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La Croatie fiévreuse au seuil d'une Europe du sud en soins intensifs


La Croatie devient le 1er juillet 2013, le 28e État membre de l'Union européenne. Alors que ses représentants rejoignent Bruxelles, la situation économique de Zagreb gâche la fête.



CROATIE. 27 + 1. L’Union européenne (UE) accueille, le 1er juillet 2013, la Croatie. Un aboutissement depuis le 24 juin 2011, date où les vingt-sept États membres donnaient leur accord à l'unanimité pour l'adhésion de la République de Croatie à l'UE. Il aura fallu huit années depuis le dépôt de sa candidature officielle en 2003 pour que Zagreb rassure ses homologues sur les chapitres de la justice et notamment l'indépendance des juges et la lutte contre la corruption.

La Commission européenne annonçait, le 26 mars 2013, l’entrée officielle de la Croatie comme État membre de l’Union européenne estimant que le pays répondait désormais « aux impératifs de politique de compétitivité et à l'état de sa justice ». Seul bémol, le rapport de Transparency International de juin 2013 qui fait remarquer que jusqu'ici les rapports officiels de Zagreb sur le financement des campagnes électorales "ne couvrent que jusqu'à 50 à 60% du revenu réel des budgets de campagne"...

L'aspect politique presque réglé, reste l'économique. Et ce chapitre fait grincer des dents. Lors des réjouissances à Bruxelles, pèseront en filigrane les problèmes économiques de l'ex-République yougoslave. Car, c'est un nouveau membre qui vient rejoindre d'autres États membres, en particulier ceux du sud aussi mal en point que lui.

Tour d’horizon d’une Croatie souffrante au seuil d’une Europe du sud en soin intensif.

Une dette publique vertigineuse et un taux de chômage imposant

Les agences de notation n'ont pas été les dernières à exprimer leurs vives inquiétudes. En décembre 2012, Standard & Poor's regrettait le manque de réformes structurelles et budgétaires permettant de "stimuler la croissance (...) et de placer les finances publiques sur une trajectoire plus soutenable" et abaissait la note du pays de BBB- à BB+. Peu après (en février 2013), Moody's se mettait au diapason en abaissant sa note à Ba1 contre Baa3. L’agence accablait alors Zagreb de ses difficultés à consolider son budget et sur son « manque de flexibilité financière ». La reprise économique devra, selon l'agence, encore attendre : "après avoir enregistré quatre années de faible croissance ou de récession (...), l'économie reste altérée par l'étranglement de l'investissement et la croissance persistante des exportations".

L’économie croate n’a pas connu de croissance notable depuis 2009. Année particulièrement dure puisque le PIB se contractait alors de 6,9%. En 2012, le PIB diminuait de 2% et cette année 2013, Eurostat prévoit un une contraction de 1% tandis que la croissance devrait, avec peine, se rétablir en 2014 (taux de croissance du PIB réel en volume : +0,2%).

Le taux de chômage, lui, a pratiquement doublé entre 2008 et 2013, passant de 9,4% de la population totale active à 18,2% en 2013 selon Eurostat, pour un revenu national par habitant en parité du pouvoir d'achat de 13 500 €.

Même si la dette publique reste relativement faible par rapport à celle de l’Union européenne (85,3% à fin 2012), elle double vertigineusement en passant de 28,9% en 2008 à près de 54% en 2012. Enflammé entre 2008 et 2011 (-2% en 2008, -4,7% en 2009, -5,2% en 2010), le déficit public s’éteint peu à peu passant de 5,7% du PIB en 2011 à 3,8% en 2012.



Fierté nationale, la principale compagnie aérienne du pays, la Croatia Airlines perdait en 2012 près de 49 M€. Ces pertes conduisaient alors à une diminution de 20% des salaires et au licenciement de 42 employés, attisant le mécontentement du personnel. L’entrée dans l’UE devrait ainsi favoriser le nombre de privatisations (en plus des chantiers navals de Split) de compagnies publiques souffrantes subventionnées et endettées (Croatia Airlines et les Chemins de fer croates en voie de privatisation).

Si la situation économique de Zagreb est difficile, la liberté économique laisse à désirer. En effet, la Heritage Foundation et le Wall Street Journal plaçaient le pays, en 2013, à la 78e place sur 177 pays concernant sa liberté économique établie selon plusieurs points (commerce, fiscalité, taille du secteur public, monnaie, finance, investissement, corruption, droits de propriété et liberté du travail).

Redresser la barre et attirer les investisseurs

La Croatie tente de redresser la barre (photo F. Dubessy)
La Croatie tente de redresser la barre (photo F. Dubessy)
Le pays, de par ses indicateurs, a clairement souffert de la crise économique. Mais Zagreb s’efforce de sortir la tête de l’eau et cela pourrait bien lui réussir…

En février 2012, le gouvernement se met à l’œuvre, avec un plan d'investissement de 1,6 mrd € pour le soutien des infrastructures, de l'énergie et, malgré les intentions de renforcer la privatisation, des entreprises publiques (1,2 mrds€). Mise au joug des réformes structurelles et sous l'étreinte du FMI, Zagreb entend aussi réformer le marché du travail et diminuer ses contraintes à l'investissement.

Le territoire croate attire, même en pleine crise, de nombreuses entreprises. Exemple notable, Ikea débute actuellement ses travaux et s’installe pour la première fois dans le pays avec l’ouverture de sa première boutique en 2014 (investissement : 100 M€). Situé à Rugvica, dans la banlieue de la capitale croate, ce premier magasin, d’une superficie de 38 000 m², permettra l’embauche de 350 personnes. Et Ryanair, qui s'est posé pour la première fois en Croatie à Zadar, en avril 2013, pour un investissement de 50,6 M€, prévoit le transport de près de 300 000 passagers par an.

Axé sur le tourisme, l’agriculture et l’industrie, le gouvernement espère que l’adhésion et la suppression des barrières douanières attireront de nouveaux investisseurs et profiteront aux entreprises déjà installées. Le pays compte aussi sur ses principaux fournisseurs (dont l'Italie : 15,24% de parts de marché), sur ses principaux clients (dont la Bosnie-Herzégovine et l'Italie) et sur l’aide européenne estimée à 11,7 mrds€ d’ici à 2020, pour guérir ses maux. Le pays espère aussi beaucoup de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement pour faciliter le financement des PME, favoriser l’entrée de capitaux étrangers et accompagner la réforme de la gouvernance des entreprises du secteur public.
 
4,42 millions d’habitants tenteront ensuite de rejoindre l'espace Schengen, prévu selon le gouvernement croate pour la fin 2015.




Vendredi 28 Juin 2013



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