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La Libye dessale l'or bleu

La Libye ouvre tous les robinets pour couvrir ses besoins en eau. Alors que le "Grand projet de rivière faite par l'homme" est quasiment achevé, le pays prévoit de doubler d’ici 2015 ses capacités de traitement d’eau de mer, qui ne couvrent actuellement que 1,4% de ses besoins.


Il faudrait à la Libye deux ou trois Grandes Rivières artificielles pour être autosuffisante en agriculture (photo DR)
Il faudrait à la Libye deux ou trois Grandes Rivières artificielles pour être autosuffisante en agriculture (photo DR)
LIBYE. Des années peuvent passer sans que tombe une seule averse sur le Sahara libyen, l’un des déserts les plus inhospitaliers du monde. Il couvre 90% du pays. La Libye, qui a entrepris de parer à ce handicap avec la réalisation du "Grand projet de rivière faite par l'homme", parie maintenant aussi sur le dessalement de l'eau de mer.
 
Lancé au début des années 1980 par le dirigeant libyen Muammar Kadhafi pour parvenir à l'autosuffisance alimentaire, le "Grand projet de rivière faite par l'homme" repose sur l'installation de 4 000 kms de tuyaux pour acheminer l'eau extraite des nappes phréatiques du désert du Sahara jusqu'à la côte Nord du pays, où vivent la majorité des 5,7 millions d'habitants. Coût total : 33 mds$ (2,5mds€).
 
Les deux premières tranches, d'un montant de 8 mds$ (5,4 mds€), ont été livrées par un consortium sudcoréen, tandis que la troisième tranche (5 mds$, soit 3,4 mds€) a été en partie construite par Vinci, qui a fourni notamment des stations de pompage. La quatrième phase, reliant le bassin de Ghadamès à la région côtière de Jefara, a été attribuée en septembre 2008 à une compagnie locale.

Agriculture et besoins en eau des ménages

D'ici 2010, le projet devrait être parachevé avec le raccordement des régions qui ne le sont pas encore.

Une dizaine de jonctions restent à réaliser pour un coût de 1,5 md de dinars libyens (LYD, 843,7 M€), dont les plus importantes sont situées sur les axes  Tripoli/Bir Terfass (374 km de long dotés de 17 réservoirs et 3 stations de pompage d'eau), Tobrouk/M'Saad (384 km, 24 réservoirs et 5 stations de pompage), Gdames/Zoura/Zaouia (357 km, 29 réservoirs et 25 stations de pompage).
 
Officiellement, la priorité de la Grande rivière est l’agriculture. Dans les 50 prochaines années, elle devrait fournir environ six millions de m3 d’eau par jour, dont 75 à 80% iraient aux fermes, selon le ministère de l’Agriculture.

Les prévisions des experts de l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sont différentes. Ils estiment qu'en 2025, le pays devrait compter environ 12 millions d'habitants dont les besoins en eau absorberont à eux seuls environ 55% du débit total de la Grande Rivière. Les nappes phréatiques, qui sont fossiles et donc non renouvelées, devraient par ailleurs commencer à être de plus en plus difficiles à pomper.

Un potentiel prometteur sur 2000 km de littoral

La Libye cherche donc à développer des solutions alternatives.

Son plan stratégique 2007-2010 de promotion des ressources hydrauliques privilégie fortement le dessalement de l'eau de mer. Après l'avoir jugé trop cher et trop risqué au début des années 90, le gouvernement considère le procédé comme prometteur : le pays possède 2000 km de littoral sur la rive Sud de la Méditerranée.
 
D’ici 2012, la Libye a souhaité se doter d’une capacité totale de dessalement de 900 000 m3 par jour. Les projets sont placés sous l'autorité de Gecol, la Société générale libyenne d'électricité. L’ampleur des projets programmés font de l'entreprise publique libyenne le 6è opérateur d’usine de dessalement de l’eau de mer au monde. 

200 000 m3 par jour d'ici 2010

Une première phase prévoit l'installation de stations d'une capacité de production totale de 200 000 m3 par jour. Les plus importantes en cours de réalisation sont situées à Zaouia (capacité de 80 000 m3/j), Abou Traba, Derna, Sousse et Zouara (chacune d'une capacité de 40 000 m3/j).

Le coût total des projets en cours, y compris les travaux de construction des réseaux de raccordement et d'approvisionnement de la population, est estimé à 881,6 MLYD (495,8 M€).
 
D'autres contrats sont en cours de signature ou de négociation, représentant un investissement de 2,6 mdsLYD (1,4 md€).
 
En regard de ces investissements, le troisième axe du plan stratégique 2007-2010, dont le total se chiffre à 5,2 mdsLYD (2,9 mds€), apparaît bien faible. Il s'agit de forer 228 puits à travers tout le pays pour un coût de 69 MLYD (38,8 M€). Une goutte d'eau dans la Méditerranée.


Lire aussi :
La Libye veut extraire l'eau du désert pour nourrir la côte
Les experts du Plan Bleu préconisent un meilleur usage de l’eau en Méditerranée


Marie-Pierre Vega


Jeudi 24 Septembre 2009



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