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La Libye au bord de la rupture

Mouammar Kadhafi contrôle encore une petite partie de son pays, mais elle se réduit comme peau de chagrin. L'ONU devrait décider de sanctions alors que le pays est privé de sa principale ressource, l'exportation de pétrole


L'ONU devrait voter des sansctions. Photo ONU.
L'ONU devrait voter des sansctions. Photo ONU.

LIBYE. Mouammar Kadhafi ne fait pas les choses à moitié. Alors que d'une main il agite un bâton englué du sang de sa population, de l'autre il vient de lancer une carotte sous la forme de l'annonce par son gouvernement d'un doublement de certains salaires de fonctionnaires et de l'octroi à chaque famille libyenne d'un aide exceptionnelle de 500 dinars (290 euros) 

Mais cette carotte financière ne suffira sans doute pas. Le dictateur a perdu la troisième ville du pays, Misrata, prise par les insurgés après de violent combats. Elle n'est située qu'à 120 kms de Tripoli. Les soldats désertent en masse et Mouammar Kadhafi a dû faire appel à des mercenaires et à ses forces spéciales pour tenter, sans succès, de reprendre la ville. 

Zouara, située cette fois à l'est de Tripoli, serait actuellement le théâtre d'affrontements, mais semble elle aussi sous le contrôle des insurgés.


Personne n'est actuellement en mesure d'avancer des chiffres fiables et précis, mais la révolution libyenne a sans doute déjà fait plusieurs milliers de victimes.


Mouammar Kadhafi exerce chaque jour son autorité sur une portion plus réduite de son pays. Mais son pouvoir de nuisance reste important, comme le prouve les scènes d'exodes vécues aux frontières avec la Tunisie et l'Egypte comme dans les ports et aéroports.


Riposte internationale

Les pays européens semblent enfin décidés à unir leurs efforts pour sortir du piège libyen plus de 6 000 de leurs ressortissants alors que 4 000 ont déjà été évacués. Des navires militaires pourraient être engagés dans cette opération. La situation apparaît en revanche beaucoup plus compliquée pour les 150 000 à 200 000 asiatiques expatriés en Libye. La Chine a bien affrété des ferries Grecs, mais les autres pays ne semblent pas en mesure d'aider leurs compatriotes. 

L'ONU devrait taper du poing sur la table aujourd'hui (vendredi 25 février). La France et la Grande-Bretagne ont proposé une résolution commune au conseil de sécurité. Le texte prévoit d'imposer à la Libye un embargo sur les armes, des sanctions économiques et financières. Il évoque également la saisine de la Cour internationale de justice pour crimes contre l'humanité. 

Les américains tentent également d'organiser une riposte internationale aux agissements de Mouammar Kadhafi. Barack Obama a joint dans ce sens un par un la plupart des dirigeants européens.


Plus de pétrole

Les bruits de bottes entendus en Libye ne sont bien sûr pas sans effet sur le cours du pétrole qui ne cesse de monter. Il a franchi jeudi 24 février à Londres la barre des 120 dollars. La Libye, quatrième producteur africain, ne produit pratiquement plus de pétrole. China National Petroleum Corp (CNPC) a ainsi évacué son personnel après que ses installation aient été attaquées. Total, Wintershall ont fait de même. Les italiens ENI, très présents en Libye, tentent de continuer à travailler, mais avec une production réduite de 50%, tout comme Repsol. 

Une maigre production qui ne peut être exportée car l'unique pipeline et les ports sont bloqués. L'Europe est dépendante de la Libye pour ses approvisionnements en gaz et pétrole qui représentent près du cinquième des importations de pays comme l'Espagne, la Grèce ou encore l'Italie.



Gérard Tur


Vendredi 25 Février 2011



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