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L'onde de choc de la crise de Dubaï souffle dans les pays mediterranéens 1ère partie

ENQUETE SPECIALE Première partie


Par Frédéric Dubessy avec Amal Belkessam (Alger), Christelle Marot (Casablanca) et Mireille Peña (Tunis)
Les pays du Sud de la Méditerranée ont en général peu subi les retombées de la crise financière de Dubaï. Même si elle aura forcément des conséquences indirectes, notamment sur les investissements de certains projets annoncés, le Maroc, l'Algérie et, dans une moindre mesure, la Tunisie se montrent plutôt confiants.



Les projets pharaoniques dubaïotes ont offert une belle notoriété à l'émirat (photo Dubaï World)
Les projets pharaoniques dubaïotes ont offert une belle notoriété à l'émirat (photo Dubaï World)
DUBAI / MAGHREB. Il aura suffit de l’annonce d’un risque de défaut de paiement à Dubaï le 26 novembre 2009 pour que toute la planète éternue à l’unisson ce jeudi noir.

Paris, Tokyo, Le Caire, Francfort, Londres… une onde de choc est venue affoler les bourses. Le temps de laisser les banquiers du monde entier reprendre leurs esprits et tout revenait dans l’ordre. Le temps aussi de relativiser les véritables risques de banqueroute d’un pays bien protégé par ses puissants voisins des Emirats arabes unis.

Symptomatique, ce tremblement de terre boursier a pointé du doigt une faille principale dans la prospérité apparente de cet émirat aux projets architecturaux aussi fous que somptueux (piste de ski en plein désert, île résidentielle en forme de palmier, hôtel Burj-Al-Arab, immeuble le plus haut du monde avec plus d'un kilomètre de hauteur…).

Les maquettes pharaoniques masquaient les comptes d'un pays qui vit à crédit. Une obligation pour financer une stratégie de diversification de son économie destinée à en faire un haut lieu du tourisme de luxe et préparer l’après pétrole.

La lumière de Dubaï World subit une éclipse

Atlantis, l'île palmier, un des projets phares de Dubaï (photo Dubaï World)
Atlantis, l'île palmier, un des projets phares de Dubaï (photo Dubaï World)
Au centre du séisme de Dubaï, qui aurait une dette cumulée évaluée à 80 mds$ (près de 55 mds€), se trouve Dubaï World.

Tout est parti de ce conglomérat tout puissant (transport, logistique, maritime, développement urbain, services financiers, énergie…), propriété de l’émirat, ce qui donne de bons gages, et de sa demande d’un moratoire de six mois sur sa dette de 26 mds$ (près de 18 mds€). Dont une échéance de 3,5 mds$ (2,3 mds€) arrivait à terme le 14 décembre 2009.

L’émirat, dont la population a doublé en dix ans (1,2 million d’habitants) s’est engagé dans une frénésie immobilière et se trouva fort dépourvu lorsque la crise fut venue.

Le lancement de ses projets luxueux a buté sur un mur : Dubaï World doit désormais tenir compte que ses clients potentiels doivent se serrer la ceinture.

Le conglomérat émirati a pour slogan "the sun never sets on Dubai World" (le soleil ne se couche jamais sur Dubaï World). Une traduction de son implication au niveau planétaire, qui ne prévoyait pas qu'une éclipse puissent faire de l’ombre à ses voisins de la rive Sud de la Méditerranée. Et d’abord à ceux du Maghreb.  

DP World puissamment présent dans les ports algériens

La gestion du port d'Alger a été confiée à DP World (photo DP World)
La gestion du port d'Alger a été confiée à DP World (photo DP World)
Sa filiale DP World (DPW), troisième opérateur mondial dans les terminaux à conteneurs, investit en masse dans le portuaire en Algérie. Djazaïr Port World, joint-venture à part égale entre l’Algérienne Entreprise portuaire d’Alger (EPAL) et DPW,  gère depuis le 17 mars 2009 le port d’Alger.

Dotée d’un capital de 20 M€, elle dispose d’une concession de 30 ans et doit investir 96 M€ en 2010 dans l’achat de quatre portiques et l’informatisation de la gestion du port.

Le 31 avril 2009, DPW a également signé avec l’Entreprise portuaire de Djendjen une convention de transfert de la concession pour l’exploitation et le développement du terminal à conteneur de ce port de l’Est algérien.

La crainte était d’autant plus tenace que, voici quelques mois, le géant émirati de l’immobilier Emaar Properties a renoncé, sans explications claires, à investir 5,5 mds$ (3,6 mds€) en Algérie.

Dès le 1er décembre 2009 (coïncidence, jour anniversaire de DPW), Karim Djoudi, ministre algérien des Finances, rassurait en affirmant que la crise financière du groupe émirati n’aurait pas de conséquences sur les investissements de sa filiale portuaire en Algérie.

Les IDE émiratis en baisse de 80% au Maroc

Même quiétude au Maroc.  « Les conséquences de la crise de Dubaï sur l’économie marocaine seront très modestes, voire nulles, y compris au niveau de la bourse de Casablanca », estime M’hamed Sagou, président de Sud Actif Groupe Finance (SAGFI), qui chapeaute la société de bourse MSIN.

Il faut dire que la présence des capitaux arabes sur la place boursière marocaine est très faible. Mais en revanche, l’aggravation du reflux des investissements directs étrangers en provenance de Dubaï, et plus généralement des Emirats arabes unis, risque de se poursuivre.

Au premier semestre 2009, le repli des IDE émirati est massif : plus de 80% à 576,8 MMAD (50 M€) contre 3,24 mdsMAD (environ 282 mds€) au premier semestre 2008, selon les chiffres de l’Office des changes.

