Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

La Santé dans tous ses états en Grèce


Engagé dans une lourde réforme, Adonis Georgiadis, ministre grec de la Santé, doit faire face à la fronde du corps médical. Ce libéral convaincu mène une politique qui souffle le chaud et le froid. D'un côté, il entend supprimer six grands hôpitaux, mais créer une carte de soins gratuits pour les indigents.



Adonis Georgiadis Ministre de la Santé (photo Angélique Kourounis)
Adonis Georgiadis Ministre de la Santé (photo Angélique Kourounis)

GRÈCE. Adonis Georgiadis est un ministre de la Santé très contesté. D’une part, il vient du parti de la droite populaire, le Laos, à l'extrême droite de l'échiquier politique. Il en a même été le porte-parole jusqu'en août 2007 avant de le quitter pour le parti conservateur, La Nouvelle Démocratie.

 

Selon ses détracteurs, jusqu’à la veille de sa nomination il vendait des livres au contenu nationaliste sur une chaîne commerciale privée. Sa librairie a été incendiée dix-sept fois à cause du contenu de ces ouvrages flirtant avec l’antisémitisme et le révisionnisme. Interrogé sur le pourquoi de la mise en vente de ces livres, il a toujours déclaré "que les vendre n'impliquait pas d’être d'accord avec leur contenu."

 

Adonis Georgiadis a occupé le poste honorifique de ministre de la Marine marchande. Sa nomination aux commandes du ministère de la Santé surprend: ni lui ni ses deux vices ministres ne viennent du secteur de la santé actuellement en grève. Les médecins hospitaliers refusent la reforme imposée par la Troïka qui exige la fermeture de treize hôpitaux et la réduction drastique du budget de la santé (moins 30 % entre 2009 et 2012 et il doit encore baisser). Ses adversaires doutent qu‘il soit la personne la plus à même de dégager un consensus.


Aucun médecin ne sera licencié

Une politique de santé déroutante (photo Angélique Kourounis)
Une politique de santé déroutante (photo Angélique Kourounis)

Depuis des semaines, Adonis Georgiadis qui défile sur tous les plateaux de télévision pour expliquer la reforme du système de santé en cours, s‘est déjà violemment accroché avec les médecins grévistes. Il les accuse de cesser le travail uniquement « par ce qu’il vont être mutés dans d’autres hôpitaux. » À la médecin-chef qui lui demandait pourquoi elle était mutée sans aucun dialogue social préalable, il répond en direct sur un ton plus que vif, « nous devrions vous licencier pour que vous compreniez vraiment de quoi nous parlons ! »
 

Le lendemain il s’excusait de son emportement, mais sur le fond il n’a pas bougé d’un iota.

 

Situé dans l’un des quartiers les plus défavorisés de la capitale, le bâtiment qui abrite ses bureaux rappelle plus des HLM de banlieues non réhabilités, qu’un bâtiment officiel.
 

Il balaie d’une main les milliers de médecins grévistes venant manifester sous ses fenêtres depuis une semaine. « En fait, ils ne sont que 2% à faire grève », affirme-t-il.


« Ce sont des médecins syrisistes (de l’opposition de gauche). Nous sommes en démocratie, ils ont le droit de manifester ». 

 

Pour cet homme aux convictions trempées d’acier, les réformes en cours se présentent comme une voie à sens unique. C’est pourquoi il remercie les partenaires européens « d’une part pour les prêts qu‘ils octroient au pays, d’autre part de l’aide technique apportée dans le cadre de la coopération avec la Task force », mais, ajoute-t-il, « toute aide supplémentaire est la bienvenue. »

 

« Nous essayons de créer un système de santé de premier degré pour désengorger les hôpitaux et ne plus avoir ces images humiliantes de personnes qui attendent des heures dans les couloirs dans les hôpitaux de garde. Sur ce point le pays reste très en retard » souligne le ministre.

 

Selon ce libéral convaincu, c’est la raison pour laquelle au moins six grands hôpitaux de la capitale vont être transformés en « centres urbains de santé ou en centres spécialisés pour les maladies chroniques ». Il martèle qu’aucun médecin ne sera licencié. Ceux qui enseignaient la médecine ou les métiers paramédicaux qui perdent leur travail dans le cadre de la réforme de l’éducation, également en cours « seront tous valorisés dans le nouveau système de santé. »
 

Il ne précise cependant pas avec quel salaire et sous quelles conditions. « N’oubliez pas que nous ne pouvons embaucher du nouveau personnel, car, nous sommes liés par les mémorandums d’austérité qui exigent une embauche pour dix départs. Ces mutations vont permettre de combler des trous. Nous avons beaucoup de manques, notamment en ce qui  concerne le personnel soignant. »

 

Conscient que 30% des Grecs n’ont plus accès aux soins, il a créé une carte de soins gratuits pour les indigents, mais elle ne va couvrir que 230 000 personnes. « L’OMS doit rendre d’ici la fin de l’année un rapport sur comment financer cette carte afin qu’elle couvre toute la population concernée. Mais nous manquons de fonds. » 

 

Pour parer au plus pressé, le ministère a fait appel aux associations de médecins et aux centrales pharmaceutiques pour distribuer gratuitement des médicaments.


Refus des collectes de sang grec pour les Grecs

Ministère de la santé (photo Angélique Kourounis)
Ministère de la santé (photo Angélique Kourounis)

Autre question sensible, l’article 39A d’une directive de santé qui permettait à la police de procéder au dépistage forcé de toute personne suspectée de véhiculer une maladie contagieuse, notamment le Sida.

 

C’est son prédécesseur, le socialiste Andreas Loverdos, qui l’avait activée provoquant l’arrestation et l'humiliation d’une trentaine de femmes dont les photos ont été montrées durant trois jours à la télé. Amnesty International et bon nombre d'organisations de défense des droits de l'homme avaient très vivement protesté. « C’était une erreur », souligne Adonis Georgiadis. « Nous n'aurions jamais dû publier les données personnelles de ces femmes, mais il existe une grande inquiétude au sein de la population sur le Sida, alors désormais pour procéder à ce type de contrôle, la police devra avoir au préalable l’autorisation du procureur. Les séropositifs disposent de droits, mais les ONG doivent comprendre que le reste de la population aussi. »

 

Malgré son parcours politique, cet homme au regard perçant s'affiche comme l'ennemi juré du parti néo nazi Aube Dorée qui, assure-t-il lui a demandé cinq fois l'autorisation de procéder à des collectes "de sang grec pour des Grecs". Ce qu’il a refusé. « Le sang est un bien pour tous, grec ou étranger et en Grèce tout le monde y a droit ».

 

Mais interrogé sur le fait qu'il n'intervienne pas dans le cas des médecins de ce parti qui ouvrent des permanences médicales uniquement pour les Grecs, il répond ne pas être un organisme policier ? « Je ne peux pas intervenir même en tant que ministre de la Santé. Mon travail concerne l'ESY, le Système National de Santé et la Aube Dorée ne peuvent en aucun cas y mettre les pieds. »





Mardi 15 Octobre 2013



Lu 2216 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >
Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.















RÉflexions

Réflexion

La Méditerranée orientale entre permanences stratégiques
et enjeux contemporains


avis d'expert

Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
de la Turquie, associée
au groupe d’analyse
de JFC Conseil


 




Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA















Suivez econostrum.info en direct sur Facebook








  L'actualité économique
en Méditerranée, avec le soutien
de nos partenaires :
Anima       BEI
 
PlanBleu          avitem
 
Euromediterranee
Région PACA        EDF
 
AeroportMP            Femise