La Syrie pourrait tirer son épingle du jeuDéjà sanctionnée par l'Union européenne et les États-Unis, la Syrie se voit désormais imposer une autre série de sanctions par la Ligue arabe, l'isolant un peu plus sur le terrain politique et économique. Mais ces sanctions toucheront d'abord la population, sans forcément affaiblir le régime.
La Syrie est visée par de multiples sanctions (photo DR)
SYRIE. Les sanctions s'accumulent envers le régime de Bachar el-Assad. Déjà frappée par une série de restrictions de la part de l'Union européenne (UE) et des États-Unis, depuis le début de la contestation, il y a huit mois, la Syrie se voit sanctionner économiquement aussi de la part de ses pairs arabes.
La Ligue arabe réunie au Caire dimanche 27 novembre 2011 a en effet adopté à 19 voix sur 21 (la Syrie étant suspendue), une batterie de mesures visant à contraindre le régime à cesser la répression. Une première en la matière de la part de la Ligue arabe. Seuls le Liban et l'Irak ont exprimé leurs réserves, en déclarant qu'ils se "dissociaient" des sanctions et ne les appliqueraient pas. Le chef de la diplomatie libanaise, Adnane Mansour, avait déjà prévenu la semaine dernière sur la chaîne al-Manar, que "les sanctions économiques contre la Syrie ne sont pas dans l'intérêt du Liban en raison de la nature des relations entre les deux pays et les accords qu'ils ont signés". Ces sanctions, qui devaient prendre effet dès ce lundi 28 novembre 2011, comprennent un gel des transactions commerciales avec le gouvernement syrien, ainsi que le gel des comptes bancaires du gouvernement dans les pays arabes. La Ligue y a ajouté la suspension des liaisons aériennes entre les pays arabes et la Syrie, à compter du 3 décembre 2011. L'organisation devrait aussi établir vendredi 30 décembre 2011 une liste de responsables syriens qui se verraient interdits de voyager dans les pays arabes. En réponse, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a déclaré le 28 novembre 2011 que la Syrie avait "retiré 95 à 96% de ses avoirs dans les pays arabes". "Arrêter les transactions avec la Banque centrale syrienne signifie une déclaration de guerre économique du point de vue de la loi internationale", a-t-il ajouté. "Si les pays arabes revoient leurs décisions et leurs mesures économiques, ceci ouvrira la porte à une coopération future". Le dialogue entre la Ligue arabe et la Syrie semble rompu, pour l'heure, mais l'organisation pan-arabe a déclaré ce lundi, qu'en cas d'arrêt de la répression dans le pays, les mesures prises pourraient être "révisées". Risque d'étouffement de la population
Accablée de sanctions, la Syrie va devoir aussi faire face à un durcissement des sanctions de l'UE. Jeudi 1er décembre 2011, les ministres des AE réunis à Bruxelles devraient en effet voter l'interdiction de l'exportation de matériel à destination du secteur gazier et pétrolier, et accroître la pression sur les sources de financement du gouvernement syrien.
Le 24 novembre 2011, le ministre syrien de l'Économie et du Commerce Mohammad Nidal al-Chaar, a reconnu dans un entretien exclusif à l'AFP, que son pays traversait sans doute "la pire crise économique de notre histoire récente, parce qu'elle affecte directement le citoyen, touche les gens de la rue, les usines, la communauté des affaires". Les multiples sanctions qui touchent le pays devraient encore accroître la situation. Selon l'économiste libanais Louis Hobeika, "ce sont les citoyens syriens ordinaires qui vont payer le prix de ces sanctions et non pas le régime, bien au contraire". "Si la Ligue arabe veut étouffer la population syrienne, elle va réussir". Pour lui, l'Histoire prouve que les sanctions n'ont jamais fait tomber un régime. "Si l'on prend l'exemple de Cuba, de la Corée du Nord, ou encore du Venezuela, à chaque fois c'est le peuple qui a payé la note, qui s'est appauvri, tandis que le régime, au contraire survit et se renforce, du fait de l'impopularité des sanctions", analyse-t-il. Des sanctions inapplicables sur le terrain
D'autant que, selon l'économiste, les sanctions prises sont "inapplicables". Concernant le gel des transactions ou des avoirs des dirigeants syriens par exemple. "Les Syriens ne sont ni naïfs ni idiots, leurs comptes ne sont pas à leur nom propre, mais à ceux de leurs cousins, familles ou autres qui vivent au Liban par exemple. Comment contrôler alors ces transactions?", interroge-t-il.
Idem pour la fermeture de l'espace aérien syrien. "S'ils ne peuvent plus décoller de Damas, il leur suffit de se rendre à Beyrouth, à 1h30 de voiture, pour prendre l'avion en toute tranquillité", estime-t-il. Quant aux transactions commerciales, elles pourraient continuer, "par la voie terrestre avec le Liban par exemple dont la frontière avec la Syrie est très vaste et contrôlée par seulement trois points de passage, mais aussi avec la Jordanie". Par conséquent, Louis Hobeika estime que l'incidence des sanctions sur les pays voisins de la Syrie n'aura que peu de poids. "Même si bien sûr les entreprises vont avoir plus de mal à exporter, elles ont toujours le recours de faire sortir leurs marchandises par la mer, ou par leurs frontières directes". Vers l'autosuffisance et le repli sur soi
Georges Corm pense que les sanctions seront limitées (photo DR)
L'ancien ministre des Finances et économiste libanais Georges Corm estime que "les conséquences seront limitées au niveau économique, à moins bien sûr d'un épuisement des réserves de change ainsi que d'une difficulté à effectuer des paiements en euro ou en dollar".
Il souligne également que la Syrie, loin de sortir affaiblie de ces sanctions, pourrait trouver un moyen de renforcer son économie. "Son agriculture lui permet l'autosuffisance, bien qu'elle ait été touchée par la sécheresse depuis quatre ans. Les sanctions pourraient aussi donner un coup de fouet à l'industrie syrienne, qui avait été mise à mal par l'accord de libre-échange avec la Turquie", analyse-t-il. Deux secteurs qui constituent à eux seuls près de 50% du PIB syrien. Le ministre syrien de l'Économie, M. al-Chaar, avait souligné à l'AFP que la Syrie devait "dépendre plus de (ses) ressources intérieures (...), se concentrer sur la mise en valeur de (ses) richesses" et "laisser travailler avec flexibilité le secteur privé qui représente 73% de notre économie". Quant au Liban, il ne devrait pas trop souffrir de la situation de son voisin. "D'un côté, le Liban va pâtir de la situation, mais d'un autre, il va en profiter", déclare Georges Corm. "On devrait revenir à une situation où ce seront les banques libanaises et irakiennes qui financeront le commerce extérieur syrien, comme avant", explique-t-il. Il ajoute que "le Liban va être amené à exporter plus en Syrie, soit par le transit, soit par sa propre production". L'un des seuls points négatifs pour Beyrouth sera "le ralentissement de l'activité touristique, puisque généralement les touristes visitent les deux pays" et qu'actuellement le tourisme en Syrie est réduit à néant. Depuis le début de l'année, le Liban accuse une baisse de ses visiteurs par rapport à 2010 qui avait été une année record. La Syrie n'est pas complètement isolée sur le plan économique. Elle peut encore compter sur le soutien de la Russie, de la Chine et de l'Iran, entre autres. Jenny Saleh, à BEYROUTH
Lundi 28 Novembre 2011
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