Et pour l’heure, les interrogations subsistent quant à la poursuite des travaux du projet immobilier Amwaj à Rabat par Sama Dubaï, filiale du groupe Dubaï Holding. Sama Dubaï, actionnaire à 50%, avait annoncé la suspension temporaire des travaux en début d'année. Le chantier, seconde séquence du méga projet d’aménagement de la vallée du Bouregreg, est estimé à 2 mds€.

Pour Mohamed Berrada, professeur d’économie à l’université Hassan II et président du centre de recherches Links, « la plupart de ces grands projets sont extrêmement rentables, ont été négociés avec des prix du terrain très avantageux. Si un investisseur se retire, d’autres organismes internationaux et marocains sont prêts à prendre la place immédiatement. »

Les Emirats premiers investisseurs en Tunisie

Les principaux IDE de Tunisie proviennent des Emirats Arabes Unis (photo DR)
Les principaux IDE de Tunisie proviennent des Emirats Arabes Unis (photo DR)
La Tunisie semble la plus atteinte des pays maghrébins par la crise de Dubaï.

La Tunisie avait un rêve : celui de rejoindre le statut de pays développé avant 2030 avec, comme engrais, une nouvelle vision portée sur le tourisme d’affaires, une architecture ultra-moderniste et le développement de centres économiques de pointe.

Le carillon dubaïote résonne comme un réveil brutal pour le pays. Les efforts de consolidation de son positionnement comme destination technologique méditerranéenne ont favorisé la mise en place de grands projets immobiliers visant à restructurer en profondeur l'urbanisation de la ville de Tunis. Des projets financés avec des investissement étrangers directs (IDE), majoritairement en provenance des Emirats arabes unis.

Selon un rapport du ministère du Développement et de la Coopération internationale et de l’Agence de promotion de l’investissement extérieur, les premiers IDE proviennent en effet des Emirats, dont Dubaï, avec un taux de croissance de 26% entre 1997-2006.

Le futur port financier de Tunis est financé par les Emirats Arabes Unis (photo DR)
Le futur port financier de Tunis est financé par les Emirats Arabes Unis (photo DR)
Ces belles années ont permis la mise en place et les montages financiers de projets immobiliers fastueux à mettre au crédit d'une vision ultra moderniste du pays.

Les années 2005 à 2008 furent donc celles de l’annonce de ces méga projets. Et au premier rang d’entre eux, les Portes de la Méditerranée, une nouvelle ville de 26 millions de m² pour réconcilier la capitale avec son front de mer, financée à hauteur de 17 mds€ par Sama Dubaï, filiale de Dubaï Holding. Mais aussi la Petite Sicile, Tunis Sport City, Tunis Financial House... Projet du groupe dubaïote Damac, la Petite Sicile est un projet hôtelier et immobilier de 80 hectares visant à réhabiliter la zone de la Petite Sicile à Tunis.

Le groupe Boukhatir, d'Abou Dhabi, dont le principal bailleur de fond est Dubaï, associé avec un partenaire local, a investi, lui 3,4 mds€ dans la création de la nouvelle cité sportive de Tunis.

Le Tunis Sport City s’étendra sur une superficie totale de 250 hectares et comprendra des espaces sportifs, un terrain de golf et une zone urbaine haut de gamme. Le Tunis Financial House, premier centre financier off shore d’Afrique du Nord, devrait voir le jour à Raoued. Son financement (2 mds€) est assuré par la banque islamique d’Abou Dhabi, Golf Finance House (GFH). 

Des IDE reportées en Tunisie

Le projet de Sama Dubaï vise à redorer la façade maritime de la capitale tunisienne (photo DR)
Le projet de Sama Dubaï vise à redorer la façade maritime de la capitale tunisienne (photo DR)
Autant de projets qui risquent d’être freinés par la crise dubaïote.

Déjà, fin 2008, crise mondiale cette fois oblige, bon nombre d’IDE prévus ont été reportés.

Le groupe Damac s'est retiré « temporairement du pays ». Sama Dubaï a dissolu en janvier 2009 sa joint-venture Sama ECH Tunisia. Les projets suscités ne seraient pas définitivement abandonnés, mais reportés, sans échéanciers ni engagements.

Ainsi, le 26 novembre 2009, la banque islamique du Bahrein, Gulf Finance House, a dû surseoir l'émission prévue d'obligations de 4 mds$ (2,73 mds€) à la demande du gouvernement saoudien. Sa participation à 90 % dans Tunis Financial House, les 10 % restants revenant à l'Etat tunisien, risque d'en subir l'impact.  

Le manque de grands projets en Tunisie pourrait freiner les objectifs en matière d'emploi

Seul le groupe émirati Boukhatir assure pour sa part continuer la construction de Tunis Sport City, « avec un cahier des charges respectant le calendrier d'avancement des travaux ». Il vient d'ailleurs de lancer cette semaine un quatrième recrutement de personnel hautement qualifié.

Les conséquences indirectes vont en tout cas jouer à plein. La baisse du taux de chômage, actuellement de 14%, et l'emploi des jeunes diplômés font partie des objectifs premiers du pays.

Ces grands projets, outre la vitrine qu'ils offrent, impliquent l'accroissement de 50% de la production industrielle de matériaux de construction, l'ouverture de nouvelles cimenteries, la création totale de 140 000 emplois. A suivre...

Lire aussi : L'onde de choc de la crise de Dubaï souffle dans les pays Méditerranéens 2ème partie
Les pays du Sud paient les pots cassés de la crise
La chute de Dubaï ébranle les marchés financiers
DP World est le nouveau gestionnaire du port d'Alger
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Vendredi 11 Décembre 2009



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