Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

La Grèce brade ses plages


Pour sortir de la crise la Grèce mise sur les investissement étrangers et le tourisme n'hésitant pas pour cela à vendre ses plages et bétonner son littoral. Les Grecs se révoltent.



La plage d'Aliky à Paros est aussi à vendre (photo: Angélique Kourounis)
La plage d'Aliky à Paros est aussi à vendre (photo: Angélique Kourounis)
GRÈCE. Retour sur les marchés, excédent budgétaire, émission d’obligation réussie, le gouvernement grec ne cesse d’affirmer que le pays est sorti de la crise.
Il devrait même enregistrer 0,6% de croissance en 2014 mais la dette qui plombe l’économie grecque, elle, ne cesse de grossir : estimée à 20% du PIB voici quatre ans au début de la crise, elle dépasse les 175 % maintenant, alors que le PIB a baissé de 25% dans la même période. Il faut donc réduire cette dette et rembourser les 240 mrds€ prêtés au pays depuis 2011. 

C‘est le but des privatisations entreprises par le gouvernement socialo-libéral et imposées par les créanciers d'Athènes : le FMI et l'Eurozone. Derniers bijoux de famille mis en vente : cent dix plages. Avec comme conséquence, une révolte dans tout le pays !
 
Paros, la fêtarde, se croyait à l’abri d’une telle catastrophe. Subtil mélange d’Ibiza et destination familiale, elle est devenue une des destinations privilégiées des touristes essentiellement français qui achètent même en masse des maisons sur l’ile.
Personne n’aurait pu imaginer que la superbe plage d’Aliky serait mise en vente. Et pourtant, elle figure bel et bien sur la liste des cent dix plages publiées sur le site du Taiped, l’agence chargée des privatisations en Grèce. Une agence contrôlée par personne et qui n’a de compte à rendre qu’au premier ministre ou à la Troïka, laquelle s’impatiente devant le retard accumulé dans les privatisations du pays.

Georgos Baremenos, agent immobilier ne comprend pas : «les touristes viennent ici pour jouir de cette plage et de toutes les autres. Si on la leur enlève, ils iront ailleurs.» Même son de cloche à la mairie de l’île qui essaye depuis des années d’organiser des concours de Wind Surfing et autres sports du genre à Paros, «si cela devient privé, pour nous, c’est foutu."
"Nous ne voulons pas développer ce type de tourisme », renchérit Maria, employée, «nous voulons un tourisme ouvert à tous ou les visiteurs ne restent pas confinés dans un hôtel super luxueux qui offre tout, pour que tout le monde sur l’ile profite de leur présence.»
Comme plus de 200 000 personnes de par le monde, elle a signé l’une des trois pétitions qui circulent actuellement sur le net.
C‘est que les plus belles plages du pays demeurent menacées dans le Péloponnèse, en Chalcidique, dans le nord du pays, à Rhodes, en Crète ou encore à Corfou.

Les Grecs refusent de vendre leurs plages

La loi va légitimer le bétonnage (photo : Angélique Kourounis)
La loi va légitimer le bétonnage (photo : Angélique Kourounis)
À Corfou la situation est plus complexe.
Le Taiped a mis en vente dans la région de Isso, un terrain de 180 hectares en bord de mer situé en plein dans une région Natura 2000, censée être protégée par la loi grecque et européenne. But de l’opération, faire là aussi un grand complexe hôtelier avec un golf et des villas de luxe.
Mieux, le Taiped, qui souligne sur son site que cette région « a des limitations environnementales », a démarré en avril 2014 un recours devant le Tribunal administratif pour annuler la décision des services forestiers qualifiant Isso de « région forestière et boisée ». Donc, au terme de la loi grecque et de la Constitution, totalement inconstructible.

Idem pour la  région d‘Elafonissos dans le Péloponnèse.
« À chaque fois, c’est la même chose », explique Marie Karamanov, Présidente de la Chambre d’environnement et siégeant au Conseil d’État, « le gouvernement explique que le pays a une dette publique qu’il doit rembourser. Et il transfère au Taiped tous les biens publics sans aucune autre procédure de vérification ou d’évaluation, et après toutes les lois existantes changent pour satisfaire les éventuels acheteurs. Le tout au détriment du peuple grec, mais pas seulement. L’environnement grec n’appartient pas qu’aux Grecs, il appartient au monde entier, à ceux qui viennent le voir chaque année. Il faut réagir, ne plus détruire ce pays, morceau par morceau. C’est un coup d’État juridique. »

Jointe par téléphone la porte-parole du Taiped, Maria Tsinaridou, se veut rassurante, « nous n’avons jamais mis ces plages en vente », explique-t-elle « nous les avons mises sur notre site, car l’État nous les a transférées et nous y sommes obligés pour des raisons de transparence. »

