La Tunisie pourrait inspirer les rues méditerranéennesLa détermination des Tunisiens a fini par payer. Et les autres populations arabes soumises au joug d'un dictateur commencent à croire que leur tour est peut-être aussi venu. Tour d'horizon des réactions au Maroc, en Algérie, en Libye et en Jordanie.
La rapidité du départ de Ben Ali donne des idées aux peuples arabes soumis à une dictature (photo DR)
TUNISIE / MÉDITERRANÉE. En moins d'un mois, un soulèvement de la rue tunisienne aura conduit au renoncement du pouvoir par le président Zine el Abidine Ben Ali. Alors que l'organisation de la transition démocratique s'organise à Tunis, les autres peuples méditerranéens se sentent pousser des ailes. Ce qui a été possible, contre toute attente, en Tunisie pourrait-t-il se reproduire dans d'autres pays comme l'Algérie, le Maroc, l'Egypte ou la Jordanie.
L'exemple tunisien avait déjà incité plusieurs gouvernements méditerranéens à tenter de prendre les devants (lire : Les pays méditerranéens craignent la contagion de la rue tunisienne) pour éviter de subir le même sort, voilà maintenant que les populations entendent tirer avantage de cette crainte. Surtout après le départ de l'ex-président Ben Ali. La première fois que la rue pousse dehors un chef d'Etat arabe ! Ceci crée un précédent qui excite les foules arabes. Une semaine à haut risque débute. La nouvelle donne tunisienne servira-t-elle de signal d'alarme aux autres pays ou mettra-t-elle le feu aux poudres ? S'il est encore trop tôt pour répondre à cette question, il faut constater que les rues arabes bougent. Les soutiens au peuple tunisien, les messages de félicitation qui fleurissent sur les différents blogs, laissent transpirer une volonté de s'inspirer de la révolution dîte de Jasmin. L'Egypte prochain sur la liste ?La voisine algérienne contemple la réussite tunisienne. Les manifestations y avaient éclaté pratiquement en même temps qu'en Tunisie et pour les mêmes motifs mais depuis quelques jours, la situation s'est assagie dans les villes d'Oran, de Constantine et d'Alger.La répression policière et les arrestations ont calmé la population. Mais pour combien de temps ? Et quelle sera la réaction du président Abdelaziz Bouteflika au pouvoir depuis 1999 ? Il est à craindre que ne voulant pas subir le même sort que son homologue tunisien, il soit plus apte, fort du pouvoir de l'armée, à maîtriser la rue en cas de forte résurgence du mécontentement. De l'autre côté de la frontière est, des affrontements se seraient déroulés dans plusieurs villes libyennes dans la nuit du jeudi au vendredi 14 janvier 2011. Les manifestants se seraient attaqués à plusieurs projets immobiliers et la police serait restée passive. Mais peu d'informations filtrent encore. Au Maroc, les données sont différentes déjà car il s'agit d'un royaume. Les critiques envers Mohamed VI sont beaucoup moins virulentes que celles émises contre son père Hassan II à qui il a succédé en juillet 1999. Reste que les manifestations de soutien au peuple tunisien, d'abord interdite par le pouvoir, ont montrer la solidarité des Marocains envers les Tunisiens et une certaine envie de goûter aussi à cette liberté. En Egypte, Hosni Moubarak dirige le pays depuis octobre 1981. Une élection présidentielle doit cependant se dérouler d'ici à la fin de l'année 2011. Si tout le monde ignore encore si le raïs entend se représenter, on connaît en revanche qui pourrait devenir président à sa place : son fils Gamal. Une succession dynastique qui n'enchante pas le peuple. Comme les Tunisiens sous Ben Ali, les Égyptiens supportent de moins en moins le chômage, les augmentations de prix, le manque de liberté et la corruption. Des émeutes de la faim en 2008 avait été sévèrement réprimées. Plusieurs experts pensent que si contagion il y a, l'Egypte pourrait être le second sur la liste.
La Jordanie se soulèveVendredi 14 janvier 2011, Amman, mais aussi les villes de Maan, Karak, Salt et Irbid, a connu une grande manifestation de protestation contre la hausse des prix, le chômage et la pauvreté. Là aussi, la rue a demandé la démission de Samir Rifai, le premier ministre jordanien. « La Jordanie n’est pas seulement pour les riches. Le pain est une ligne rouge. Méfiez-vous de notre faim et de notre fureur » pouvait-t-on lire sur une des banderoles. Plus prudent, le gouvernement jordanien, qui a affirmé haut et fort respecter la volonté du peuple tunisien, a choisi d'opposer à ce mouvement de foule des forces de police, certes très nombreuses mais pacifiques. Aucune arrestation, ni violence ne se serait déroulée. Le plan de 169 M$ annoncé mardi 11 janvier 2001 pour créer des emplois et réduire le prix des produits de base ne semble pas suffisant aux manifestants. Dimanche 16 janvier 2011, les Frères musulmans (bras politique du Front d'action islamique) et quatorze syndicats organisaient un sit-in devant le parlement pour protester contre la politique économique du gouvernement. « Nous exigeons une solution à ce problème pour éviter des répercussions négatives par le biais des politiques de réforme, et voulons de véritables et transparentes réformes économiques et politiques » indiquaient les syndicats dans un communiqué. Lire aussi : Ben Ali pose finalement ses valises à Djeddah Le président Ben Ali quitte le pouvoir et la Tunisie Les pays méditerranéens craignent la contagion de la rue tunisienne Frédéric Dubessy
Dimanche 16 Janvier 2011
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