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La Generalitat revendique une Catalogne indépendante


La manifestation massive du 11 septembre 2012 réunissait 600 000 personnes dans les rues de Barcelone et marquait le début de l'affirmation ouvertement indépendantiste de la Generalitat, le gouvernement de Catalogne. Un débat qui ne sera pas sans conséquence sur la réalité économique et politique. En témoigne la motion « d'auto-détermination » présentée par Artur Mas, ce 25 septembre 2012, devant le Parlement de Catalogne.



600 000 manifestants dans les rues de Barcelone le 11 septembre 2012. La date est devenue une référence pour les indépendantistes catalans (photo Francis Matéo)
600 000 manifestants dans les rues de Barcelone le 11 septembre 2012. La date est devenue une référence pour les indépendantistes catalans (photo Francis Matéo)
ESPAGNE. Le président de la Generalitat présente une « motion d'auto-détermination » de la Catalogne devant le parlement régional ce mardi 25 septembre 2012. Preuve que les aspirants à une Catalogne indépendante auront réussi à faire du 11 septembre 2012 une date de référence.

En cette journée de célébration de la Catalogne (la « Diada »), 600 000 personnes se retrouvaient dans les rues de Barcelone pour porter haut les couleurs du drapeau catalan et affirmer une volonté massive de disposer d'un État propre.

Une revendication qui s'est exacerbée au cours des dernières années, d'abord avec la négation du statut de « nation » à la Catalogne, de la part du tribunal constitutionnel espagnol ; ensuite à cause de la crise, dont les conséquences négatives sur les finances publiques -et les efforts qui en découlent- conduisent à dénoncer le système fiscal de l’État central, accusé d'appauvrir la Catalogne.

Au surlendemain de la grande manifestation de Barcelone, le président de la Generalitat, Artur Mas, saisissait d'ailleurs l’occasion d'un forum économique à Madrid pour se couvrir du blason de Sant Jordi (Saint Georges, « patron » de la Catalogne), en tenant des propos qui engagent radicalement son gouvernement régional, comme jamais cela n'avait été le cas auparavant : « je crois à l'existence d'un certain parallélisme entre les relations de la Catalogne à l'Espagne, et celles qu'entretiennent l’Europe du nord et l’Europe du sud. Ces derniers temps, l’Europe du nord s’est lassée de l’Europe du sud, et inversement. La même chose se passe entre la Catalogne et l'Espagne : il existe un sentiment de fatigue mutuelle... Cette sensation, en Catalogne, d'apporter beaucoup à l'Espagne, voire trop, et de n'être ni compris, ni respectés en retour. »

L'échec de l'organisation fiscale espagnole

Xavier Cuadras Morató signe, avec Modest Guinjoan, un essai dressant le tableau économique d'une Catalogne indépendante (photo : Francis Matéo)
Xavier Cuadras Morató signe, avec Modest Guinjoan, un essai dressant le tableau économique d'une Catalogne indépendante (photo : Francis Matéo)
La source principale du désaccord croissant entre la Generalitat et le pouvoir central espagnol concerne donc d’abord un système fiscal jugé injuste à Barcelone. Il faut savoir que la Catalogne collecte l'essentiel des impôts, servant en priorité à faire fonctionner les services publics décentralisés (à commencer par l'éducation et la santé) ; mais une partie de ces impôts part aussi à Madrid, où le ministère des Finances se charge de redistribuer les recettes dans l’ensemble des régions d'Espagne, en fonction d'un savant calcul prenant en compte les besoins et le niveau de développement des différents territoires.

Une part des impôts fournis par la Catalogne revient donc à la Generalitat. Et c'est ici où le bât blesse, selon Xavier Cuadras Morató, professeur d’Économie à l'université Pompeu Fabra de Barcelone, et auteur d'un essai intitulé la « Sense Espanya » (« Sans l'Espagne », éd. Labutxaca). Comme la plupart de ses confrères catalans, cet économiste estime que « l'organisation du système fiscal espagnol ampute chaque année à la Catalogne 8% de son PIB ». Ce qui représenterait quelque 16 mrds € annuels. Dans une région de 7,5 millions d'habitants, avec un déficit public qui dépasse 14 mrds €...