La loi va autoriser le bétonnage du Littoral

Becky Bloon à l’origine du mouvement « Save The Greek Seashore » qui demandent aux gens de mettre sur Facebook une photo de leur plage préférée, secoue la tête, « ils nous prennent vraiment pour des demeurés. Tout ce qui est sur le Taiped est à vendre. Mais le pire c’est cette loi qui va de pair avec la vente des plages et qui autorise le bétonnage du littoral. »

Cette loi dite « du réaménagement du littoral grec » inquiète beaucoup les Grecs. Retoquée une première fois en session plénière, elle risque de passer en session d’été par la voie dite « de saucissonnage », c'est-à-dire en plusieurs parties qui nécessitent moins de voix qu’en session plénière.
« Non seulement cette loi ne prévoit plus un accès libre aux plages comme c’était le cas auparavant », souligne Becky Bloon « mais en plus elle donne le droit aux hôteliers de bâtir sur la plage, dans l’eau, 5 m² par lit. »
 
Pour Theodosia Natsiou, de WWF Grèce, cette loi est une véritable catastrophe « La France et la plupart des pays européens imposent une distance de 100 mètres du littoral pour construire, le Danemark 300, de même que la convention européenne de protection du littoral, pourquoi nous, en Grèce, au nom de la crise, on devrait passer des 50 mètres actuels à 10 mètres ? Nous obtenons comme réponse que les nouveaux touristes, Russes et Chinois, veulent des hôtels sur l’eau ou sur la plage et non à côté de l’eau... Et alors, si au Brésil les touristes demandent de la pornographie infantile le gouvernement va la leur donner, juste parce que les touristes la demandent ? Non bien sûr ! Idem pour la Grèce, nous disons qu’il faut mettre des limites. Les droits de l’homme, la protection de l’environnement, la qualité de vie sont des limites qui permettront que le tourisme reste quand même tout aussi attractif en Grèce ! »

Le président de WWF Espagne à la rescousse

Photis Yiannopoulos du mouvement « Stop au massacre du littoral » va plus loin, « ils disent agir au nom de la croissance et du développement. Mais nous pensons qu'ils font tout le contraire. Plus personne ne viendra en Grèce. Récemment, un article dans le New York Times montrait les cinquante-trois endroits qu’il fallait absolument visiter cet été. Partout où il s’agissait de plages, la sélection montrait des plages totalement vierges, sans aucune intervention humaine. Nous ne comprenons pas comment nous pourrons attirer des touristes avec du béton sur des plages! Apparemment, ce qui plait aux visiteurs ce sont bien les endroits les moins construits."

Et Olivier Drot, grand amoureux de la Gréce et responsable du site Okeanews.fr d’enfoncer le clou : "la Grèce a massacré la santé, l’éducation, les retraites, les salaires, et massacré beaucoup d’espoirs en Grèce. Un des meilleurs espoirs dont dispose encore la Grèce, c’est de pouvoir conserver un tourisme différent. Et le risque de cette loi, c’est de massacrer aussi cela. » Lui aussi est monté au créneau en mettant en ligne la liste des plages mises en vente par le Taiped et les pétitions qui s’y opposent.
 
De fait, une chose demeure certaine. Si cette loi sur le littoral passe, si ces plages sont vendues, la Grèce telle que nous la connaissons avec ses immenses plages libres d’accès, ses quelque 135 000 kilomètres de côtes et de criques ouvertes à tous n’existeront plus.
C‘est du moins le message en substance, envoyé par le Président de WWF Espagne dans la lettre ouverte qu’il a adressée au premier ministre grec. Lettre relayée par une grande partie de la presse. «Regardez ce qui s’est passé chez nous sur la Costa Brava» a-t il indiqué, «nous avons construit partout des hôtels et des maisons au nom du développement. Maintenant c’est vide. Personne ne vient. Nous avons détruit notre littoral pour rien. Ne faites pas cette même erreur.»
Pas certain que l’équipe Samaras au pouvoir veuille entendre ce message.


Thomas Iacobi et Angélique Kourounis à ATHENES


Jeudi 10 Juillet 2014



Lu 1333 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >
Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.















RÉflexions

Réflexion

La Méditerranée orientale entre permanences stratégiques
et enjeux contemporains


avis d'expert

Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
de la Turquie, associée
au groupe d’analyse
de JFC Conseil


 




Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA















Suivez econostrum.info en direct sur Facebook








  L'actualité économique
en Méditerranée, avec le soutien
de nos partenaires :
Anima       BEI
 
PlanBleu          avitem
 
Euromediterranee
Région PACA        EDF
 
AeroportMP            Femise