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La « Realpolitik » domine les relations entre l’Espagne et le Maroc


La tension se fait de plus en plus intense entre les deux royaumes voisins depuis les évènements de Laâyoune. Mais, les rapports économiques sont si importants entre les deux pays, qu'ils dépassent les conflits politiques.



Les tensions persistent après les évènements de Laäyoune (photo DR)
Les tensions persistent après les évènements de Laäyoune (photo DR)

ESPAGNE / MAROC. Au début du mois de décembre 2010, le directeur de Punto Radio La Rioja  débarque à Marrakech pour un week-end prolongé de vacances avec sa femme; il a l'honnêteté d'inscrire sa profession sur la carte de débarquement à l'aéroport : journaliste. Une mention qui a suffi à le renvoyer immédiatement vers l'Espagne.
 

C'est le dernier épisode des tensions entre les deux royaumes.
 

Il faut dire que les autorités marocaines n’ont vraiment pas apprécié le traitement des troubles au Sahara Occidental, ces dernières semaines, dans les médias espagnols.
 

Le point culminant a été atteint avec la condamnation le 2 décembre 2010 par le Parlement espagnol  du démantèlement violent du campement saharahoui de Laâyoune, provoquant la colère de Rabat. 


Une résolution jugée hostile au Maroc où le gouvernement fait savoir que les circonstances requièrent une réévaluation de l’ensemble des relations entre le Maroc et l’Espagne dans tous les domaines. Une annonce ferme, qui traduit la détermination des autorités marocaines.   


L’Espagne atout du Maroc dans les relations avec l’UE

Ceuta, comme Melilla, sont deux enclaves exposés à la détérioration des relations entre l'Espagne et le Maroc (photo DR)
Ceuta, comme Melilla, sont deux enclaves exposés à la détérioration des relations entre l'Espagne et le Maroc (photo DR)

Comme à chaque fois depuis l'indépendance du Maroc, cette nouvelle friction avec l'Espagne a ravivé les revendications marocaines concernant les deux « enclaves » espagnoles sur son territoire : Ceuta et Melilla. Et comme chaque fois, il est évident que ces accrochages verbaux vont s'achever par la victoire de la « Realpolitik », car les enjeux économiques sont bien trop importants. 
 

D'autant que l'Espagne a joué un rôle majeur dans la négociations des accords commerciaux entre le Maroc et l'Union Européenne, ayant abouti en 2010 à une baisse des tarifs douaniers imposés à Rabat sur les produits de la pêche et de l'agroalimentaire. 


Malgré les « coups de menton » et les déclarations grandiloquentes, l'Espagne se positionne même comme l'un des plus solides partenaires politiques dans le cadre des négociations commerciales de libre échanges entre le Maroc et l'Union Européenne qui doivent encore évoluer vers davantage de souplesse d'ici 2012.  
 

Ces accords entre l'UE et le Maroc permettent également à l'Espagne de profiter de meilleures conditions pour investir au delà du détroit de Gibraltar, avec notamment des possibilité d'obtenir des subventions pour les investissements concernant les énergies renouvelables. 

 

Les deux pays sont ils prêts à sacrifier leurs intérêts économiques et remettre en cause les accords de coopération qui les lient ?


Deux pays liés économiquement

Madrid a tout à gagner à bien s'entendre avec son voisin du sud compte tenu de la grande importance de ses intérêts au Maroc. Entre 1999 et 2008, l'Espagne a investi 3,2 Md€ au Maroc, alors que le royaume alaouite a investi de son côté 17,3 M€ dans la péninsule Ibérique durant la même période.  
 

Même si en 2009, l’Espagne n’était que le troisième investisseur étranger au Maroc avec un flux de 1,68 md de MAD (148 M€) en baisse de 36% (dépassée par le Koweit avec 3 mds MAD), sur la décennie, l’Espagne reste le second investisseur en stock de capital, derrière la France, souligne José Manuel Reyero, conseiller économique et commercial auprès de l’ambassade d’Espagne à Rabat. 
 

