accouché d'une stratégie économique et sociale (photo F.Dubessy)
La révolution tunisienne n'a pas encore accouché d'une stratégie économique et sociale (photo F.Dubessy)
Avez-vous fait pression sur les gouvernements successifs ?

Alaa Talbi : En juin 2014, un dialogue économique national a été entamé mais il est resté inachevé. Le gouvernement était provisoire et les résultats de ce dialogue connus d’avance. Il n’était organisé que pour donner une justification aux mesures décidées. 
Avec la société civile, nous avons proposé une vision sociale de ce dialogue et nous avons réussi à bloquer cette initiative nationale. Nous attendons désormais que le nouveau gouvernement essaie de le relancer mais en faisant appel cette fois à une participation massive de la société civile.

Le chômage avoisine toujours les 15% dans le pays, sa croissance est faible (2,5% en 2013), l’inflation de 6%. Quelles doivent être les priorités du gouvernement que le nouveau Premier ministre Habib Essid formera d’ici début février ?
 
Alaa Talbi : Mise à part la question du chômage, il faut réformer le système fiscal qui souffre de trop de pertes, surtout à cause du marché informel et de l’économie parallèle qui représentent selon nous 45% du PIB. C’est une grande perte, ces affairistes échappent au système fiscal. L’État ne profite en rien de cette économie alors que la classe moyenne, elle, paie ses impôts. 
 
Il faut également entamer des négociations salariales : il semble important d’augmenter les salaires pour que la famille tunisienne puisse conserver un pouvoir d’achat dans ce contexte de hausse des prix, pour chercher la paix sociale.

Quatre ans après le départ de Ben Ali, les revendications restent les mêmes (photo F.Dubessy)
Quatre ans après le départ de Ben Ali, les revendications restent les mêmes (photo F.Dubessy)
Avez-vous des craintes pour ce quinquennat ?
 
Alaa Talbi : Le gouvernement à venir devrait être composé par Nidaa Tounes (vainqueur des législatives) et des partis alliés, tous à orientation économique libérale. Nous allons rester vigilants quant à ses choix pour éviter les répercussions sociales. 
Nous allons également nous concentrer sur les enjeux locaux et les élections municipales prévues cette année. Ils représenteront l’un des défis les plus importants de 2015.


Propos recueillis par Camille Lafrance, à TUNIS


Mercredi 14 Janvier 2015



Lu 2187 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >

Jeudi 8 Décembre 2016 - 08:27 Matteo Renzi démissionne pour de bon cette fois

Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.















RÉflexions

Réflexion

Pendant ce temps, la guerre du pétrole ne faiblit pas...


avis d'expert

Par Guillaume Almeras, consultant indépendant, associé au groupe d'analyse de JFC Conseil


 




Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA















Suivez econostrum.info en direct sur Facebook








  L'actualité économique
en Méditerranée, avec le soutien
de nos partenaires :
Anima       BEI
 
PlanBleu          avitem
 
Euromediterranee
Région PACA        EDF
 
AeroportMP            Femise