Surtout : la politique de redistribution fiscale espagnole semble avoir atteint ses limites au niveau national, avec des inégalités qui se creusent, à en juger par l'augmentation croissante de la différences du PIB par habitant entre le Pays Basque (Communauté Autonome la plus riche) et l'Estrémadure (territoire le plus pauvre). En catalogne, ce PIB par habitant s'établit au dessus de la moyenne (27 430 €), mais enregistre une baisse de 0,5% depuis un an, selon les chiffres de l’Institut National de la Statistique (INE ). Ce qui fait dire à Artur Mas : « trente ans de politique de redistribution en Espagne n’ont pas servi à ce que l'ensemble de l’État ait des capacités plus ou moins homogènes de production et de création de richesses ». Xavier Cuadras Morató va dans le même sens, en défendant une administration fiscale catalane indépendante : « c'est ainsi que fonctionnent les services fiscaux en Navarre et au Pays Basque, où les Communautés Autonomes collectent l'ensemble des impôts, et reversent ensuite une partie de cette somme au ministère espagnol des finances, en fonction du montant estimé des services publics de l’État et de la solidarité avec les autres régions.» Ce qui reviendrait à renverser un rapport de force que les Catalans jugent aujourd'hui à leur désavantage.

Stratégie politique

Un sentiment d'injustice fiscale et d'incompréhension avec l’État espagnol (photo : Francis Matéo)
Un sentiment d'injustice fiscale et d'incompréhension avec l’État espagnol (photo : Francis Matéo)
Mais pour Artur Mas, cette solution semble déjà obsolète. Ce qui justifie la présentation de la motion d'"auto-détermination" présentée devant le Parlement de Catalogne. « Nous voulons sortir de la LOFCA (Loi Organique de Financement des Communautés Autonomes, NDLR), ce qui est tout à fait constitutionnel ; ce n'est qu'un problème politique. Nous croyons que la singularité de la Catalogne justifie cette sortie du système, et nous voulons bien sûr poursuivre nos efforts pour réduire notre déficit fiscal, tout à continuant à faire preuve de solidarité », précise le président de la Generalitat, qui prend toujours soin d'éviter le terme d'« indépendantisme » dans ses discours.

Car Artur Mas, non seulement président du gouvernement autonome de Catalogne, occupe également le poste de représentant du parti Convergencia i Unio (CiU  ), qui a su à ses heures trouver des arrangements avec le Partido Popular (PP  ) du président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy. Les antagonismes exacerbés entre Barcelone et Madrid doivent donc également être examinés sous l'angle de la stratégie politique.

Dans le contexte actuel de crise économique aiguë, Artur Mas sait parfaitement que Mariano Rajoy ne fera pas la moindre concession sur le fonctionnement du « pacte fiscal » régissant les relations entre la Catalogne et l’État espagnol. Le représentant de CiU a également conscience de l'image dégradée de son parti, plombé par les coupes budgétaires réalisées ces derniers mois afin de tenter d'équilibrer les comptes publics en Catalogne (et en partie aussi par des scandales politico-financiers).

En provoquant une situation de blocage politique, qui se traduira par de grandes difficultés au moment d'adopter le budget du "Govern" catalan, Artur Mas risque donc de provoquer l'organisation d'élections anticipées en Catalogne, peut-être dès le printemps 2013. Un risque bien calculé, puisque les douloureux ajustements économiques -si embarrassants pour CiU- seraient du coup remplacés au centre du débat politique par une seule question : « Pour ou contre l'indépendance de la Catalogne ? ». Un bon moyen pour CiU de retrouver des couleurs face aux positions de ses opposants du Partido Popular (plus centralisateur) et du Parti Socialiste  Catalan (plutôt « fédéraliste »).

Il n'empêche, quelles que soient les arrières pensées politiques, réelles ou supposées, la question de l’indépendantisme va rester comme un enjeu essentiel. « Même les milieux économiques, plutôt conservateurs par nature, se rallieront à cette idée », pronostique Xavier Cuadras Morató : « En tout cas, si j'étais entrepreneur en Catalogne, je serais indépendantiste, parce que j'aurais la garantie de recevoir sur mon territoire les investissements en échange des impôts payés, notamment en termes d'aménagements d'infrastructures. Et puis, qu'on le veuille ou pas, le mouvement est lancé et il sera très difficile de faire machine arrière. »

Lire aussi : Artur Mas anticipe les élections en Catalogne




Mardi 25 Septembre 2012



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