De son côté, la péninsule ibérique absorbe 21% des exportations marocaines (en tête des destinations pour les vêtements confectionnés et les produits de la mer, second pour les légumes, la bonneterie et les câbles électriques, troisième pour les phosphates). En 2009, les exportations marocaines vers l’Espagne ont atteint 23,7 mds de MAD (environ 2mds€), selon l’Office des changes marocain. Par ailleurs, le Maroc importe pour 32 mds de MAD d’Espagne (2,8 mds€), soit 12% de ses biens et services (énergie électrique, voitures et produits chimiques en tête).

 

Les relations économiques restent donc très fortes. En témoigne d'ailleurs la présence de cinq cent vingt-cinq entreprises ibériques dans l'ensemble du Royaume, principalement des Pme-pmi concentrées sur les axes Casablanca-Rabat et Tanger-Larache.  


Les donneurs d’ordres espagnols font travailler les fournisseurs marocains

Le Maroc compte un allié avec l'Espagne dans ses relations avec l'UE (photo F.Dubessy)
Le Maroc compte un allié avec l'Espagne dans ses relations avec l'UE (photo F.Dubessy)

Les investisseurs espagnols se distinguent notamment dans la construction, l’immobilier et le tourisme. Fortement affectées par la crise économique, les entreprises ibériques du bâtiment sont venues plus nombreuses chercher des opportunités au Maroc. 

 

En partenariat avec MedZ, filiale du groupe marocain Caisse de dépôt et de gestion (CDG), le groupe espagnol Edonia a notamment démarré en 2010 les travaux d’aménagement de la plateforme industrielle intégrée de Kenitra, dédiée au secteur automobile. 
 

Dans le secteur hôtelier, le groupe Riu a annoncé l’ouverture de trois nouveaux hôtels en 2011, à Marrakech et Agadir. Le groupe catalan Gat Rooms compte ouvrir cinq établissements low cost au Maroc. AC Hotels prévoit l’ouverture de six hôtels dans les principales villes du royaume. En 2009, quelque 643 000 touristes espagnols (hors Marocains résidents à l’étranger) ont visité le Maroc ; un chiffre en hausse de 8%.

 

Côté offshoring, le groupe Atento filiale de l’opérateur espagnol Telefonica et troisième au niveau mondial pour les métiers des centres d’appel, a prévu de recruter 600 personnes en 2010, portant son effectif total dans le pays à plus de 3 000 salariés. 
 

Au nord, dans le secteur textile qui emploie près de 60 000 personnes, les donneurs d’ordres espagnols, Inditex, Cortefiel, Mango…font travailler les fournisseurs locaux. 90% des entreprises textiles de la région Tanger-Tétouan travaillent pour le fast fashion (réassort constant), dont un tiers pour le groupe Inditex (Zara, Massimo Dutti). Ces entreprises restent donc fort dépendantes des commandes espagnoles.


Lutte commune contre l’immigration illégale

Outre les enjeux concernant la pêche et les fruits et légumes produits au Maroc, l'Espagne doit aussi compter sur son voisin pour l'approvisionnement des ressources énergétiques en provenance d'Algérie. 

Et au delà des enjeux économique, l'Espagne et l'Union Européenne savent qu'elles sont aussi condamnées à s'entendre avec le Maroc pour mener des politiques efficaces de contrôle d'immigration, puisque le Royaume chérifien reste bien sûr la « dernière frontière » pour les milliers de candidats à l'émigration qui veulent rejoindre le Vieux Continent. 


Pour lutter contre l’immigration illégale et développer la migration circulaire légale aux fins de travail, des accords de coopération ont été signés entre le Maroc et l’Espagne, permettant à des ouvrières agricoles marocaines de venir travailler dans les champs espagnols.


En 2009, elles étaient 10 000 à traverser la Méditerranée. Avec la crise, le chiffre est tombé à 6 000 en 2010. Les producteurs de fraises notamment sont très demandeurs. 

Outres les questions migratoires, les deux pays coopèrent également dans la lutte contre le terrorisme et contre le trafic de drogue. 

Encore des raisons supplémentaires en faveur de la suprématie de la Realpolitik entre les deux royaumes d'Espagne et du Maroc.  


Lire aussi : Le Maroc verrouille l’information sur les évènements de Lâayoune



Christelle Marot à CASABLANCA et Francis Mateo à BARCELONE


Mardi 14 Décembre 2010



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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