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L'onde de choc de la crise de Dubaï souffle dans les pays méditerranéens 2ème partie

ENQUETE SPECIALE 2ème partie


Par Frédéric Dubessy avec Nina Hubinet (Le Caire) et Jenny Saleh (Beyrouth)

Il n'y aura pas de double peine en Egypte, Liban et Jordanie. La crise mondiale a déjà fait son œuvre bien avant l'arrivée de l'épiphénomène dubaïote. Ceci n'empêche pas certains économistes locaux de tirer les enseignements de cette crise locale pour éviter que telle mésaventure vienne à se reproduire dans leur pays.



Dubaï vient de recevoir un prêt de 10 mds$ de son voisin d'Abou Dhabi (photo Dubaï World)
Dubaï vient de recevoir un prêt de 10 mds$ de son voisin d'Abou Dhabi (photo Dubaï World)
DUBAI / MEDITERRANEE. Un cadeau de Noël avant l'heure pour l'émirat de Dubaï. Certes, l'annonce était attendue mais la bouée d'oxygène offerte sous la forme d'un prêt de 10 mds$ (6,8 mds€) par son voisin d'Abou Dhabi lundi 14 décembre 2009 est la bienvenue.

Cette enveloppe rejoint le Fonds de soutien financier de Dubaï et va permettre à l'émirat mal en point d'honorer une bonne partie des dettes de Dubaï World qui arrivaient à échéance.

A l'unisson de la progression de 10,1% de la Bourse de Dubaï à l'ouverture lundi 14 décembre 2009, les autres nations sont rassurées.

Reste que tout séisme engendre des dégâts collatéraux. Le Maghreb n’est pas le seul à devoir composer avec les répercussions de la crise de Dubaï (voir la première partie de notre enquête), les autres pays du Sud de la Méditerranée que sont l’Egypte, le Liban et la Jordanie doivent aussi y faire face.

Les autorités gouvernementales et financières ont cependant tout de suite désamorcé la situation en se voulant rassurantes dès les premières heures.

Il n'y aura pas de double peine dans ces trois pays. La crise mondiale est déjà passée avec des conséquences notamment en terme d'emploi, et la crise dubaïote ne s'avère finalement qu'un épiphénomène. Ce qui n'empêche pas certains économistes locaux de tirer les enseignements de cette crise pour éviter que telle mésaventure vienne à se reproduire dans leur pays.

Baisse des investissements égyptiens dans la construction

Les entreprises égyptiennes travaillant sur Dubaï sont affectées (photo Orascom Construction)
Les entreprises égyptiennes travaillant sur Dubaï sont affectées (photo Orascom Construction)
En Egypte, le 30 novembre 2009, premier jour d’ouverture de la Bourse du Caire après l’annonce de Dubaï concernant ses dettes, l’indice de référence EGX-30 a chuté de 7,9%. Sa plus forte baisse en une journée depuis plus d’un an. Le ministre de l’Investissement égyptien, Mahmoud Mohieldin, a aussitôt déclaré que les institutions financières égyptiennes n’étaient pas « directement exposées » à Dubaï World.

Les entreprises égyptiennes travaillant à Dubaï ont en revanche été immédiatement affectées. Le groupe égyptien de BTP Orascom Construction a ainsi vu son action baisser de 7,8%. Même les acteurs dont l’ensemble de l’activité se situe en Egypte, comme l’entreprise de construction Talaat Moustafa (-10,5% lundi 30 novembre 2009), ont enregistré une chute de leur valeur. Les investissements en provenance des Emirats arabes unis devraient logiquement baisser au cours des prochains mois.

La majorité des échanges commerciaux égyptiens se font avec l'Occident

Dès mardi 1er décembre 2009 cependant, la Bourse du Caire regagnait 3,4%. « L’économie égyptienne ne devrait pas être trop durement touchée. La plupart des investissements étrangers, qui concernent les hydrocarbures, viennent d’Europe et des Etats-Unis. Les échanges commerciaux égyptiens se font aussi en majorité avec l’Occident », estime Simon Kitchen, analyste au Caire chez EFG-Hermes, la plus grande banque d’investissement égyptienne, qui a vu son action reculer de 13,8% lundi 30 novembre 2009.

« EFG et CIB (ndlr : Commercial International Bank, autre banque privée égyptienne) sont en partie détenues par le gouvernement de Dubaï, d’où cette baisse. Mais globalement, les banques privées égyptiennes sont peu engagées à Dubaï et ne seront touchées que marginalement, par le biais de leur maison-mère. »

Le plus dur pour l’Egypte pourrait être les retombées en terme d’emplois. Les transferts d’argent en provenance des Egyptiens travaillant dans les Emirats arabes unis ont déjà baissé sous l’effet de la crise, passant de 298 M€ au deuxième trimestre 2008 à 197 M€ pour la même période en 2009.

Aucune banque libanaise engagée dans des crédits à Dubaï

L’ancien ministre des Finances libanais Mohammad Chatah reste très optimiste (photo Econostrum)
L’ancien ministre des Finances libanais Mohammad Chatah reste très optimiste (photo Econostrum)
Plus au nord, au Liban, pour l’heure, la crise de Dubaï ne semble pas inquiéter outre mesure. Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, reste convaincu que son pays ne sera pas affecté par la crise de Dubaï. Interviewé sur la chaîne libanaise LBC, il déclarait qu’ « il n’y a pas de crise au Liban et qu’il n’y en aura pas », en soulignant que la balance des paiements avait enregistré jusqu’à fin novembre 2009 un excédent de 6 mds$ (4 mds€)

L’ancien ministre des Finances du gouvernement Siniora, Mohammad Chatah, a quant à lui déclaré aux médias libanais que « l’économie libanaise étant tournée vers l’intérieur, il n’y aura pas de retombées à la crise de Dubaï sur le Liban ». Il a estimé que « seuls seront touchés ceux qui ont des actions ou des titres dans des sociétés, mais la situation n’est pas catastrophique ». 

D’autant qu’a priori, aucune banque libanaise n’est engagée dans des crédits à Dubaï. L’ancien ministre des Finances et économiste, Georges Corm, pense que cette crise aura « zéro conséquence pour le Liban ... Les Libanais qui ont déjà perdu leur emploi au début de la crise financière internationale sont partis travailler ailleurs, que ce soit dans d’autres pays du Golfe, comme le Qatar, ou sont revenus au Liban même », indique-t-il.

« Je ne crois pas qu’il y aura d’autres vagues de licenciements chez les Libanais de Dubaï, c’est marginal, car le personnel libanais est de grande qualité et indispensable », souligne-t-il.

Dubaï : uniquement une péripétie bancaire

Un avis que ne partage pas un autre économiste, Ghazi Wazni.

S’il ne pense pas que le Liban connaîtra un impact dans les investissements, il estime en revanche que « les Libanais travaillant à Dubaï vont à nouveau être touchés, comme au début de la crise où 12 000 à 15 000 d’entre eux avaient perdu leur emploi ». 

La baisse des transferts d’argent des expatriés de Dubaï l'inquiète encore davantage. « Il y a environ 100 000 Libanais qui travaillent à Dubaï. Ceci génère entre 1 et 1,5 md$ de transferts d’argent au Liban », souligne-t-il. Au total en 2009, le Liban a reçu près de 7 mds$ (4,8 mds€) de transferts de ses expatriés installés tant dans le Golfe qu’en Afrique.

Une situation qui n’inquiète pas Georges Corm : « Dans le reste du Golfe, tout va bien, surtout au Qatar, qui connaît un grand boom actuellement ». Et de tempérer : « Ce qui se passe à Dubaï, c’est uniquement une péripétie bancaire . Ce n’est pas la dette du pays lui-même qui inquiète. Il y a eu 1 700 mds€ de pertes dans le monde, qu’est-ce que 80 mds€ à côté de cela ?  En revanche, il ne faut pas que ces sociétés arrêtent de payer leurs fournisseurs, car cela peut créer une crise de liquidités ».

S’il n’est pas trop inquiet de ce nouveau rebondissement de la crise, Georges Corm l’est en revanche plus pour l’immobilier libanais. « Dubaï, c’était l’extravagance et les pauvres Libanais, qui ne sont pas très réalistes, veulent faire pareil ici, en construisant des tours luxueuses et hors de prix », regrette-t-il.

« Actuellement sur le marché », déplore-t-il, « il n’y a de logement que pour les très riches, qu’ils soient Libanais ou en provenance du Golfe . Solidere (la compagnie qui reconstruit le centre-ville de Beyrouth, ndlr), c’est un petit Dubaï, mais personne ne le surveille. C’est un électron libre, une boîte noire, et d’ailleurs on ne sait pas s’il n’est pas engagé à Dubaï , bien que la loi l’interdise».

L'Arab Bank détient 100 M$ de créances sur Dubaï World

Les banques jordaniennes détiennent quelques créances à Dubaï où elles financent quelques projets somptueux (photo Nakheel)
Les banques jordaniennes détiennent quelques créances à Dubaï où elles financent quelques projets somptueux (photo Nakheel)
Les banques jordaniennes détiennent quelques créances à Dubaï où elles financent quelques projets somptueux (photo Nakheel)
Les banques jordaniennes détiennent quelques créances à Dubaï où elles financent quelques projets somptueux (photo Nakheel)
Sitôt l’annonce de la crise de Dubaï, la Banque centrale de Jordanie s’est empressée elle aussi de rassurer les investisseurs, en déclarant que le secteur bancaire du royaume n’était pas exposé.  En effet, les banques jordaniennes ont interdiction de fournir des facilités de crédit à des investissements réalisés en dehors du pays, à l’exception d’un établissement, l‘Arab Bank, qui détient des filiales en dehors de la Jordanie.

Dans un communiqué publié sur le site de la Bourse d’Amman, cet établissement a déclaré détenir 100 M$ (68 M€) de créances sur Dubaï World, mais en précisant que le prêt n’était remboursable qu’en juin 2013. Cette dette apparaît sous la forme d’une participation à un consortium de banques arabes et internationales auprès duquel Dubaï World avait levé des fonds.

Arab Bank, qui est la première banque jordanienne, estime toutefois que sa situation financière « ne sera pas affectée » par la nouvelle donne. Toujours selon le communiqué, Dubaï World rembourserait de manière régulière les intérêts sur cet emprunt.

Le président de l’Association des banques jordaniennes, Merwan Awad, avait assuré auparavant qu’aucune banque dans le royaume « ne détient de créances » sur Dubaï world et sa filiale Nakheel.

Lire aussi : L'onde de choc de la crise de Dubaï souffle dans les pays méditerranéens 1ère partie




Lundi 14 Décembre 2009



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